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SCI à l'IS ou à l'IR : le calcul sur 15 ans

Emeline Siron·

Même bien, même financement, deux régimes fiscaux. Sur quinze ans, la SCI à l'impôt sur les sociétés économise 57 647 euros d'impôt pendant la phase de détention, puis en restitue 43 783 le jour de la revente à cause de la reprise des amortissements. Une fois l'argent sorti de la société, la SCI à l'IR laisse 25 306 euros de plus à l'associée. Voici la simulation complète, palier par palier.

SCI à l'IS ou à l'IR : la réponse en trois phrases

Le choix d'une SCI à l'IS ou à l'IR ne se tranche pas sur la phase de détention, il se tranche sur la revente. Sur la simulation complète que vous allez lire, un appartement de 250 000 euros financé sur 20 ans et revendu au bout de quinze ans, la SCI soumise à l'impôt sur les sociétés économise 57 647 euros d'impôt pendant les quinze années de détention grâce à l'amortissement, puis en restitue 43 783 euros le jour de la vente parce que la plus-value se calcule sur une valeur comptable amputée de 108 000 euros d'amortissements.

Le solde dépend alors d'une seule question : l'argent doit-il sortir de la société ? S'il y reste, la SCI à l'IS laisse 148 350 euros de valeur nette contre 127 074 euros à la SCI à l'IR, soit 21 276 euros d'avance. S'il doit remonter jusqu'au compte personnel de l'associée, le prélèvement forfaitaire unique de 31,4 % applicable depuis le 1er janvier 2026 renverse le résultat : 101 768 euros à l'IS contre 127 074 euros à l'IR, soit 25 306 euros d'écart en faveur de l'impôt sur le revenu.

Précision de méthode avant d'entrer dans les chiffres. Cet article explique un mécanisme de calcul et donne des ordres de grandeur sur des hypothèses explicites. Il ne constitue pas une recommandation personnalisée : votre arbitrage dépend de votre tranche marginale d'imposition, de votre horizon de détention, de la nature du bien, du nombre d'associés et de vos objectifs de transmission. Les montants présentés sont des simulations, pas des résultats attendus, et la fiscalité applicable peut évoluer.

Ce que le choix entre l'IS et l'IR change réellement

Avant de dérouler quinze années de calcul, il faut poser précisément ce que recouvrent les deux régimes. Les erreurs d'arbitrage viennent presque toujours d'une définition approximative.

La SCI à l'IR n'est pas transparente, elle est translucide

Une société civile immobilière est par défaut soumise au régime des sociétés de personnes de l'article 8 du Code général des impôts. La société détermine un résultat, mais elle ne paie pas d'impôt : le résultat est réparti entre les associées à proportion de leurs parts et imposé entre leurs mains, dans la catégorie des revenus fonciers. On parle de translucidité, pas de transparence : la SCI existe fiscalement, elle dépose une déclaration 2072, mais l'impôt est acquitté par les associées.

Concrètement, le résultat foncier se calcule de façon très simple : loyers encaissés, moins les charges déductibles, moins les intérêts d'emprunt. Le capital remboursé n'est pas déductible, et c'est exactement là que naît le décalage qui étrangle beaucoup d'opérations : la trésorerie sort pour rembourser le capital, mais le fisc ne le reconnaît pas comme une charge.

Le résultat est ensuite imposé au barème progressif de l'impôt sur le revenu, augmenté des prélèvements sociaux à 17,2 %. Ce taux de 17,2 % est resté inchangé pour les revenus fonciers : la hausse à 18,6 % votée à l'article 12 de la loi de financement de la sécurité sociale pour 2026, loi n° 2025-1403, ne vise que les revenus du capital mobilier, dont les dividendes. Les revenus fonciers en sont expressément exclus.

La SCI à l'IS est une société commerciale par sa fiscalité, pas par son objet

L'option pour l'impôt sur les sociétés ne change pas la nature civile de la SCI. Elle change ses règles de calcul : la société tient une comptabilité d'engagement, elle établit un bilan, elle amortit son immeuble, elle paie l'impôt elle-même, et elle conserve le résultat après impôt. Les associées ne sont imposées que sur ce qu'elles perçoivent.

Le résultat est taxé à 15 % jusqu'à 42 500 euros de bénéfice imposable par période de douze mois, puis à 25 % au-delà, selon l'article 219 du Code général des impôts dans sa version en vigueur au 21 février 2026. Un point mérite d'être signalé parce qu'il circule beaucoup : le relèvement de ce seuil à 100 000 euros a bien été voté en séance à l'Assemblée nationale en octobre 2025, mais il n'a pas été repris dans la loi de finances promulguée. Le seuil applicable reste 42 500 euros.

L'amortissement, la seule vraie différence structurelle

Tout le reste découle de ce point. À l'IS, la SCI constate chaque année une dotation aux amortissements qui représente la dépréciation comptable de l'immeuble. Cette dotation est une charge déductible alors qu'elle ne correspond à aucune sortie de trésorerie. C'est le seul mécanisme de la fiscalité immobilière qui crée de la charge sans coûter un euro, avec l'amortissement du meublé que nous détaillons dans l'article sur l'amortissement comptable en LMNP.

Le terrain n'est jamais amortissable, parce qu'il ne se déprécie pas. Seule la construction l'est, et elle s'amortit par composants : gros oeuvre, façade et couverture, installations techniques, agencements, chacun sur sa propre durée d'utilité. Une quote-part de terrain comprise entre 15 % et 35 % de la valeur du bien est généralement retenue selon la localisation, la fourchette haute correspondant aux emplacements les plus recherchés.

À l'IR, cette charge n'existe pas. Les revenus fonciers ne connaissent pas l'amortissement. C'est la raison pour laquelle une opération à fort effet de levier dégage presque toujours un résultat foncier positif et donc un impôt à payer, alors que la trésorerie, elle, est négative.

Les taux applicables en 2026, côte à côte

ÉlémentSCI à l'IRSCI à l'IS
Catégorie de revenuRevenus fonciers de l'associéeBénéfice de la société
Amortissement de l'immeubleNonOui, hors terrain
Taux d'imposition du résultatBarème IR (11, 30, 41 ou 45 %) + 17,2 % de prélèvements sociaux15 % jusqu'à 42 500 euros, 25 % au-delà
DéficitImputable sur le revenu global à hauteur de 10 700 euros par an, le surplus sur les revenus fonciers pendant 10 ansReportable en avant sans limite de durée, dans la limite de 1 million d'euros par an majorée de 50 % de la fraction excédentaire
Plus-value de cession de l'immeubleRégime des particuliers : 19 % + 17,2 %, avec abattements pour durée de détentionRégime professionnel : réintégration des amortissements, aucun abattement
Sortie de l'argentAutomatique, le résultat est déjà imposé chez l'associéeDividende soumis au prélèvement forfaitaire unique de 31,4 %
Obligations comptablesRecettes et dépenses, déclaration 2072Comptabilité d'engagement, bilan, liasse 2065

Le barème de l'impôt sur le revenu applicable en 2026 aux revenus de 2025 comporte des seuils de 11 600, 29 579, 84 577 et 181 917 euros, après indexation de 0,9 % par la loi de finances pour 2026. Une associée dont la tranche marginale d'imposition est de 30 % supporte donc 47,2 % sur son résultat foncier, prélèvements sociaux compris. C'est le profil retenu dans toute la simulation qui suit.

L'hypothèse de la simulation, posée en détail

Un comparatif SCI IS ou IR n'a aucune valeur si les hypothèses ne sont pas écrites. Les voici, toutes, pour que vous puissiez refaire le calcul avec vos propres chiffres. Le même bien, le même financement, la même associée : seule la case fiscale change.

Le bien et son financement

ParamètreValeur retenueCommentaire
Prix d'acquisition250 000 eurosAppartement ancien loué nu
Frais d'acquisition20 000 eurosDroits, émoluments et débours, soit 8 % du prix
Apport de l'associée20 000 eurosCouvre exactement les frais, le prix est financé à 100 %
Emprunt250 000 euros sur 20 ans à 3,40 %Taux hors assurance, cohérent avec le taux moyen de 3,40 % constaté sur 20 ans en juillet 2026 par le baromètre Pretto
Mensualité1 437,09 euros17 245 euros par an
Loyer1 500 euros par mois, soit 18 000 euros par anRendement brut de 7,2 % sur le prix, 6,7 % frais compris
Charges annuelles4 000 eurosTaxe foncière, charges non récupérables, assurances, gestion, entretien courant
Profil de l'associéeTranche marginale de 30 %Soit 47,2 % sur le résultat foncier avec les prélèvements sociaux
Revente340 000 euros au bout de 15 ansProgression de 2,07 % par an, hypothèse volontairement modérée

Ce niveau de loyer suppose une ville où le rendement est réellement atteignable, pas une métropole tendue. Si vous voulez calibrer votre propre hypothèse avant d'aller plus loin, le simulateur de rendement locatif vous donne le rendement net de charges, et le simulateur de frais de notaire affine les 8 % retenus ici, qui varient selon le département et la nature du bien.

Le plan d'amortissement retenu à l'IS

Nous retenons une quote-part de terrain de 20 %, soit 50 000 euros non amortissables, et une valeur de construction de 200 000 euros décomposée en quatre composants. Les durées retenues correspondent aux usages constatés pour un immeuble d'habitation ancien.

ComposantQuote-partBase amortissableDuréeDotation annuelle
Terrain20 % du prix50 000 eurosNon amortissable0 euro
Gros oeuvre50 % de la construction100 000 euros50 ans2 000 euros
Façade, couverture, étanchéité15 %30 000 euros25 ans1 200 euros
Installations techniques20 %40 000 euros20 ans2 000 euros
Agencements et second oeuvre15 %30 000 euros15 ans2 000 euros
Total100 %250 000 euros7 200 euros par an

Sur quinze ans, la SCI à l'IS déduit donc 108 000 euros d'amortissements sans décaisser un centime. Retenez ce chiffre : c'est lui qui fait gagner l'IS pendant la détention, et c'est très exactement lui qui le fait perdre à la revente. Les 20 000 euros de frais d'acquisition sont ici passés en charge sur le premier exercice, option comptable la plus courante, ce qui creuse volontairement un déficit de départ reportable sans limite de durée.

Années 1 à 5 : l'IS efface l'impôt que l'IR fait payer

Voici le détail annuel des cinq premiers exercices. La colonne « résultat » est la base imposable, la colonne « trésorerie » est ce que l'associée sort ou encaisse réellement, une fois la mensualité et l'impôt payés.

AnnéeIntérêtsRésultat IRImpôt IR à 47,2 %Trésorerie IRRésultat ISImpôt ISTrésorerie IS
18 3625 6382 661-5 906-21 5620-3 245
28 0565 9442 806-6 051-1 2560-3 245
37 7386 2622 956-6 201-9380-3 245
47 4106 5903 110-6 356-6100-3 245
57 0706 9303 271-6 516-2700-3 245
Total38 63731 36314 803-31 029-24 6370-16 225

Lecture de la première ligne. À l'IR, la SCI dégage 5 638 euros de résultat foncier, sur lesquels l'associée paie 2 661 euros. Elle a pourtant dû compléter la mensualité de 5 906 euros sur ses fonds propres. Elle paie donc un impôt sur un revenu qu'elle n'a jamais eu en poche : c'est le mécanisme qui décourage la plupart des primo-investisseuses.

À l'IS, l'amortissement de 7 200 euros et les 20 000 euros de frais d'acquisition créent un déficit de 21 562 euros la première année. Aucun impôt n'est dû, et le déficit se reporte. L'effort de trésorerie tombe à 3 245 euros par an, soit 270 euros par mois contre 492 euros à l'IR sur la même année. Sur cinq ans, l'écart d'effort d'épargne atteint 14 803 euros, très exactement le montant de l'impôt évité.

Le déficit reportable, la réserve invisible

Le point à comprendre est que le déficit ne disparaît pas. À l'IS, il se reporte en avant sans limite de durée, dans la limite de 1 million d'euros par exercice majorée de 50 % de la fraction excédentaire selon l'article 209 du Code général des impôts. Plafond sans portée pratique ici, mais le principe compte : à la fin de l'année 5, la SCI a constitué un stock de 24 637 euros de déficits reportables qui viendront neutraliser les bénéfices futurs.

À l'IR, le régime est tout autre. Un déficit foncier ne s'impute sur le revenu global qu'à hauteur de 10 700 euros par an, et uniquement pour sa fraction ne provenant pas des intérêts d'emprunt. Le surplus ne s'impute que sur les revenus fonciers des dix années suivantes. Dans notre simulation, la question ne se pose pas puisque le résultat foncier est positif dès la première année, mais elle devient centrale si le bien nécessite des travaux : c'est tout l'objet du mécanisme de déficit foncier.

Années 6 à 15 : l'écart de trésorerie se creuse mécaniquement

Le temps travaille contre la SCI à l'IR. À mesure que le crédit s'amortit, la part d'intérêts diminue, donc la charge déductible diminue, donc le résultat foncier augmente, donc l'impôt augmente. La mensualité, elle, ne bouge pas. C'est l'effet ciseau que subit toute opération financée à taux fixe.

PalierIntérêts déduitsRésultat IR cumuléImpôt IRTrésorerie IRRésultat IS cumuléImpôt ISTrésorerie IS
Années 1 à 538 63731 36314 803-31 029-24 6370-16 225
Années 6 à 1029 83240 16818 959-35 1844 1680-16 225
Années 11 à 1519 39850 60223 884-40 10914 6020-16 225
Total 15 ans87 867122 13357 647-106 322-5 8670-48 675

Trois enseignements se lisent directement dans ce tableau. D'abord, l'impôt foncier passe de 14 803 euros sur le premier palier à 23 884 euros sur le troisième, soit une hausse de 61 % à loyer constant. Ensuite, l'effort d'épargne à l'IR grimpe de 517 à 668 euros par mois entre le premier et le troisième palier, alors qu'il reste rigoureusement stable à 270 euros par mois à l'IS.

Enfin, et c'est le point qui surprend : la SCI à l'IS ne paie aucun impôt sur les quinze années. Son résultat redevient positif à partir de l'année 6, mais les déficits accumulés au début l'absorbent intégralement. À la clôture de l'exercice 15, il reste même 5 867 euros de déficits reportables non utilisés. Sur la période de détention, l'écart d'impôt est donc de 57 647 euros, soit 320 euros par mois de trésorerie supplémentaire.

Ce que l'associée fait de cet écart

Ces 57 647 euros ne sont pas un gain, ce sont des liquidités disponibles plus tôt. Elles servent soit à absorber une vacance locative ou un impayé, soit à financer une deuxième opération, soit à améliorer le taux d'endettement présenté à la banque suivante. C'est le vrai argument opérationnel en faveur de l'IS : il ne rend pas l'opération plus rentable, il la rend finançable. Vous pouvez mesurer l'effet sur votre propre situation avec le simulateur de taux d'endettement.

Le contre-argument est tout aussi réel. Cette trésorerie appartient à la société, pas à l'associée. Elle ne devient personnelle qu'au prix d'un second étage d'imposition, que nous chiffrons plus bas.

La revente à quinze ans, le moment où l'IS se retourne contre l'associée

C'est ici que tout se joue, et c'est ici que la plupart des comparatifs s'arrêtent. Les deux régimes ne calculent pas la même plus-value, ne l'imposent pas au même taux, et ne connaissent pas les mêmes abattements. Le bien est vendu 340 000 euros. Le capital restant dû sur le crédit s'élève à 79 191 euros au terme de la quinzième année.

À l'IR : le régime des particuliers, avec ses abattements

Une SCI soumise à l'impôt sur le revenu relève du régime de la plus-value immobilière des particuliers, prévu aux articles 150 U et suivants du Code général des impôts. La plus-value brute est la différence entre le prix de cession et le prix d'acquisition, ce dernier pouvant être majoré de deux forfaits prévus à l'article 150 VB : 7,5 % au titre des frais d'acquisition, et 15 % au titre des travaux dès lors que l'immeuble bâti est détenu depuis plus de cinq ans, sans avoir à produire de justificatif.

Étape du calculMontant
Prix de cession340 000 euros
Prix d'acquisition250 000 euros
Forfait frais d'acquisition, 7,5 %18 750 euros
Forfait travaux, 15 % après 5 ans de détention37 500 euros
Prix d'acquisition majoré306 250 euros
Plus-value brute33 750 euros
Abattement pour durée de détention, impôt sur le revenu, 10 années à 6 %60 %
Base imposable à 19 %13 500 euros
Impôt sur le revenu dû2 565 euros
Abattement pour durée de détention, prélèvements sociaux, 10 années à 1,65 %16,5 %
Base imposable à 17,2 %28 181 euros
Prélèvements sociaux dus4 847 euros
Surtaxe de l'article 1609 nonies G0 euro, la base de 13 500 euros est inférieure au seuil de 50 000 euros
Imposition totale de la plus-value7 412 euros
Produit net revenant à l'associée après remboursement du capital restant dû253 397 euros

Le barème des abattements mérite d'être connu par coeur parce qu'il commande toute la stratégie de sortie. Aucun abattement avant la sixième année. Puis 6 % par an pour l'impôt sur le revenu de la sixième à la vingt-et-unième année, et 4 % la vingt-deuxième : exonération totale d'impôt sur le revenu à 22 ans révolus. Pour les prélèvements sociaux, 1,65 % par an de la sixième à la vingt-et-unième année, 1,60 % la vingt-deuxième, puis 9 % par an de la vingt-troisième à la trentième : exonération totale à 30 ans.

Durée de détentionAbattement impôt sur le revenuAbattement prélèvements sociauxTaux effectif sur la plus-value brute
5 ans0 %0 %36,20 %
10 ans30 %8,25 %29,08 %
15 ans60 %16,50 %21,96 %
20 ans90 %24,75 %14,84 %
22 ans100 %28,00 %12,38 %
30 ans100 %100 %0 %

La dernière colonne est la seule qui compte pour une décision de calendrier : le taux effectif tombe de 36,20 % à 21,96 % entre la cinquième et la quinzième année, puis à zéro à trente ans. Une SCI à l'IR détenue longtemps finit par céder son immeuble sans aucune imposition de plus-value. Aucun mécanisme équivalent n'existe à l'IS.

À l'IS : la reprise des amortissements, sans abattement d'aucune sorte

À l'impôt sur les sociétés, la cession de l'immeuble est une opération d'exploitation comme une autre. La plus-value est la différence entre le prix de cession et la valeur nette comptable, c'est-à-dire le prix de revient diminué de tous les amortissements pratiqués. Il n'existe ni abattement pour durée de détention, ni exonération au bout de vingt-deux ou trente ans, ni taux réduit dédié.

Étape du calculMontant
Prix de cession340 000 euros
Prix de revient inscrit à l'actif250 000 euros
Amortissements cumulés sur 15 ans108 000 euros
Valeur nette comptable142 000 euros
Plus-value comptable198 000 euros
Résultat d'exploitation de l'exercice de cession3 843 euros
Déficits reportables imputés-9 710 euros
Base imposable à l'impôt sur les sociétés192 133 euros
Impôt sur les sociétés à 15 % sur la fraction jusqu'à 42 500 euros6 375 euros
Impôt sur les sociétés à 25 % sur les 149 633 euros restants37 408 euros
Impôt sur les sociétés total43 783 euros
Trésorerie disponible dans la société après remboursement du crédit217 026 euros

Comparez les deux plus-values brutes : 33 750 euros à l'IR contre 198 000 euros à l'IS, pour la même vente au même prix. L'écart de 164 250 euros s'explique par trois éléments : les 108 000 euros d'amortissements repris, les 37 500 euros du forfait travaux dont l'IS ne bénéficie pas, et les 18 750 euros du forfait de frais d'acquisition, ces derniers ayant déjà été déduits en charge à l'IS la première année.

L'impôt passe donc de 7 412 euros à 43 783 euros, soit 36 371 euros de plus. C'est le prix des 57 647 euros économisés pendant la détention. Le raisonnement à retenir est simple : l'amortissement n'annule pas l'impôt, il le décale. Il transforme une imposition annuelle à 47,2 % en une imposition différée à 25 %, ce qui reste un bon échange sur le seul terrain des taux, mais qui devient un mauvais échange dès que l'argent doit sortir de la société.

Le cas particulier de la cession des parts plutôt que de l'immeuble

Il existe une porte de sortie souvent citée et rarement chiffrée : vendre les parts de la SCI au lieu de vendre l'immeuble. À l'IS, la cession de parts relève du régime des plus-values de cession de valeurs mobilières de l'article 150-0 A, imposé au prélèvement forfaitaire unique de 31,4 %. La reprise des amortissements n'a alors pas lieu, puisque c'est le titre qui est cédé, pas l'actif.

L'obstacle est économique, pas fiscal. L'acquéreur reprend une société dont l'immeuble est inscrit à 142 000 euros : il hérite de la plus-value latente et n'aura aucune base à amortir. Il valorise donc les parts avec une décote, généralement calée sur l'impôt latent, ce qui replace le vendeur à peu près au même point. À cela s'ajoute le droit d'enregistrement de 5 % dû par l'acquéreur sur les cessions de parts de sociétés à prépondérance immobilière, prévu à l'article 726 du Code général des impôts. Une cession de parts se négocie, elle ne se décrète pas.

Faire sortir l'argent d'une SCI à l'IS : le deuxième étage de la fusée

À l'IR, la question ne se pose jamais. Le résultat a déjà été imposé chez l'associée, la trésorerie lui appartient, elle en dispose librement. À l'IS, les 217 026 euros disponibles après la vente sont l'argent de la société. Les faire passer sur un compte personnel a un coût, sauf pour une partie.

Le compte courant d'associé, la seule sortie qui ne coûte rien

Toutes les sommes que l'associée a avancées à la société lui sont dues. Ce n'est pas un revenu, c'est le remboursement d'une créance : aucune imposition. Dans notre simulation, elle a apporté 20 000 euros au démarrage pour financer les frais d'acquisition, puis 48 675 euros au fil des quinze ans pour combler l'effort de trésorerie annuel de 3 245 euros. Soit 68 675 euros qui ressortent en franchise totale d'impôt.

C'est une raison majeure de soigner la mécanique du compte courant dès la constitution : les avances doivent être tracées, comptabilisées et matérialisées par une convention. Une avance non documentée est une avance que l'on ne peut pas se rembourser proprement.

Le solde, distribué en dividendes

Restent 148 350 euros de bénéfices distribuables. Depuis le 1er janvier 2026, ils supportent le prélèvement forfaitaire unique de 31,4 %, décomposé en 12,8 % d'impôt sur le revenu et 18,6 % de prélèvements sociaux, la contribution sociale généralisée sur les revenus du capital ayant été relevée par l'article 12 de la loi de financement de la sécurité sociale pour 2026. Ne plus écrire 30 % : laflat tax n'est plus à ce taux.

Sortie des fonds à l'ISMontantImpositionNet perçu
Remboursement du compte courant d'associé68 675 eurosAucune68 675 euros
Distribution du solde en dividendes148 350 euros31,4 %, soit 46 582 euros101 768 euros
Total encaissé par l'associée217 026 euros46 582 euros170 443 euros

L'option pour le barème progressif reste ouverte. Elle donne droit à l'abattement de 40 % de l'article 158 du Code général des impôts et rend une fraction de la contribution sociale généralisée déductible du revenu global l'année suivante. Attention toutefois : cette option est globale, elle s'applique à l'ensemble des revenus de capitaux mobiliers et des plus-values mobilières du foyer pour l'année entière. Elle se calcule, elle ne se choisit pas par principe, et lesimulateur d'impôt sur le revenu permet de comparer les deux branches sur votre situation réelle.

Le bilan complet sur quinze ans, en un seul tableau

Voici l'ensemble des flux, apport initial compris, du premier euro versé au dernier euro encaissé. La colonne « IS, fonds conservés » suppose que la trésorerie reste dans la société pour financer une opération suivante. La colonne « IS, fonds sortis » suppose que l'associée récupère tout, en remboursant son compte courant puis en distribuant le solde.

PosteSCI à l'IRSCI à l'IS, fonds conservésSCI à l'IS, fonds sortis
Apport initial-20 000 euros-20 000 euros-20 000 euros
Effort de trésorerie cumulé sur 15 ans-106 322 euros-48 675 euros-48 675 euros
Impôt payé pendant la détention57 647 euros0 euro0 euro
Prix de vente encaissé340 000 euros340 000 euros340 000 euros
Capital restant dû remboursé-79 191 euros-79 191 euros-79 191 euros
Impôt sur la plus-value-7 412 euros-43 783 euros-43 783 euros
Impôt de sortie des fonds0 euro0 euro, mais impôt latent-46 582 euros
Position nette de l'associée127 075 euros148 351 euros dans la société101 768 euros disponibles
Total des prélèvements sur 15 ans65 059 euros43 783 euros90 365 euros

La conclusion tient en une ligne : sur cette hypothèse, la SCI à l'IS gagne 21 276 euros si les fonds restent dans la société, et perd 25 306 euros s'ils doivent en sortir. L'écart entre les deux colonnes IS, 46 582 euros, n'est rien d'autre que le prélèvement forfaitaire unique. Tout le débat SCI IS ou IR se ramène en réalité à cette question, qui n'est pas fiscale mais patrimoniale : cet argent est-il destiné à être réinvesti ou à être consommé ?

Trois variantes qui déplacent la réponse

Les mêmes calculs, avec un seul paramètre changé à chaque fois, donnent des résultats très différents. C'est la démonstration la plus utile de cet article : il n'existe pas de réponse générale.

ScénarioSCI à l'IRSCI à l'IS, fonds conservésSCI à l'IS, fonds sortisCe que cela change
Référence : tranche à 30 %, revente à 15 ans pour 340 000 euros127 075 euros148 351 euros101 768 eurosL'IS gagne si les fonds sont réinvestis
Tranche marginale à 11 % au lieu de 30 %150 279 euros148 351 euros101 768 eurosL'IR repasse devant dans les deux configurations
Revente dès la 8e année pour 290 000 euros48 675 euros59 982 euros41 148 eurosAucune plus-value taxable à l'IR, 14 327 euros d'impôt à l'IS

La deuxième ligne mérite un commentaire. À 11 % de tranche marginale, l'impôt foncier cumulé sur quinze ans tombe de 57 647 à 34 442 euros, et la SCI à l'IR devient la meilleure option quoi qu'il arrive. Une associée dans cette situation qui opterait pour l'IS paierait plus d'impôt sur la seule plus-value que sur quinze ans de revenus fonciers. Même en optant pour le barème progressif sur les dividendes, qui ramènerait la sortie à 110 966 euros grâce à l'abattement de 40 %, l'IS resterait derrière.

La troisième ligne illustre un phénomène peu connu : avec les forfaits de 7,5 % et de 15 %, le prix d'acquisition majoré atteint 306 250 euros. Une revente à 290 000 euros ne dégage donc aucune plus-value imposable à l'IR, alors que la SCI à l'IS doit 14 327 euros sur une plus-value comptable de 97 600 euros. Sur un horizon court, l'IS n'a pas eu le temps de rentabiliser son avantage d'amortissement, mais il en subit déjà le coût de sortie.

L'irrévocabilité de l'option pour l'IS, la contrainte qu'on découvre trop tard

Un investisseur qui hésite entre SCI à l'IS ou à l'IR doit intégrer une donnée que la simulation ne fait pas apparaître : la décision n'est pas réversible dans le temps long, et la fenêtre pour se raviser est étroite.

La fenêtre de renonciation, jusqu'au cinquième exercice

Jusqu'en 2018, l'option était irrévocable dès sa formulation. L'article 50 de la loi de finances pour 2019, loi n° 2018-1317 du 28 décembre 2018, a modifié l'article 239 du Code général des impôts pour ouvrir un droit de renonciation. La société peut désormais renoncer à son option jusqu'à la fin du mois précédant la date limite de versement du premier acompte d'impôt sur les sociétés du cinquième exercice suivant celui au titre duquel l'option a été exercée.

Deux précisions qui changent tout. D'abord, à défaut de renonciation dans ce délai, l'option devient définitivement irrévocable. Ensuite, la renonciation elle-même est définitive : une société qui a renoncé ne peut plus opter à nouveau pour l'impôt sur les sociétés. La fenêtre s'ouvre une seule fois, dans un sens comme dans l'autre.

Ce que coûte réellement le retour à l'IR

Renoncer n'est pas une simple formalité déclarative. Le changement de régime fiscal emporte les conséquences d'une cessation d'entreprise : imposition immédiate des bénéfices non encore taxés, des bénéfices en sursis d'imposition et des plus-values latentes sur les éléments de l'actif immobilisé. Une SCI qui aurait amorti son immeuble pendant quatre exercices avant de se raviser déclencherait l'imposition de la plus-value latente reconstituée sur la valeur nette comptable, sans avoir encaissé le moindre euro de prix de vente.

Autrement dit, la fenêtre de renonciation est réelle sur le plan juridique et très étroite sur le plan économique. Elle sert à corriger une erreur d'aiguillage constatée immédiatement, pas à piloter une stratégie fiscale au fil de l'eau.

Le passage de l'IR à l'IS n'est pas neutre non plus

Le mouvement inverse a lui aussi un prix, souvent oublié parce qu'il est différé. Le passage à l'impôt sur les sociétés d'une SCI jusque-là à l'IR constitue en principe une cessation d'entreprise. L'article 202 ter du Code général des impôts prévoit un report d'imposition des plus-values latentes lorsque aucune modification n'est apportée aux écritures comptables et que l'imposition de ces plus-values demeure possible sous le nouveau régime.

Pour les sociétés civiles sans activité professionnelle, la plus-value acquise pendant la période à l'IR reste alors imposée selon le régime des particuliers, avec ses abattements pour durée de détention, au moment de la cession effective de l'immeuble. C'est plutôt une bonne nouvelle, mais elle impose une comptabilité rigoureuse : il faut être capable, dix ans plus tard, de reconstituer la valeur de l'immeuble au jour du changement de régime. Une SCI qui a mal documenté son bilan d'ouverture se retrouve à devoir prouver l'improuvable.

Les cas où l'IS n'est pas choisi mais subi

L'article 206-2 du Code général des impôts soumet de plein droit à l'impôt sur les sociétés les sociétés civiles qui se livrent à une exploitation ou à des opérations de caractère commercial. La location meublée en fait partie. Une SCI qui met un logement en location meublée bascule donc à l'IS sans avoir rien signé, avec toutes les conséquences décrites plus haut, y compris l'irrévocabilité.

L'administration admet une tolérance lorsque les recettes de nature commerciale n'excèdent pas 10 % des recettes totales hors taxes de la société. Au-delà, la bascule est automatique. C'est une des raisons pour lesquelles la location meublée se pratique généralement en nom propre sous le statut de loueur en meublé non professionnel ou dans une société commerciale, et non dans une SCI. Nous détaillons cet arbitrage entre structures dans l'épisode consacré au choix entre LMNP et SCI à l'IS du podcast Out of the Box, qui pose le sujet sous l'angle opérationnel.

Deux autres opérations font perdre le régime de l'IR sans option : la revente d'un bien acheté dans une intention spéculative, qui requalifie la SCI en marchand de biens, et la construction d'immeubles en vue de la vente. Une SCI est un outil de détention, pas un outil de production.

Les cas où la SCI à l'IR reste le meilleur choix

L'IS est présenté partout comme le régime des investisseurs avertis. C'est une simplification. Cinq configurations très courantes font pencher la balance dans l'autre sens, et elles ne concernent pas des cas marginaux.

Quand la revente est probable à moyen terme

C'est le critère numéro un. Tant que les abattements pour durée de détention n'ont pas produit leur effet, l'IR reste cher pendant la détention mais peu coûteux à la sortie. À l'inverse, l'IS accumule une dette fiscale latente dès le premier exercice d'amortissement. En dessous de dix ans de détention, l'IS a rarement le temps de rentabiliser son avantage, comme le montre la variante à huit ans plus haut.

La règle pratique : si vous ne savez pas dire aujourd'hui si le bien sera encore là dans quinze ans, l'IR est le choix qui vous laisse le plus d'options. Ce n'est pas un hasard si les investisseuses qui regrettent leur option pour l'IS sont presque toutes des vendeuses précoces.

Quand la tranche marginale d'imposition est basse

À 11 %, le taux global sur les revenus fonciers est de 28,2 % prélèvements sociaux compris, contre 47,2 % à 30 % et 58,2 % à 41 %. L'avantage de l'amortissement fond à mesure que la tranche baisse, tandis que le coût de sortie de l'IS, lui, ne bouge pas. Une jeune associée aujourd'hui à 11 % mais dont les revenus vont progresser doit raisonner sur la tranche moyenne des quinze prochaines années, pas sur celle de l'année d'acquisition.

Quand le bien génère du déficit foncier

Un immeuble ancien à rénover lourdement change complètement l'équation. À l'IR, les travaux déductibles créent un déficit foncier imputable sur le revenu global à hauteur de 10 700 euros par an, pour sa part ne provenant pas des intérêts d'emprunt, avec report du solde sur les revenus fonciers des dix années suivantes. Pour une associée à 41 %, cette imputation vaut plus de 4 300 euros d'économie d'impôt par an, immédiatement.

À l'IS, ces mêmes travaux sont souvent immobilisés et amortis, donc étalés, et le déficit reste prisonnier de la société : il ne remonte jamais sur le revenu personnel de l'associée. Sur un projet de rénovation lourde détenu par une contribuable fortement imposée, l'IR conserve un avantage que l'IS ne peut pas rattraper.

Quand l'objectif est la transmission

La SCI est d'abord un outil de transmission, et sur ce terrain l'IR conserve deux atouts. D'une part, les parts d'une SCI à l'IR se valorisent sur la valeur réelle du bien nette de la dette, ce qui permet de donner tôt, avec un actif net faible tant que le crédit court. D'autre part, en cas de décès, les héritiers d'une SCI à l'IR bénéficient d'une purge de la plus-value latente, la valeur retenue étant celle déclarée dans la succession.

À l'IS, cette purge n'existe pas au niveau de la société : l'immeuble reste inscrit à sa valeur nette comptable, et les amortissements pratiqués par la génération précédente continueront de peser sur la plus-value du jour où les héritiers vendront. C'est l'angle mort le plus coûteux de l'option pour l'IS dans une logique familiale, que nous abordons sous un autre angle dans l'article sur les avantages de la SCI familiale.

Quand un associé occupe le logement

Une SCI à l'IR qui met un logement à la disposition gratuite d'un associé ne déclare aucun revenu et ne déduit aucune charge : la situation est fiscalement neutre. La même mise à disposition dans une SCI à l'IS constitue un avantage en nature imposable, à évaluer et à déclarer, et prive la société de la déduction de ses charges sur ce logement. Pour une résidence principale ou secondaire familiale, l'IR est la seule configuration lisible.

Les cas où l'IS s'impose sans discussion

Symétriquement, trois configurations rendent l'IR difficilement tenable, et il faut savoir les nommer.

Quand l'associée est fortement imposée et compte conserver le bien

À 41 % de tranche marginale, le taux global sur les revenus fonciers atteint 58,2 %. Sur notre simulation, l'impôt cumulé sur quinze ans passerait de 57 647 à environ 71 100 euros, portant l'effort d'épargne mensuel au-delà de 740 euros. Une opération de ce profil ne se finance pas sans l'écran de l'amortissement, sauf à accepter une ponction personnelle très lourde.

Quand la stratégie est d'enchaîner les acquisitions

Une SCI à l'IS qui conserve son résultat après impôt constitue une capacité de réinvestissement taxée à 15 % jusqu'à 42 500 euros, contre 47,2 % ou 58,2 % pour la même somme sortie en revenu foncier. Le capital travaille avant impôt personnel. C'est exactement la logique d'une holding patrimoniale, transposée à l'immobilier, et c'est le seul cas où l'IS écrase l'IR sans ambiguïté : celui où l'argent n'est pas destiné à sortir.

Quand la société détient des actifs mixtes

Dès que la SCI encaisse autre chose que des loyers nus, par exemple des revenus de placement de sa trésorerie, la mécanique de l'IR devient inextricable et le passage à l'IS s'impose de fait. Une SCI qui loue des locaux équipés, qui facture des prestations ou qui place ses excédents est de toute façon exposée au basculement automatique de l'article 206-2.

Les six erreurs qui faussent le calcul SCI IS ou IR

Ces erreurs reviennent dans presque tous les comparatifs disponibles en ligne. Chacune déplace le résultat de plusieurs dizaines de milliers d'euros.

Comparer les régimes sans intégrer la revente

C'est l'erreur mère. Un comparatif qui s'arrête au cash-flow annuel conclut invariablement que l'IS gagne, puisque l'amortissement efface l'impôt. Sur notre simulation, cette lecture tronquée fait apparaître un avantage de 57 647 euros pour l'IS, alors que le solde réel après revente et sortie des fonds est de 25 306 euros en faveur de l'IR. L'écart entre les deux lectures dépasse 82 000 euros.

Oublier que les prélèvements sociaux ne sont pas les mêmes

Les revenus fonciers supportent 17,2 %, inchangés. Les dividendes supportent 18,6 % depuis le 1er janvier 2026. Ce n'est pas le même taux, et surtout ce n'est pas la même date d'effet : la hausse s'applique aux produits de placement à compter du 1er janvier 2026, alors qu'elle vise dès les revenus de 2025 les plus-values de cession de valeurs mobilières. Un comparatif qui applique 30 % de flat tax sous-estime le coût de sortie de l'IS.

Retenir un seuil d'IS réduit à 100 000 euros

Ce chiffre circule beaucoup depuis un amendement adopté en séance à l'Assemblée nationale en octobre 2025. Il n'a pas été repris dans la loi de finances promulguée. Le seuil du taux réduit de 15 % reste fixé à 42 500 euros de bénéfice imposable par période de douze mois à l'article 219 du Code général des impôts. Sur une plus-value de 198 000 euros, l'écart entre les deux seuils représente 8 625 euros.

Amortir le terrain

Le terrain n'est pas amortissable. Une SCI qui amortit 100 % de son prix d'acquisition au lieu de 80 % gonfle sa charge annuelle de 25 % et s'expose à un redressement, avec en prime une valeur nette comptable minorée qui alourdira la plus-value. La ventilation entre terrain et construction doit être motivée et documentée dès le bilan d'ouverture.

Négliger le coût de tenue de la comptabilité

Une SCI à l'IS suppose une comptabilité d'engagement, un bilan, un compte de résultat et une liasse 2065. Le budget d'expertise comptable se situe couramment entre 1 000 et 2 500 euros par an selon le nombre de lots et la qualité des pièces fournies. Sur quinze ans, cela représente 15 000 à 37 500 euros qui n'apparaissent dans aucun comparatif, et qui pèsent lourd face à un avantage fiscal de 57 647 euros. La SCI à l'IR, elle, se tient en recettes et dépenses avec une déclaration 2072.

Raisonner sur la société au lieu de raisonner sur l'associée

Une SCI à l'IS bien gérée peut afficher 148 351 euros de valeur nette et ne laisser que 101 768 euros disponibles à son associée. Le seul indicateur qui compte est la position nette de la personne, après tous les étages d'imposition. Tant que l'impôt latent de sortie n'est pas provisionné dans le calcul, la comparaison est faussée en faveur de l'IS.

SCI à l'IS ou à l'IR : la grille de décision

Il n'existe pas de bon régime dans l'absolu, seulement un régime cohérent avec un projet. Voici les six questions à trancher avant l'option, dans cet ordre, parce que les premières commandent les suivantes.

QuestionRéponse qui oriente vers l'IRRéponse qui oriente vers l'IS
Cet argent doit-il un jour arriver sur votre compte personnel ?Oui, c'est un complément de revenuNon, il finance les opérations suivantes
Quel est votre horizon de détention ?Moins de 12 ans, ou indéterminéPlus de 15 ans, ou détention perpétuelle
Quelle est votre tranche marginale d'imposition moyenne attendue ?11 %, éventuellement 30 % sur un bien peu rentable30 % durablement, 41 % ou 45 %
Le bien nécessite-t-il des travaux lourds et déductibles ?Oui, le déficit foncier remonte sur le revenu globalNon, ou travaux d'amélioration à immobiliser
La transmission est-elle un objectif à court terme ?Oui, purge des plus-values au décèsNon, priorité au rendement et au réinvestissement
Acceptez-vous une comptabilité commerciale et son coût annuel ?Non, vous voulez une gestion simpleOui, le budget est intégré au plan de financement

Une dernière remarque de méthode. La question du régime fiscal arrive après celle de la structure de détention elle-même : selon votre situation, la bonne réponse peut être de ne pas créer de société du tout. Le guide SCI ou nom propre traite cette étape amont, et l'article de fond sur le choix du régime fiscal de la SCI reprend le cadre juridique complet des deux options.

Ce qu'il faut retenir

Sur quinze ans, avec un bien de 250 000 euros financé sur 20 ans à 3,40 % et loué 18 000 euros par an, la SCI à l'IS économise 57 647 euros d'impôt pendant la détention, soit 320 euros de trésorerie mensuelle supplémentaire. Elle en restitue 43 783 euros au moment de la revente, parce que les 108 000 euros d'amortissements déduits reviennent en base imposable et qu'aucun abattement pour durée de détention n'existe à l'IS.

Le solde bascule sur une seule variable : la destination des fonds. Réinvestis dans la société, ils laissent 148 351 euros de valeur nette contre 127 075 euros à l'IR. Sortis vers le compte personnel de l'associée, ils tombent à 101 768 euros après le prélèvement forfaitaire unique de 31,4 %, contre les mêmes 127 075 euros à l'IR. L'IS est un excellent outil d'accumulation et un mauvais outil de consommation.

Ajoutez à cela l'irrévocabilité de l'option passé le cinquième exercice, le coût réel d'une comptabilité commerciale et le fait qu'une tranche marginale à 11 % renverse à elle seule le classement, et vous obtenez une décision qui se prend sur un plan à quinze ans, pas sur un cash-flow de première année. Refaites le calcul avec vos propres chiffres avant d'opter : un bilan patrimonial permet de poser l'horizon de détention et la destination des fonds, et le diagnostic patrimonial en ligne donne un premier cadrage en quelques minutes.

Les simulations présentées reposent sur des hypothèses explicites de loyer, de taux, de charges et de prix de revente. Elles ne constituent ni une prévision, ni une recommandation personnalisée, et la réglementation fiscale applicable est susceptible d'évoluer. Un investissement immobilier comporte un risque de perte en capital, un risque de vacance locative et un risque de liquidité à la revente.

Questions fréquentes

SCI à l'IS ou à l'IR : lequel des deux régimes coûte le moins cher ?
Aucun des deux dans l'absolu. Sur la simulation présentée ici, un bien de 250 000 euros financé sur 20 ans, la SCI à l'impôt sur les sociétés économise 57 647 euros d'impôt sur quinze ans de détention grâce à l'amortissement, puis en restitue 43 783 euros le jour de la revente. Le régime gagnant dépend donc de la durée de détention et surtout du fait que l'argent sorte ou non de la société.
Pourquoi la plus-value coûte-t-elle plus cher dans une SCI à l'IS ?
Parce que la plus-value se calcule sur la valeur nette comptable, c'est-à-dire le prix d'achat diminué des amortissements déjà déduits. Sur quinze ans, 108 000 euros d'amortissements viennent gonfler la base imposable. La SCI à l'IS ne bénéficie d'aucun abattement pour durée de détention, contrairement à la SCI à l'IR qui suit le régime des plus-values immobilières des particuliers.
L'option pour l'impôt sur les sociétés est-elle vraiment irrévocable ?
Pas immédiatement. Depuis l'article 50 de la loi de finances pour 2019, l'article 239 du Code général des impôts ouvre une fenêtre de renonciation jusqu'au cinquième exercice suivant celui de l'option. Passé ce délai, l'option devient définitive. Et la renonciation elle-même a un coût : elle emporte les conséquences d'une cessation d'entreprise, avec imposition des plus-values latentes et des bénéfices non encore taxés.
Comment sortir l'argent d'une SCI à l'IS sans être imposée deux fois ?
Le remboursement du compte courant d'associé ne supporte aucun impôt : c'est une créance, pas un revenu. Dans la simulation, 68 675 euros ressortent ainsi en franchise. Au-delà, la distribution de dividendes supporte le prélèvement forfaitaire unique de 31,4 % depuis le 1er janvier 2026, ou le barème progressif avec un abattement de 40 % sur option globale du foyer.
Dans quels cas la SCI à l'IR reste-t-elle préférable ?
Quand la revente est probable à moyen terme, quand la tranche marginale d'imposition de l'associée est basse, quand le bien génère un déficit foncier imputable sur le revenu global à hauteur de 10 700 euros par an, et quand l'objectif est la transmission plutôt que le rendement. À une tranche de 11 %, la même simulation place la SCI à l'IR devant, avec 150 279 euros de position nette.
Une SCI qui loue en meublé peut-elle rester à l'impôt sur le revenu ?
Non, sauf tolérance. L'article 206-2 du Code général des impôts soumet de plein droit à l'impôt sur les sociétés toute société civile qui exerce une activité commerciale, et la location meublée en est une. L'administration admet une tolérance quand les recettes commerciales n'excèdent pas 10 % des recettes totales. Au-delà, le passage à l'IS est subi, pas choisi.
Que se passe-t-il fiscalement au moment du passage de l'IR à l'IS ?
Le changement de régime emporte en principe les conséquences d'une cessation d'entreprise. L'article 202 ter du Code général des impôts prévoit toutefois un report d'imposition des plus-values latentes si aucune modification n'est apportée aux écritures comptables. La plus-value acquise pendant la période à l'IR reste alors imposée selon le régime des particuliers, au moment de la cession effective de l'immeuble.

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