Or ou immobilier : ce que veut vraiment dire valeur refuge
Valeur refuge contre quoi : l'inflation, un krach, une crise de change ou un risque politique ne sont pas le même événement, et les deux actifs n'y répondent pas pareil. L'or ne produit aucun revenu et coûte de 0,24 % à 0,60 % par an à garder, soit moins 2,40 % de rendement réel à cours constant. L'immobilier locatif rapporte 3,71 % nets de charges sur notre cas de référence, se taxe et s'entretient. Et 25 000 euros donnent accès à 155 160 euros d'actif immobilier contre 25 000 euros d'or, faute du moindre crédit bancaire adossé au métal.
Or ou immobilier : la réponse directe
Entre or ou immobilier, la question « lequel est la meilleure valeur refuge » n'a pas de réponse, parce que l'expression valeur refuge n'a pas de définition. Un refuge se définit toujours par le risque contre lequel il protège, et les deux actifs ne protègent pas contre les mêmes. L'or protège d'abord contre un risque de système, défaillance d'une contrepartie, effondrement d'une devise, choc politique, parce qu'il ne dépend d'aucun émetteur. L'immobilier locatif protège d'abord contre l'érosion du pouvoir d'achat, parce qu'il produit un revenu contractuellement indexé : au deuxième trimestre 2026, l'indice de référence des loyers publié par l'INSEE s'établissait à 148,37 points, en hausse de 1,15 % sur un an.
Trois différences structurelles séparent ensuite les deux actifs, et elles pèsent bien plus que le débat sur le refuge. L'or ne produit aucun revenu et coûte à détenir : entre 0,24 % et 0,60 % par an de coffre et d'assurance selon le volume, soit une érosion certaine si le cours ne monte pas. L'immobilier produit un loyer mais s'entretient, se taxe et se dégrade. Et surtout, aucun établissement ne prête à une particulière pour acheter de l'or, alors qu'un emprunt immobilier se contractait au taux de 3,31 % sur 20 ans selon le baromètre CAFPI de juillet 2026. Sur notre cas de référence, 25 000 euros d'apport donnent accès à 155 160 euros d'actif immobilier, contre 25 000 euros d'or. C'est un rapport de 6,21.
La fiscalité, enfin, n'obéit pas du tout aux mêmes règles. L'or physique relève d'une taxe forfaitaire de 11,5 % assise sur le prix de cession et non sur le gain, ce qui signifie qu'elle est due même en cas de perte, sauf à opter pour le régime des plus-values sur biens meubles et son abattement de 5 % par année de détention au-delà de la deuxième, qui conduit à l'exonération au bout de 22 ans. L'or papier détenu en compte-titres, lui, relève du prélèvement forfaitaire unique porté à 31,4 % en 2026.
Un avertissement qui vaut pour tout ce qui suit. Cet article ne publie aucun cours de l'once, aucune série de performance passée et aucune prévision. Ces séries diffèrent selon la devise de référence, la période retenue et le traitement de l'inflation, et le choix de la date de départ suffit à retourner la conclusion. C'est précisément l'un des points de l'article. Aucun placement ne garantit un rendement, les performances passées ne préjugent pas des performances futures, et le capital investi sur un actif dont le prix varie peut être perdu en partie.
Valeur refuge : refuge contre quoi, exactement
Un mot de marketing avant d'être un mot d'analyse
L'expression valeur refuge ne figure dans aucun texte, ne renvoie à aucune définition financière et ne désigne aucune catégorie d'actif. Elle est employée pour dire qu'un actif conserve sa valeur quand tout va mal. Encore faut-il préciser ce que signifie « mal ». Une inflation à 6 %, un recul des marchés d'actions de 35 %, une crise de change, une instabilité politique et une hausse brutale des taux ne sont pas le même événement, et un actif qui protège du premier peut aggraver le second.
La question utile n'est donc pas « or ou immobilier », c'est « contre quoi cherche-t-on à se protéger, sur quel horizon, et avec quelle part du patrimoine ». Poser la question ainsi fait apparaître que les deux actifs ne sont pas concurrents sur le même terrain. La démarche générale de construction d'un patrimoine par risques et non par produits est détaillée sur notre page consacrée à la stratégie patrimoniale.
Quatre risques distincts, quatre réponses différentes
Le tableau ci-dessous décompose l'expression en quatre risques identifiables. Il ne dit pas quel actif est le meilleur, il dit contre quoi chacun agit et par quel mécanisme. C'est la seule façon honnête de traiter la question.
| Risque redouté | Ce que fait l'or | Ce que fait l'immobilier locatif | Le mécanisme réel |
|---|---|---|---|
| Érosion du pouvoir d'achat par l'inflation | Protection incertaine, sans mécanisme automatique | Protection par l'indexation contractuelle du loyer | Un revenu indexé protège, un prix qui doit monter ne protège que s'il monte |
| Recul brutal des marchés d'actions | Décorrélation généralement observée, mais non garantie | Faible corrélation en direct, plus forte sur les véhicules cotés | L'immobilier physique n'est pas coté au quotidien, ce qui masque sa volatilité sans la supprimer |
| Crise de change ou perte de confiance dans une monnaie | Actif sans émetteur, mais coté en dollars, donc porteur d'un risque de change pour une résidente de la zone euro | Actif libellé en euros, indissociable de l'économie locale | Se protéger d'une devise en s'exposant à une autre n'est pas neutre |
| Risque politique, fiscal ou de mobilité | Transportable, mais tout transport de plus de 10 000 euros de valeur hors de France doit être déclaré en douane | Immobile, localisé, taxable par la juridiction où il se trouve | Un bien immobilier ne se déplace pas et ne se dissimule pas |
| Hausse brutale des taux d'intérêt | Défavorable en principe, l'or ne servant aucun rendement face à des taux qui montent | Défavorable à la valeur, favorable au détenteur d'une dette à taux fixe déjà contractée | La dette à taux fixe est l'actif anti-inflation le plus efficace, et elle n'existe que sur l'immobilier |
Le refuge contre l'inflation, le mécanisme est le revenu indexé
C'est le point le plus mal compris. L'or ne verse aucun revenu. Sa protection contre l'inflation ne peut donc venir que de sa variation de prix, laquelle dépend de facteurs multiples dont l'inflation n'est qu'un déterminant parmi d'autres. Sur certaines périodes la corrélation a été forte, sur d'autres elle a été nulle ou négative. Présenter l'or comme une couverture systématique contre l'inflation relève du raccourci, pas du constat.
L'immobilier locatif dispose au contraire d'un mécanisme contractuel. Le loyer d'un bail d'habitation se révise une fois par an dans la limite de la variation de l'indice de référence des loyers publié par l'INSEE, indice lui-même adossé à l'évolution des prix hors loyers et hors tabac. En immobilier d'entreprise, les baux sont indexés sur l'indice des loyers commerciaux ou sur celui des activités tertiaires. Le revenu suit donc les prix, avec un décalage de quelques trimestres.
La nuance importe : cette indexation est plafonnée par un indice, elle ne reproduit pas l'inflation ressentie et elle ne s'applique pas aux charges du bailleur, qui progressent souvent plus vite. Une protection réelle, mais partielle. Le mécanisme complet de l'érosion monétaire est traité dans notre article sur l'érosion de l'épargne par l'inflation, et la méthode de calcul d'un rendement corrigé de l'inflation dans celui consacré au rendement réel net d'inflation.
Le refuge contre un krach boursier
Sur ce terrain, l'or a un argument sérieux : il n'est le passif de personne. Une action représente une part d'entreprise, une obligation une créance sur un émetteur, un fonds en euros un engagement d'assureur. Un lingot ne dépend d'aucun bilan. C'est cette absence de contrepartie qui explique son comportement lors de certains épisodes de tension, et non une propriété magique du métal.
L'immobilier détenu en direct présente une faible corrélation apparente avec les marchés d'actions, mais cette faiblesse est en partie un artefact. Un appartement n'est pas coté chaque jour : sa valeur ne se révèle qu'à la vente, ce qui lisse optiquement sa volatilité sans la supprimer. Les véhicules cotés, eux, réagissent immédiatement. Les sociétés civiles de placement immobilier occupent une position intermédiaire, avec un prix de part administré, réévalué périodiquement, dont la baisse peut être différée mais non évitée. Le comparatif entre détention directe et véhicules collectifs figure dans notre article SCPI ou immobilier locatif et sur notre page dédiée aux SCPI.
Le refuge contre une crise de change
L'or se cote en dollars sur le marché international. Une investisseuse résidant en zone euro qui achète de l'or achète donc simultanément une exposition au métal et une exposition au dollar. En pratique, cela signifie que son résultat en euros peut être positif alors que le cours en dollars baisse, et inversement. Ce n'est pas un défaut, c'est une caractéristique à connaître : le refuge contre une crise de l'euro s'obtient en partie par un risque de change, pas par le métal seul.
L'immobilier français est intégralement libellé en euros et indissociable de l'économie locale. Il ne protège d'aucune façon contre un scénario affectant la zone monétaire dans son ensemble. En revanche, il ne fait courir aucun risque de change à une résidente française qui perçoit ses revenus en euros et paiera ses dépenses en euros. Symétrie parfaite : chacun des deux actifs élimine le risque que l'autre porte.
Le refuge contre un risque politique ou fiscal
C'est l'argument le plus fréquemment avancé en faveur de l'or, et c'est celui qui demande le plus de précision. L'or physique est transportable et ne dépend d'aucun registre public. Mais il n'est pas hors du droit : tout transport de sommes, titres ou valeurs d'au moins 10 000 euros vers ou depuis la France doit faire l'objet d'une déclaration en douane, et l'or entre dans ce champ. Les achats et ventes auprès de professionnels donnent lieu à identification du vendeur au titre des obligations de lutte contre le blanchiment.
L'immobilier est à l'exact opposé. Il est cadastré, localisable, et taxable par la juridiction dans laquelle il se trouve, quelle que soit la résidence fiscale de sa propriétaire. Il est aussi le premier support de toute réforme de la fiscalité du patrimoine, ce qu'illustre l'existence même de l'impôt sur la fortune immobilière, dont l'assiette a été volontairement restreinte à l'immobilier en 2018. Sur ce risque précis, l'or et l'immobilier sont deux paris opposés, et les détenir tous les deux n'est pas incohérent. Notre page sur la protection du patrimoine traite ce volet de manière plus large.
Ce que l'or coûte à détenir et ce que l'immobilier rapporte
L'or ne produit aucun revenu, et ce n'est pas une opinion
Un lingot ne verse ni loyer, ni coupon, ni dividende. Cela signifie que la totalité du résultat, sur toute la durée de détention, dépend d'une seule variable : le prix de revente. Aucun mécanisme intermédiaire ne vient amortir une baisse, aucun flux ne rémunère l'attente. Sur vingt ans de détention, une investisseuse en or a encaissé zéro euro. Sur vingt ans de détention d'un appartement loué, elle a encaissé vingt années de loyers, quelle que soit l'évolution du prix.
Ce point est structurel, il n'est pas conjoncturel. Il ne rend pas l'or inutile : un actif sans revenu peut avoir sa place dans un patrimoine, précisément parce qu'il n'obéit pas à la même logique que les autres. Mais il interdit de le comparer à un actif de rendement sans en tenir compte, et il explique pourquoi la question de la part détenue compte davantage que la question du choix.
Le coût de garde, un rendement négatif certain
L'or physique doit être stocké et assuré. Un coffre en agence bancaire se facture couramment de 100 à 400 euros par an selon le volume, tarif librement fixé par chaque établissement et non réglementé, auxquels s'ajoute l'assurance du contenu au-delà d'un plafond souvent bas. La conservation en coffre-fort privé chez un opérateur spécialisé se situe dans des ordres de grandeur comparables, avec des frais souvent exprimés en pourcentage de la valeur déposée. Les montants ci-dessous sont des ordres de grandeur constatés, pas des tarifs sourcés.
| Valeur d'or détenue | Coffre et assurance, ordre de grandeur annuel | Coût en pourcentage par an | Effet sur 20 ans à cours constant |
|---|---|---|---|
| 25 000 euros | 150 euros | 0,60 % | 3 000 euros, soit 12 % de la valeur |
| 50 000 euros | 220 euros | 0,44 % | 4 400 euros, soit 8,8 % de la valeur |
| 100 000 euros | 350 euros | 0,35 % | 7 000 euros, soit 7 % de la valeur |
| 250 000 euros | 600 euros | 0,24 % | 12 000 euros, soit 4,8 % de la valeur |
La lecture est simple : à cours constant, l'or physique produit un rendement négatif certain. Il faut que le cours progresse d'au moins 0,24 % à 0,60 % par an, selon le volume détenu, pour que la position ne perde rien en nominal. Et il faut qu'il progresse d'au moins 2,1 % de plus pour ne rien perdre en pouvoir d'achat, si l'on retient une hypothèse d'inflation de 2,1 % par an. À cours constant et à 0,35 % de frais de garde, le rendement réel ressort à moins 2,40 % par an.
La conservation à domicile supprime ce coût mais en crée un autre, difficilement chiffrable et rarement couvert : la plupart des contrats multirisques habitation plafonnent très bas l'indemnisation des espèces et des métaux précieux, et subordonnent la garantie à un coffre scellé répondant à des normes précises. Se dispenser du coffre bancaire ne supprime pas le risque, cela le transfère sur la détentrice.
Le spread d'achat et de revente, le coût qu'on oublie de compter
L'or physique s'achète plus cher qu'il ne se revend au même instant. L'écart entre le prix demandé par le négociant et le prix auquel il rachète recouvre sa marge, la prime propre au produit et le coût de contrôle. Cet écart est plus faible sur les lingots standardisés et plus élevé sur les petites pièces, dont la prime peut varier fortement selon la demande.
En ordre de grandeur, un aller-retour absorbe couramment de 3 à 8 % du montant investi. Sur 25 000 euros, cela représente 750 à 2 000 euros. Lissé sur une détention de vingt ans, ce coût pèse de 0,15 % à 0,42 % par an, ce qui vient s'ajouter aux frais de garde. Lissé sur une détention de trois ans, il pèse de 1 % à 2,7 % par an : l'or physique n'est pas un actif de court terme, et c'est cette structure de coût qui l'explique, pas une doctrine.
Ce que l'immobilier rapporte, et ce qu'il coûte en face
L'immobilier locatif produit un revenu, mais il faut le compter net. Sur le cas de référence de notre article sur le calcul du rendement locatif net, un appartement acheté 120 000 euros pour un coût total d'acquisition de 155 160 euros, loué 800 euros par mois, affiche 8,00 % de rendement brut sur le prix d'annonce, 6,19 % sur le coût total, et 3,71 % une fois retranchées les charges réelles, avant impôt. La différence entre le premier et le dernier chiffre n'est pas une anomalie, c'est la règle.
Les charges retirées sont réelles : taxe foncière, charges de copropriété non récupérables, assurance propriétaire non occupant, provision d'entretien et de renouvellement, provision de vacance, honoraires de gestion si elle est déléguée. À quoi s'ajoutent des obligations réglementaires qui ont un coût. Depuis le 1er janvier 2025, un logement classé G ne peut plus être proposé à la location nue en métropole au titre de la décence énergétique, en application de la loi Climat et résilience du 22 août 2021 ; l'interdiction s'étendra aux logements classés F au 1er janvier 2028, puis aux logements classés E au 1er janvier 2034. Un lingot n'a jamais besoin de travaux, et c'est un vrai point en sa faveur.
Enfin, le revenu foncier est fiscalisé. Il s'ajoute au revenu global au barème progressif et supporte 17,2 % de prélèvements sociaux, taux resté inchangé en 2026, les revenus fonciers ayant été expressément exclus de la hausse portée par l'article 12 de la loi de financement de la sécurité sociale pour 2026. À une tranche marginale de 30 %, le taux global atteint 47,2 %. La définition et le calcul de cette tranche figurent dans notre article sur la tranche marginale d'imposition.
Le rendement réel comparé
| Actif | Revenu nominal de référence | Rendement réel à 2,1 % d'inflation | Ce qui reste incertain |
|---|---|---|---|
| Or physique à cours constant, 0,35 % de frais de garde | moins 0,35 % | moins 2,40 % | Le cours, seule et unique source de résultat |
| Livret A et LDDS, taux au 1er août 2026 | 1,70 % | moins 0,39 % | Rien, capital garanti, mais plafond de versement |
| Fonds en euros, rendement moyen 2025 | 2,63 % | plus 0,52 % | Le rendement futur, non garanti |
| SCPI, taux de distribution moyen 2025 | 4,91 % avant impôt | plus 2,75 % avant impôt | La valeur de part, non garantie, et une liquidité limitée |
| Immobilier locatif en direct, cas de référence | 3,71 % net de charges, avant impôt | plus 1,58 % avant impôt | La vacance, les impayés, les travaux, le prix de revente |
Sources et hypothèses : taux du Livret A et du LDDS de 1,70 % au 1er août 2026 fixé par l'arrêté du 28 juillet 2026, le LEP restant à 2,50 % ; rendement moyen des fonds en euros des contrats individuels de 2,63 % en 2025 mesuré par l'ACPR dans ses Analyses et Synthèses n° 180 du 30 juin 2026 ; taux de distribution moyen des SCPI de 4,91 % en 2025 selon le bilan annuel de l'ASPIM publié le 9 février 2026, avec une dispersion de 4,2 % pour les véhicules résidentiels à 6 % pour les diversifiés ; inflation figée à 2,1 % par an comme hypothèse de calcul et non comme prévision. Les performances passées ne préjugent pas des performances futures et le capital investi en SCPI comme en immobilier direct n'est pas garanti.
La fiscalité de l'or, deux régimes et un piège
La taxe forfaitaire sur les métaux précieux, le régime par défaut
La cession d'or d'investissement par une particulière résidente relève par défaut de la taxe forfaitaire sur les métaux précieux prévue aux articles 150 VI à 150 VM du code général des impôts. Son taux est de 11 % auquel s'ajoute 0,5 % de contribution pour le remboursement de la dette sociale, soit 11,5 % au total. Le prélèvement est opéré par l'intermédiaire ou par le vendeur, sans déclaration de revenus complémentaire.
Le point déterminant tient à l'assiette : la taxe forfaitaire s'applique au prix de cession, et non à la plus-value. Sur une vente de 100 000 euros, elle représente 11 500 euros, que le métal ait été acheté 40 000 ou 110 000 euros. Cette caractéristique est absente de la plupart des présentations commerciales, alors qu'elle décide entièrement de la fiscalité réellement supportée.
Une précision qui compte : l'exonération applicable aux cessions inférieures ou égales à 5 000 euros vise les bijoux, objets d'art, de collection ou d'antiquité. Elle ne couvre pas les métaux précieux, qui restent taxables dès le premier euro de prix de cession.
L'option pour le régime des plus-values sur biens meubles
La vendeuse peut opter pour le régime de droit commun des plus-values sur biens meubles de l'article 150 UA du code général des impôts. Le taux est alors de 19 % d'impôt sur le revenu auquel s'ajoutent les prélèvements sociaux, soit 36,2 % avant abattement, appliqués cette fois à la seule plus-value. S'y ajoute un abattement pour durée de détention de 5 % par année au-delà de la deuxième, en application de l'article 150 VC, ce qui conduit à une exonération totale au bout de 22 ans de détention.
Cette option n'est pas ouverte sans condition. Elle suppose de justifier de la date et du prix d'acquisition, donc de produire une facture nominative ou un document équivalent. Un or acheté sans traçabilité, hérité sans évaluation ou reçu en donation sans acte chiffré ne permet pas d'exercer l'option : la taxe forfaitaire s'applique alors mécaniquement. Conserver les justificatifs d'achat est donc, en pratique, la première décision fiscale d'une détentrice d'or physique.
Une réserve de méthode s'impose sur le taux de prélèvements sociaux. L'article 12 de la loi de financement de la sécurité sociale pour 2026 a porté les prélèvements sociaux à 18,6 % sur les revenus du capital mobilier, en laissant expressément l'assurance vie, les revenus fonciers et les bénéfices industriels et commerciaux de location meublée à 17,2 %. Les biens meubles corporels ne sont pas des valeurs mobilières, ce qui conduit à retenir 17,2 % et un total de 36,2 %, mais ce point mérite d'être confirmé au cas par cas avant une cession significative, et nous ne le présentons pas comme tranché.
Le seuil de bascule entre les deux régimes
L'arbitrage entre les deux régimes se calcule. Il dépend de deux variables seulement : la durée de détention, qui commande l'abattement, et le rapport entre le prix de cession et le prix d'achat, qui commande la part de plus-value. Le tableau ci-dessous donne le point de bascule pour un achat de 10 000 euros.
| Durée de détention | Abattement art. 150 VC | Taxe forfaitaire sur une cession à 15 000 euros | Option art. 150 UA sur la même cession | Régime le plus favorable |
|---|---|---|---|---|
| 2 ans | 0 % | 1 725 euros | 1 810 euros | Taxe forfaitaire |
| 5 ans | 15 % | 1 725 euros | 1 538 euros | Option |
| 10 ans | 40 % | 1 725 euros | 1 086 euros | Option |
| 15 ans | 65 % | 1 725 euros | 634 euros | Option |
| 22 ans et plus | 100 % | 1 725 euros | 0 euro | Option, exonération totale |
Hypothèses : achat de 10 000 euros justifié par facture nominative, cession de 15 000 euros, taxe forfaitaire de 11,5 % du prix de cession, option au taux global de 36,2 % appliqué à la plus-value après abattement de 5 % par année au-delà de la deuxième. Ces montants illustrent une mécanique de calcul et ne constituent pas une recommandation d'arbitrage.
La règle générale se formule simplement. L'option devient gagnante dès que le prix de cession reste inférieur à 1,47 fois le prix d'achat après deux ans de détention, à 1,60 fois après cinq ans et à 2,13 fois après dix ans. Au-delà de vingt ans de détention, l'abattement dépasse 90 % et l'option est gagnante quel que soit le multiple. Autrement dit, la taxe forfaitaire n'est réellement avantageuse que sur des plus-values très importantes réalisées rapidement, et sur des lots dont l'origine ne peut pas être justifiée.
Le piège : un impôt dû même en cas de perte
Puisque la taxe forfaitaire porte sur le prix de cession, elle est due même si l'or a été revendu moins cher qu'il n'a été acheté. Une détentrice qui aurait acquis pour 110 000 euros et revendrait 100 000 euros supporterait 11 500 euros de taxe sur une opération en perte de 10 000 euros. L'option pour l'article 150 UA est alors la seule issue, et elle suppose de disposer des justificatifs d'acquisition.
C'est une différence de nature avec l'immobilier. La plus-value immobilière des particulières est taxée à 19 % au titre de l'impôt sur le revenu et à 17,2 % au titre des prélèvements sociaux, soit 36,2 % avant abattements, mais uniquement sur un gain constaté. Une vente à perte ne déclenche aucune imposition. Les abattements pour durée de détention conduisent à une exonération totale d'impôt sur le revenu au bout de 22 ans et de prélèvements sociaux au bout de 30 ans, avec une surtaxe par tranches au-delà de 50 000 euros de plus-value nette imposable. Le calcul complet figure dans notre article sur le calcul de la plus-value immobilière.
La TVA, et le cas particulier de l'argent métal
L'or d'investissement, au sens de l'article 298 sexdecies A du code général des impôts, est exonéré de taxe sur la valeur ajoutée. Cette exonération recouvre les lingots et plaquettes d'un titre au moins égal à 995 millièmes ainsi que certaines pièces frappées après 1800, ayant eu cours légal dans leur pays d'origine et vendues à un prix n'excédant pas de plus de 80 % la valeur de leur contenu en or.
Cette exonération ne s'étend pas aux autres métaux. L'argent métal, le platine et le palladium supportent la taxe sur la valeur ajoutée au taux normal de 20 % à l'achat, ce qui crée une perte immédiate de valeur du même ordre, puisque cette taxe ne sera jamais récupérée à la revente par une particulière. Comparer un investissement en argent à un investissement en or sans intégrer ce point revient à ignorer 20 % du prix d'entrée.
L'or papier contre l'or physique, deux risques qui n'ont rien à voir
Ce que recouvre l'expression or papier
L'or papier désigne tout instrument dont la valeur suit le cours du métal sans que la détentrice en possède physiquement. Il en existe plusieurs formes, et elles ne comportent pas les mêmes risques. Les produits cotés adossés à des stocks physiques sont, dans l'Union européenne, structurés en titres de dette, car les règles de diversification applicables aux fonds coordonnés interdisent un fonds exposé à une seule matière première. Il existe également des certificats, des contrats à terme, des fonds investis en actions de sociétés minières, et des comptes-or ouverts auprès d'établissements.
La distinction essentielle passe entre l'or alloué et l'or non alloué. L'or alloué correspond à des barres identifiées, numérotées et affectées à la détentrice, conservées séparément du bilan de l'établissement. L'or non alloué est une créance sur un établissement, qui doit livrer du métal sans qu'un lot précis soit individualisé. Dans le second cas, une défaillance de l'établissement fait de la détentrice une créancière parmi d'autres. C'est exactement le risque contre lequel l'or physique est censé protéger.
Le risque de contrepartie, et le paradoxe
Le paradoxe mérite d'être posé clairement. L'argument principal en faveur de l'or est qu'il ne dépend d'aucun émetteur. Détenir de l'or sous forme de titre réintroduit précisément la dépendance à un émetteur, à un dépositaire et à une chaîne de conservation. Un instrument coté adossé à des stocks physiques mutualise et réduit ce risque, il ne le supprime pas, et il ne le supprime jamais totalement puisque l'instrument reste un titre.
Cela ne disqualifie pas l'or papier. Pour une exposition tactique, liquide, sans frais de garde et sans contrainte de stockage, il est structurellement plus efficace : les frais de gestion annuels des instruments cotés se situent le plus souvent entre 0,10 % et 0,50 %, soit moins que le coût de garde d'un petit volume physique, et l'écart entre prix d'achat et prix de vente y est très inférieur au spread du physique. Cela signifie simplement que les deux formes répondent à des objectifs différents, et que choisir la mauvaise forme pour le bon objectif est une erreur fréquente. Le fonctionnement général des instruments cotés est abordé dans notre article ETF ou fonds actifs, et nous en parlons dans l'épisode du podcast Out of the Box consacré aux ETF et à la stratégie boursière.
La fiscalité, qui n'est pas la même du tout
| Critère | Or physique | Or papier en compte-titres |
|---|---|---|
| Régime par défaut à la cession | Taxe forfaitaire de 11,5 % du prix de cession | Plus-value de cession de valeurs mobilières |
| Taux applicable | 11,5 %, ou option à 36,2 % sur la plus-value avec abattement | Prélèvement forfaitaire unique de 31,4 %, soit 12,8 % et 18,6 % |
| Abattement pour durée de détention | 5 % par an au-delà de la deuxième année, exonération à 22 ans | Aucun |
| Imposition en cas de perte | Oui au régime forfaitaire, non si l'option est exercée | Non, et la moins-value est imputable sur les plus-values de même nature |
| Éligibilité au PEA | Sans objet | Non, une matière première n'est pas éligible |
| Frais récurrents | Coffre et assurance, de 0,24 % à 0,60 % par an selon le volume | Frais de gestion de l'instrument, souvent de 0,10 % à 0,50 % par an |
| Risque de contrepartie | Aucun sur le métal détenu, risque de vol et de conservation | Réel, émetteur et dépositaire |
Le prélèvement forfaitaire unique s'établit à 31,4 % en 2026 sur le capital mobilier, soit 12,8 % d'impôt sur le revenu et 18,6 % de prélèvements sociaux depuis l'article 12 de la loi de financement de la sécurité sociale pour 2026. Il reste à 30 % sur l'assurance vie et le contrat de capitalisation, expressément exclus de la hausse. La qualification exacte d'un instrument adossé à de l'or physique avec faculté de livraison peut faire débat, et elle se fait confirmer avant une cession significative. Le choix entre imposition forfaitaire et barème progressif est traité dans notre article flat tax ou barème progressif, et le choix de l'enveloppe dans notre comparatif assurance vie ou compte-titres.
La liquidité, un mot qui recouvre deux réalités opposées
Vendre de l'or
Une pièce ou un lingot se revend en quelques jours auprès d'un négociant, d'une banque ou d'un comptoir, à un prix connu à l'avance puisqu'il découle du cours. La liquidité est donc excellente en temps normal, et c'est un avantage réel sur l'immobilier. Elle a cependant deux limites. Le prix de rachat intègre la marge du négociant, ce qui rend la sortie moins bonne que ne le suggère le cours affiché. Et la liquidité d'un lot dépend de sa forme : un lingot d'un kilogramme ne se vend pas par fractions, alors que des pièces permettent de céder par petites quantités.
Vendre un bien immobilier
Une vente immobilière prend plusieurs mois entre la mise en marché, l'offre, le compromis, le délai de rétractation, l'instruction du financement de l'acquéreur et l'acte authentique. Elle coûte des frais d'agence, de l'ordre de 5 % du prix, et elle ne se fractionne pas : on ne vend pas un tiers d'appartement pour financer un imprévu. À cela s'ajoute le fait que la liquidité immobilière se dégrade précisément quand les taux montent, c'est-à-dire au moment où les vendeurs sont les plus nombreux.
Un point mérite d'être ajouté, car il est rarement dit. La liquidité de l'immobilier peut être restaurée par le crédit sans vendre : un refinancement ou un prêt adossé permet de mobiliser de la valeur en conservant le bien. Cette possibilité n'existe pas sur l'or physique dans le circuit bancaire classique destiné aux particulières. Le mécanisme du crédit adossé à des actifs financiers est traité dans notre article sur le crédit lombard.
La liquidité de crise, celle dont on parle sans jamais la tester
L'argument avancé pour l'or est celui de la liquidité en situation extrême. Il faut le regarder avec prudence dans les deux sens. D'un côté, un métal universellement reconnu se cède partout, ce qui est vrai. De l'autre, les épisodes de tension s'accompagnent d'un élargissement des écarts entre prix d'achat et prix de vente, de files d'attente chez les négociants et parfois de pénuries sur les petites coupures physiques : la liquidité théorique et la liquidité pratique divergent exactement au moment où l'on comptait sur elle. Nous n'affirmons rien de plus, parce qu'aucune série publique ne permet de chiffrer proprement ce phénomène.
L'effet de levier, la différence structurelle que rien ne compense
Personne ne prête pour acheter de l'or
C'est la différence la plus importante entre les deux actifs, et c'est aussi la moins discutée. Le système bancaire français finance l'immobilier des particulières de manière massive et normalisée, sur des durées longues, à taux fixe, avec une garantie prise sur le bien financé lui-même. Il ne finance pas l'achat d'or physique par une particulière. Il n'existe pas de crédit or comme il existe un crédit immobilier.
La conséquence est arithmétique. Une investisseuse disposant de 25 000 euros peut acheter 25 000 euros d'or, moins les frais d'entrée. La même somme, apportée dans une opération immobilière, donne accès à 155 160 euros d'actif sur notre cas de référence, financé par un emprunt de 130 160 euros. Le rapport d'actif contrôlé est de 6,21. Et surtout, cet emprunt est remboursé pour l'essentiel par le locataire, pas par la propriétaire.
Une nuance de vocabulaire s'impose. Il existe bien des crédits adossés à des actifs financiers nantis, dont le produit peut ensuite servir à acheter ce que l'on veut. Mais ce n'est pas un levier sur l'or : c'est un levier sur un portefeuille déjà constitué, avec appels de garantie complémentaire si la valeur baisse. La logique est celle du crédit lombard, pas celle du crédit immobilier.
Le calcul à effort identique
Pour comparer honnêtement, il faut figer l'effort. L'investisseuse dispose de 25 000 euros et peut consacrer environ 2 421 euros par an à son projet, ce qui correspond exactement à l'effort net de l'opération immobilière de référence : 9 349 euros d'annuité assurance comprise, plus 2 672 euros de charges, moins 9 600 euros de loyer encaissé. Sur vingt ans, elle engage donc 25 000 euros au départ et 48 426 euros ensuite, soit 73 426 euros au total dans les deux scénarios.
| Scénario | Capital engagé sur 20 ans | Actif détenu au bout de 20 ans | Progression annuelle du cours de l'or nécessaire pour égaler |
|---|---|---|---|
| Immobilier, prix stables sur 20 ans | 73 426 euros | 147 402 euros nets de frais de revente, dette éteinte | 5,40 % par an |
| Immobilier, prix en hausse de 1 % par an | 73 426 euros | 179 858 euros nets de frais de revente | 6,77 % par an |
| Immobilier, prix en hausse de 2 % par an | 73 426 euros | 219 032 euros nets de frais de revente | 8,10 % par an |
| Or, cours stable | 73 426 euros | 70 157 euros | Sans objet |
| Or, cours en hausse de 5 % par an | 73 426 euros | 139 212 euros | Sans objet |
Hypothèses : apport initial de 25 000 euros dans les deux cas, versement annuel de 2 421,32 euros dans les deux cas, emprunt immobilier de 130 160 euros sur 20 ans au taux de 3,31 % relevé par le baromètre CAFPI en juillet 2026, assurance emprunteur à 0,34 % du capital initial, frais de revente immobiliers de 5 %, frais de garde de l'or de 0,35 % par an, fiscalité de sortie exclue des deux côtés pour isoler l'effet de structure. Il ne s'agit ni d'une prévision ni d'une promesse : les prix immobiliers peuvent baisser, le cours de l'or peut baisser, et les deux scénarios peuvent se solder par une perte en capital.
Le levier joue aussi à la baisse, et il faut le dire
Un actif financé à crédit amplifie les variations dans les deux sens. Une baisse de 20 % sur un bien acheté 155 160 euros représente 31 032 euros, soit davantage que l'apport de 25 000 euros : la valeur nette devient négative avant que la dette n'ait été suffisamment remboursée. La même baisse de 20 % sur 25 000 euros d'or coûte 5 000 euros, et rien de plus. Le levier n'est pas un cadeau, c'est une multiplication.
S'y ajoutent des risques que l'or ne connaît pas : la vacance locative, l'impayé, le sinistre, le contentieux avec un locataire, les travaux imposés par la copropriété, et une réglementation qui évolue. Un lingot ne fait jamais défaut de paiement. La structure de financement retenue pèse elle aussi lourdement sur le résultat, sujet développé dans notre comparatif entre crédit in fine et crédit amortissable, et le plafond réglementaire d'endettement dans celui consacré à la règle des 35 %. La capacité de financement se teste avec notre simulateur de capacité d'emprunt.
Or ou immobilier : la fiscalité de détention et de transmission
L'impôt sur la fortune immobilière ne vise que l'un des deux
L'or n'entre pas dans l'assiette de l'impôt sur la fortune immobilière. Depuis 2018, cet impôt ne porte que sur les actifs immobiliers, ce qui exclut par construction les métaux précieux, les valeurs mobilières et les liquidités. Une détentrice d'or ne déclare rien à ce titre, quelle que soit la valeur détenue. Il faut ajouter un point souvent mal rapporté : l'impôt sur la fortune immobilière n'a pas été remplacé par un impôt sur la fortune improductive. Ce remplacement a été discuté, il n'a pas été retenu dans le texte définitif, et il ne faut pas présenter cet impôt comme existant.
L'immobilier, lui, entre intégralement dans l'assiette, y compris la fraction immobilière des parts de sociétés et de certains contrats. Pour un patrimoine qui approche le seuil d'imposition, l'arbitrage entre les deux actifs a donc une conséquence fiscale annuelle et récurrente, ce qui n'est le cas d'aucun des autres critères examinés dans cet article. Le calcul du barème est détaillé dans notre article sur le calcul de l'IFI et dans la fiche de glossaire consacrée à l'IFI.
La nouveauté de 2026 : les métaux précieux détenus en société
Ce point est récent et il change la donne pour les patrimoines structurés. L'article 7 de la loi de finances pour 2026 a créé l'article 235 ter C du code général des impôts, qui institue une taxe annuelle de 20 % sur la valeur vénale brute de certains actifs somptuaires détenus par des holdings patrimoniales. Trois conditions cumulatives déclenchent le dispositif : des actifs totaux d'au moins 5 millions d'euros, la détention d'au moins 50 % des droits par une personne physique, et des revenus passifs représentant plus de 50 % des produits.
L'assiette vise expressément les métaux précieux, aux côtés des yachts, des aéronefs, des véhicules de tourisme et des vins de collection, sans déduction du passif ni plafonnement. La première application concerne les exercices clos à compter du 31 décembre 2026. Autrement dit, l'or détenu en direct par une personne physique échappe à toute imposition annuelle, alors que le même or logé dans une holding remplissant les trois conditions supporterait 20 % par an de sa valeur brute. La différence de structure de détention pèse ici bien plus que le choix de l'actif. Le sujet est développé dans notre article sur la holding patrimoniale et sur notre page dédiée à la holding patrimoniale des dirigeants.
Le coût annuel de détention, poste par poste
| Poste annuel | Or physique détenu en direct | Immobilier locatif détenu en direct |
|---|---|---|
| Impôt sur la fortune immobilière | Aucun, hors assiette | Oui, sur la valeur nette taxable |
| Taxe foncière | Aucune | Oui, non récupérable sur le locataire pour l'essentiel |
| Impôt sur le revenu du bien | Aucun, l'or ne produit aucun revenu | Oui, barème progressif plus 17,2 % de prélèvements sociaux |
| Charges de copropriété et entretien | Aucune | Oui, y compris la part non récupérable et le gros entretien |
| Assurance | Oui, sur le contenu du coffre | Oui, propriétaire non occupant, et éventuellement loyers impayés |
| Garde et conservation | Oui, de 0,24 % à 0,60 % par an selon le volume | Sans objet |
| Taxe de 20 % de l'article 235 ter C | Oui si détenu par une holding remplissant les trois conditions | Non, l'immobilier ne figure pas dans l'assiette de ce texte |
| Revenu encaissé en face de ces coûts | Aucun | Le loyer, indexé annuellement dans la limite de l'IRL |
La transmission, deux logiques opposées
À la succession, l'or et l'immobilier sont taxés selon le même barème des droits de mutation à titre gratuit, avec les mêmes abattements, dont 100 000 euros par enfant et par parent tous les 15 ans en application de l'article 779 du code général des impôts. La différence n'est pas dans le taux, elle est dans l'évaluation et dans le partage.
L'or se divise et se partage sans acte : quatre héritiers se répartissent des pièces sans notaire, sans indivision durable et sans frais de partage. Un bien immobilier crée une indivision, qui produit des blocages dès que les héritiers n'ont pas le même projet, et sa sortie coûte un droit de partage. À l'inverse, l'immobilier se démembre, se loge en société civile et s'organise longtemps à l'avance, ce que l'or fait beaucoup moins bien. L'or est plus simple à partager, l'immobilier est plus facile à organiser. Le cadre général de la transmission est traité sur notre page transmission de patrimoine.
Un point pratique conclut ce volet, et il est plus important qu'il n'en a l'air. L'or physique non déclaré et non tracé pose un problème de succession réel : sans facture d'acquisition, les héritiers ne pourront pas exercer l'option pour le régime des plus-values sur biens meubles lors de la revente, et l'or supportera la taxe forfaitaire de 11,5 % sur son prix de cession. La traçabilité vaut mieux que la discrétion.
Or ou immobilier : ce que le mot refuge devrait vouloir dire
La bonne question n'est pas lequel des deux
Après ce parcours, la conclusion s'impose : les deux actifs ne sont pas substituables. L'un est un actif de rendement, financé à crédit, taxé annuellement, illiquide, ancré dans une économie locale et générateur de revenus indexés. L'autre est un actif de conservation, sans revenu, coûteux à garder, liquide, mobile, hors de portée de l'impôt sur la fortune immobilière et sans effet de levier possible. Ils ne répondent pas à la même question, ce qui rend l'opposition « or ou immobilier » largement mal posée.
La question utile est celle de la part. Un patrimoine composé exclusivement d'immobilier est concentré sur un seul risque, une seule fiscalité et une seule juridiction. Un patrimoine composé exclusivement d'or ne produit rien pendant toute la durée de détention et paie pour exister. Ce qui se décide, c'est une proportion, et cette proportion dépend de l'horizon, du besoin de revenu, de la situation fiscale et de la tolérance à la volatilité. Notre article sur le patrimoine moyen des Français par âge donne des points de repère, et notre guide sur la façon d'investir 100 000 euros déroule la logique de répartition.
Tableau de synthèse
| Critère | Or physique | Immobilier locatif | Ce qui décide |
|---|---|---|---|
| Revenu produit | Aucun | Un loyer indexé annuellement | Le besoin de revenu pendant la détention |
| Coût annuel de détention | 0,24 % à 0,60 % de garde et d'assurance | Taxe foncière, charges, entretien, impôt sur le revenu | La capacité à absorber une charge récurrente |
| Effet de levier bancaire | Inexistant pour une particulière | Standard, à taux fixe et sur longue durée | La capacité d'emprunt disponible |
| Liquidité en temps normal | Quelques jours, avec un spread de 3 % à 8 % | Plusieurs mois, avec 5 % de frais de vente | L'horizon et le besoin de disponibilité |
| Fiscalité à la cession | 11,5 % du prix de cession, ou option à 36,2 % avec abattement | 36,2 % sur la plus-value, exonérée à 22 et 30 ans | La durée de détention et la traçabilité de l'achat |
| Imposition annuelle du patrimoine | Hors assiette de l'IFI, sauf holding relevant de l'article 235 ter C | Dans l'assiette de l'IFI | Le niveau de patrimoine immobilier net |
| Protection contre l'inflation | Incertaine, sans mécanisme automatique | Réelle mais partielle, par l'indexation du loyer | L'horizon retenu |
| Protection contre un risque de système | Réelle, aucun émetteur derrière le métal | Faible, l'actif est ancré dans l'économie locale | Le scénario que l'on cherche à couvrir |
| Travail de gestion | Nul une fois le stockage réglé | Réel et récurrent, ou délégué à un coût | Le temps disponible |
Ce que Solstice Patrimoine peut faire, et ce que cet article ne peut pas faire
Cet article explique des mécanismes et donne des ordres de grandeur. Ce qu'il ne peut pas faire, c'est dire quelle proportion d'or ou d'immobilier convient à une situation donnée, parce que la réponse dépend de l'âge, du régime matrimonial, du niveau et de la nature des revenus, de l'horizon, du patrimoine déjà constitué et de la capacité à supporter une baisse sans vendre. C'est précisément ce qui se travaille en rendez-vous, et c'est la raison d'en prendre un plutôt que de trancher seule à partir d'un article, quel qu'il soit.
Une précision de méthode s'impose sur un sujet aussi exposé au discours commercial. Solstice Patrimoine ne délivre aucune recommandation personnalisée dans ses articles, ne promet aucun rendement et ne présente aucun actif comme sûr. Le cabinet travaille en architecture ouverte, sans être lié à un groupe bancaire ni à un assureur, ce qui lui permet d'examiner une allocation sans avoir à défendre une gamme.
Pour situer une configuration avant tout rendez-vous, notre diagnostic patrimonial parcourt les paramètres qui décident de cette répartition, et notre bilan patrimonial détaille la méthode d'ensemble. Le rendement d'un bien locatif se teste sur vos propres hypothèses lorsque vous venez faire le point sur votre situation. Sur le volet opérationnel du choix géographique d'un bien, la ressource où investir en France d'emeline-siron.fr aborde le sujet sous un angle de terrain.
Ce qu'il faut retenir sur l'or et l'immobilier comme valeurs refuges
L'expression valeur refuge ne veut rien dire tant qu'on n'a pas nommé le risque. Contre l'érosion du pouvoir d'achat, le mécanisme efficace est un revenu contractuellement indexé, ce que produit un bail et non un lingot. Contre une défaillance de contrepartie ou une crise de confiance dans une monnaie, l'actif sans émetteur a un avantage réel, mais il s'accompagne d'une exposition au dollar pour une résidente de la zone euro. Contre un risque politique et de mobilité, l'or gagne, mais dans un cadre déclaratif, tout transport d'au moins 10 000 euros devant être déclaré en douane.
Trois chiffres résument l'écart économique. L'or ne produit aucun revenu et coûte de 0,24 % à 0,60 % par an à garder, soit un rendement réel de moins 2,40 % par an à cours constant avec une inflation supposée de 2,1 %. L'immobilier locatif du cas de référence dégage 3,71 % nets de charges avant impôt, avec des risques de vacance, d'impayé et de travaux que l'or ne connaît pas. Et 25 000 euros donnent accès à 155 160 euros d'actif immobilier contre 25 000 euros d'or, faute de tout crédit bancaire adossé au métal.
La fiscalité, enfin, ne se devine pas. La taxe forfaitaire de 11,5 % porte sur le prix de cession et reste due même en cas de perte, sauf à pouvoir opter pour le régime des plus-values sur biens meubles, ce qui exige une facture d'acquisition. Cette option devient gagnante dès cinq ans de détention pour la plupart des multiples, et conduit à l'exonération complète au bout de 22 ans. L'or papier en compte-titres relève d'une logique entièrement différente, avec un prélèvement forfaitaire unique de 31,4 % et aucun abattement pour durée de détention.
La conclusion tient en une ligne : ce n'est pas un choix, c'est une proportion, et cette proportion ne se détermine pas dans un article.
Article d'information générale à jour des règles et des données publiées au 29 octobre 2026. Il ne constitue ni un conseil en investissement, ni une recommandation personnalisée, ni une incitation à acheter ou à vendre un actif, ni une promesse de résultat. Aucun cours de l'or, aucune série de performance passée et aucune prévision ne sont publiés ici, volontairement. Les performances passées ne préjugent pas des performances futures, aucun placement ne garantit un rendement, et le capital investi sur un actif dont le prix varie peut être perdu en partie. Un investissement immobilier comporte des risques de vacance, d'impayé, de travaux imprévus, de baisse de valeur et de liquidité incertaine ; l'or comporte un risque de prix, un risque de change, un risque de vol et, sous forme de titre, un risque de contrepartie. Les taux de crédit cités sont des relevés à une date donnée et n'engagent aucun établissement. Sources : INSEE, ACPR Analyses et Synthèses n° 180 du 30 juin 2026, ASPIM bilan annuel du 9 février 2026, arrêté du 28 juillet 2026, baromètre CAFPI de juillet 2026, code général des impôts, loi de finances pour 2026, loi de financement de la sécurité sociale pour 2026, loi Climat et résilience du 22 août 2021, Légifrance, service-public.fr, direction générale des douanes et droits indirects.
Questions fréquentes
- L'or est-il vraiment une valeur refuge ?
- Cela dépend du risque visé. Contre une défaillance de contrepartie ou une perte de confiance dans une monnaie, l'or a un avantage réel puisqu'il n'est le passif de personne. Contre l'inflation, il n'offre aucun mécanisme automatique : il ne verse aucun revenu, donc sa protection dépend entièrement de la hausse de son prix. Il coûte par ailleurs de 0,24 % à 0,60 % par an à garder et à assurer selon le volume détenu.
- Quelle est la fiscalité de l'or physique en France en 2026 ?
- Par défaut, une taxe forfaitaire sur les métaux précieux de 11 % augmentée de 0,5 % de CRDS, soit 11,5 %, assise sur le prix de cession et non sur le gain, en application des articles 150 VI à 150 VM du code général des impôts. La vendeuse peut opter pour le régime des plus-values sur biens meubles de l'article 150 UA, à 36,2 % sur la seule plus-value, avec un abattement de 5 % par année de détention au-delà de la deuxième et une exonération totale à 22 ans.
- Peut-on devoir un impôt sur une vente d'or à perte ?
- Oui, au régime par défaut. La taxe forfaitaire de 11,5 % porte sur le prix de cession, pas sur le gain : une vente à 100 000 euros d'un or acheté 110 000 euros déclenche 11 500 euros de taxe malgré une perte de 10 000 euros. La seule issue est d'opter pour le régime des plus-values sur biens meubles, ce qui suppose de justifier la date et le prix d'acquisition par une facture nominative.
- Quelle différence de fiscalité entre or physique et or papier ?
- L'or physique relève de la taxe forfaitaire de 11,5 % du prix de cession, avec option possible pour un régime à 36,2 % sur la plus-value assorti d'un abattement pour durée de détention. L'or papier détenu en compte-titres relève du régime des plus-values de cession de valeurs mobilières, soumis au prélèvement forfaitaire unique de 31,4 % en 2026, soit 12,8 % d'impôt sur le revenu et 18,6 % de prélèvements sociaux, sans aucun abattement pour durée de détention.
- Peut-on emprunter pour acheter de l'or comme on emprunte pour l'immobilier ?
- Non. Le système bancaire français ne finance pas l'achat d'or physique par une particulière, alors qu'il finance l'immobilier de façon massive et normalisée, à taux fixe et sur longue durée. Sur un cas de référence, 25 000 euros d'apport donnent accès à 155 160 euros d'actif immobilier grâce à un emprunt de 130 160 euros, contre 25 000 euros d'or. C'est la différence structurelle la plus importante entre les deux actifs.
- L'or est-il soumis à l'impôt sur la fortune immobilière ?
- Non. Depuis 2018, l'IFI ne porte que sur les actifs immobiliers, ce qui exclut les métaux précieux. Attention toutefois : l'article 7 de la loi de finances pour 2026 a créé l'article 235 ter C du code général des impôts, une taxe annuelle de 20 % sur la valeur vénale brute des métaux précieux et autres actifs somptuaires détenus par certaines holdings patrimoniales, première application aux exercices clos à compter du 31 décembre 2026.
- L'immobilier protège-t-il mieux de l'inflation que l'or ?
- Il dispose d'un mécanisme que l'or n'a pas : l'indexation contractuelle du loyer. En habitation, la révision annuelle suit l'indice de référence des loyers publié par l'INSEE, qui s'établissait à 148,37 points au deuxième trimestre 2026, en hausse de 1,15 % sur un an. Cette protection reste partielle, car elle est plafonnée par l'indice et ne s'applique pas aux charges du bailleur, qui progressent souvent plus vite.
- Quelle part d'or faut-il détenir dans un patrimoine ?
- Aucune proportion générale ne peut être avancée sans connaître la situation. La réponse dépend de l'horizon, du besoin de revenu pendant la détention, du patrimoine déjà constitué, de la situation fiscale et de la capacité à supporter une baisse sans vendre. Un patrimoine composé exclusivement d'immobilier est concentré sur un seul risque et une seule juridiction ; un patrimoine composé exclusivement d'or ne produit rien et paie pour exister.