SOLSTICE PATRIMOINE
Immobilier

Le taux d'endettement de 35 % : la règle et ses exceptions

Emeline Siron·

Le taux d'endettement de 35 % n'est ni une loi ni un usage bancaire : c'est la décision D-HCSF-2021-7 du 29 septembre 2021, contraignante depuis le 1er janvier 2022. Les banques peuvent y déroger sur 20 % de leur production trimestrielle, mais 70 % de cette marge est réservée à la résidence principale et 30 % aux primo-accédants, ce qui laisse 6 % de la production pour tout le reste. Et le ratio ignore le reste à vivre, les charges de famille et la nature des revenus, qui décident pourtant de l'accord.

Le taux d'endettement de 35 %, la réponse directe

Le taux d'endettement de 35 % est un plafond réglementaire, pas un usage bancaire. Il résulte de la décision D-HCSF-2021-7 du Haut Conseil de stabilité financière, adoptée le 29 septembre 2021 et juridiquement contraignante pour les établissements de crédit depuis le 1er janvier 2022. Le taux d'effort se calcule en divisant l'ensemble des charges de crédit, assurance emprunteur comprise, par les revenus retenus, sans compensation entre les deux. Un foyer à 4 000 euros de revenus nets mensuels ne peut donc pas dépasser 1 400 euros de charges de crédit, primes d'assurance incluses.

Ce plafond souffre une exception organisée : la même décision autorise chaque banque à s'en écarter sur 20 % de sa production trimestrielle de crédit immobilier. Cette marge n'est pas libre. Au moins 70 % doivent aller à l'acquisition de la résidence principale et au moins 30 % aux primo-accédants, ce qui laisse au maximum 6 % de la production trimestrielle pour tout le reste, investissement locatif compris. Au premier trimestre 2026, les banques utilisaient 17,5 % de flexibilité selon le Haut Conseil de stabilité financière, contre 15,7 % un an plus tôt.

Le point souvent mal compris est ailleurs. Un dossier peut respecter les 35 % et être refusé, parce que le ratio ignore le reste à vivre, les charges de famille, la taxe foncière, les frais de garde et la nature des revenus. Cet article traite la règle elle-même, son origine, sa marge de dérogation et ses angles morts. Le calcul du montant empruntable est déroulé étape par étape dans notre article dédié au calcul de la capacité d'emprunt, et le ratio se teste directement avec notre simulateur de capacité d'emprunt.

D'où vient la règle du taux d'endettement à 35 %

Le Haut Conseil de stabilité financière et sa base légale

Le Haut Conseil de stabilité financière est l'autorité macroprudentielle française. Il est présidé par le ministre chargé de l'économie et réunit notamment le gouverneur de la Banque de France, le président de l'Autorité des marchés financiers et celui de l'Autorité de contrôle prudentiel et de résolution. Sa mission, définie à l'article L. 631-2-1 du code monétaire et financier, est de prévenir le risque systémique, c'est-à-dire le risque qu'une difficulté isolée se propage à l'ensemble du système financier.

Le même article lui donne le pouvoir de fixer des conditions d'octroi de crédit aux établissements bancaires. C'est cette disposition, et elle seule, qui fonde la règle des 35 %. Il n'y a donc ni loi ni décret sur le taux d'endettement : la norme est une décision d'une autorité administrative, et son respect est contrôlé par l'Autorité de contrôle prudentiel et de résolution au titre de sa mission générale de surveillance des établissements de crédit.

Cette origine explique une caractéristique qui déroute beaucoup d'emprunteurs. La règle ne s'adresse pas à eux. Elle s'adresse aux banques, et elle porte sur leur production globale, pas sur chaque dossier pris isolément. Un particulier ne peut donc pas invoquer la décision D-HCSF-2021-7 devant un juge pour obtenir un crédit, ni la contester parce qu'un dossier a été refusé.

De la recommandation de 2019 à la décision de 2021

La séquence s'étale sur deux ans. En décembre 2019, le Haut Conseil de stabilité financière constate une dérive simultanée des durées et des taux d'effort dans la production de crédit immobilier, et publie une recommandation fixant un taux d'effort maximal de 33 %, une durée maximale de 25 ans et une marge de flexibilité de 15 %. Une recommandation n'oblige pas : elle expose les banques à devoir s'expliquer, rien de plus.

En janvier 2021, après une consultation de la place et le choc de la crise sanitaire, le Haut Conseil relève le taux d'effort à 35 % et la marge de flexibilité à 20 %, tout en autorisant deux années supplémentaires de maturité dans certains cas. Le 29 septembre 2021, il franchit le pas et adopte une décision, la D-HCSF-2021-7, qui reprend ces paramètres et les rend juridiquement contraignants à compter du 1er janvier 2022.

Ce passage de la recommandation à la décision est le vrai basculement. Avant 2022, une banque pouvait s'écarter de la norme en assumant un dialogue avec le superviseur. Depuis 2022, elle ne le peut plus que dans la limite de sa marge de flexibilité, et le dépassement de cette marge est une non-conformité.

Ce que « juridiquement contraignante » change concrètement

Une banque qui dépasse sa marge de flexibilité s'expose à une mesure de police administrative de son superviseur, pas à une amende versée à l'emprunteur. Conséquence pratique : les établissements pilotent leur marge de très près, par trimestre, et la referment sans préavis quand elle approche de sa limite. Un dossier identique peut donc être accepté en janvier et refusé en mars par la même banque, sans que rien n'ait changé dans la situation de l'emprunteur.

C'est aussi ce qui explique la variabilité des réponses d'un établissement à l'autre à un moment donné. Le plafond est commun, la marge est individuelle, et son état de consommation n'est jamais public.

DateTexteTaux d'effortDuréeFlexibilitéPortée
Décembre 2019Recommandation du HCSF33 %25 ans15 %Non contraignante
Janvier 2021Recommandation révisée35 %25 ans, 27 dans deux cas20 %Non contraignante
29 septembre 2021Décision D-HCSF-2021-735 %25 ans, 27 dans deux cas20 %Contraignante au 1er janvier 2022
2026Décision toujours en vigueur35 %25 ans, 27 dans deux cas20 %Contrôle de l'ACPR

Pourquoi 35 % et pas 33 %, 40 % ou rien du tout

Un seuil prudentiel, et non un optimum économique

Aucune étude ne démontre qu'un ménage devient insolvable au-delà de 35 % et reste solvable en dessous. Le seuil n'a pas cette prétention. Il répond à une question différente : à partir de quel niveau d'effort la sinistralité observée sur un portefeuille de crédits augmente-t-elle assez pour menacer la stabilité du système bancaire. C'est une réponse statistique, calibrée sur des masses, transposée ensuite à chaque dossier pour être opérationnelle.

Il en découle une conséquence que les emprunteurs sous-estiment. Le plafond de 35 % n'est pas une cible à atteindre. Un ménage qui emprunte à 34,8 % respecte la norme et se prive en même temps de toute capacité d'absorption d'un aléa : une perte d'emploi, un divorce, un ravalement voté en assemblée générale, une hausse de la taxe foncière. La règle protège le système financier, elle ne protège pas le foyer.

Les deux points ajoutés en 2021 et ce qu'ils ont payé

Le passage de 33 % à 35 % n'a pas été un assouplissement net. Il s'est accompagné d'un resserrement de la définition du taux d'effort, en particulier de l'interdiction de compenser une charge de crédit par un revenu locatif attendu. Pour un dossier de résidence principale sans locatif, les deux points sont un gain réel. Pour un investisseur, la définition plus stricte a coûté davantage que les deux points n'ont rapporté, comme le montre le calcul détaillé plus bas.

C'est le premier angle mort de la règle des 35 % : un même chiffre recouvre deux réalités selon la structure des revenus. Comparer un taux d'endettement calculé avant 2022 et un taux calculé aujourd'hui n'a pas de sens si des loyers entrent dans l'équation.

Le ratio français dans le paysage européen

La France a choisi un instrument fondé sur la charge de remboursement rapportée au revenu. D'autres pays européens encadrent plutôt le rapport entre le montant emprunté et la valeur du bien, ou entre le montant emprunté et le revenu annuel. Ces trois familles d'instruments ne mesurent pas la même chose : la première regarde la capacité à payer chaque mois, les deux autres regardent l'exposition totale. Un même ménage peut être conforme à l'une et non aux autres.

Le choix français a une conséquence directe. Puisque la norme porte sur la mensualité, allonger la durée fait mécaniquement baisser le taux d'effort sans réduire d'un euro le montant emprunté. C'est précisément pour empêcher ce contournement que la décision D-HCSF-2021-7 plafonne aussi la maturité à 25 ans. Les deux bornes se tiennent, l'une sans l'autre serait inopérante.

Ce que le chiffre de 35 % ne mesure pas

Le taux d'effort est un rapport, donc un nombre sans dimension. Il ignore le niveau absolu des revenus, la composition du foyer, le coût de la vie local et la nature des charges qui ne sont pas des crédits. Un taux d'endettement de 35 % sur 2 200 euros de revenus et un taux d'endettement de 35 % sur 12 000 euros décrivent deux situations sans rapport. Les banques le savent, et c'est la raison pour laquelle elles ajoutent leurs propres critères, développés plus loin.

Les trois bornes de la décision, et non une seule

BorneContenuMarge de manoeuvre
Taux d'effort35 % maximum des revenus, assurance emprunteur comprise, sans compensationDérogation possible dans la marge de flexibilité
Maturité25 ans maximum, 27 ans en état futur d'achèvement ou si les travaux atteignent 25 % du coût totalLes deux années supplémentaires sont de droit dans ces deux cas
Flexibilité20 % de la production trimestrielle peut déroger aux deux premières bornesRépartition imposée entre résidence principale et primo-accédants

Le taux d'effort, assurance comprise

La prime d'assurance emprunteur entre dans le numérateur. Cette précision, absente de beaucoup de simulateurs grand public, retire directement de la capacité. Sur une mensualité plafond de 1 400 euros, une prime de 66 euros laisse 1 334 euros pour rembourser le capital et les intérêts. Une prime de 22 euros en laisse 1 378. Le tarif d'assurance n'est donc pas seulement un coût, c'est un paramètre de capacité, et la loi n° 2022-270 du 28 février 2022 dite loi Lemoine autorise la résiliation à tout moment sous réserve d'une équivalence de garanties.

Le numérateur intègre aussi toutes les mensualités de crédits en cours : crédit automobile, crédit à la consommation, crédit renouvelable même partiellement utilisé, et pension alimentaire versée dans la plupart des grilles. Un crédit auto de 300 euros par mois retire 300 euros de mensualité disponible, quelle que soit sa durée restante, tant qu'il n'est pas soldé.

La maturité de 25 ans et ses deux exceptions

La durée maximale est de 25 ans. Deux hypothèses permettent d'aller à 27 ans : l'acquisition d'un logement en l'état futur d'achèvement, et l'opération dont les travaux représentent au moins 25 % du coût total. Dans ces deux cas, les deux années supplémentaires correspondent à un différé d'amortissement initial, le temps que le bien soit livré ou rénové. Ce n'est pas une durée d'amortissement de 27 ans, c'est un amortissement de 25 ans précédé d'un différé.

Hors de ces deux cas, un prêt de 26 ou 30 ans n'est pas interdit en soi, mais il consomme la marge de flexibilité de la banque au même titre qu'un dépassement du taux d'effort. En pratique, il devient donc très rare. La conséquence est directe sur le budget d'un premier achat, sujet traité dans notre article sur l'investissement immobilier quand on débute.

La flexibilité, troisième borne et la moins connue

La troisième borne est celle qui explique la quasi-totalité des dossiers acceptés au-dessus de 35 %. Elle mérite un développement à part, parce que sa répartition interne est très contrainte et qu'elle décide de qui peut réellement dépasser le plafond.

La marge de dérogation de 20 % et sa répartition réelle

Ce que le texte réserve, et à qui

La décision D-HCSF-2021-7 autorise chaque établissement à déroger aux deux premières bornes sur 20 % de sa production trimestrielle de crédit immobilier, mesurée en montant et non en nombre de dossiers. Cette marge est fléchée : au moins 70 % doivent aller à des acquisitions de résidence principale, et au moins 30 % à des primo-accédants. La part réellement libre est donc de 30 % de la marge, soit 6 % de la production trimestrielle.

Le tableau ci-dessous traduit ces pourcentages sur une banque qui produit 500 millions d'euros de crédit immobilier sur un trimestre. Les montants sont recalculés à partir des taux de la décision, ils ne sont pas des ordres de grandeur.

PosteBasePartMontantPart de la production
Production trimestrielleRéférence100 %500 000 000 euros100 %
Marge de dérogation totaleProduction20 %100 000 000 euros20 %
Réservé à la résidence principaleMarge70 % au moins70 000 000 euros14 %
Réservé aux primo-accédants, inclus dans la ligne précédenteMarge30 % au moins30 000 000 euros6 %
Part libre, tout autre projet dont le locatifMarge30 % au plus30 000 000 euros6 %

Le taux d'utilisation constaté

La marge n'est pas saturée. Au premier trimestre 2026, les banques ont utilisé 17,5 % de flexibilité selon le Haut Conseil de stabilité financière, contre 15,7 % un an plus tôt. Il reste donc théoriquement de la place. Mais cette moyenne masque deux réalités : la consommation varie fortement d'un établissement à l'autre, et la part libre, celle qui n'est réservée ni à la résidence principale ni aux primo-accédants, se sature bien avant la marge globale.

Deuxième nuance, la marge se pilote par trimestre. Une banque qui l'a largement entamée en début de trimestre resserre en fin de période, puis rouvre au trimestre suivant. Cette saisonnalité administrative n'a aucun lien avec la qualité des dossiers, et elle explique une bonne partie des refus incompréhensibles.

Pourquoi l'investissement locatif en profite peu

Un projet locatif pur ne relève ni de la résidence principale ni de la primo-accession. Il ne peut donc mobiliser que la part libre de la marge, au maximum 6 % de la production trimestrielle. Cette part accueille par ailleurs tous les autres cas atypiques : résidence secondaire, rachat de soulte, opération mixte, emprunteur âgé, revenus très irréguliers. La concurrence y est rude.

C'est une donnée à intégrer avant même de chercher un bien, parce qu'elle explique pourquoi un dossier locatif rentable sur le papier peut ne trouver aucun financeur. Le rendement de l'opération ne fait pas partie des critères de la norme, et il n'entre dans la décision de la banque que par le biais des loyers pondérés. La méthode de calcul du rendement figure dans notre article sur le calcul du rendement locatif net.

Comment une banque arbitre l'usage de sa marge

La marge étant rare, elle se donne à ce qui rapporte le plus à l'établissement sur la durée de la relation. Concrètement, trois éléments pèsent : l'épargne résiduelle après opération, la domiciliation des flux du foyer, et la perspective d'équiper le client sur d'autres produits. Un dossier à 36,5 % avec 40 000 euros d'épargne conservée passe plus facilement qu'un dossier à 35,5 % sans aucune épargne résiduelle.

Ce n'est écrit nulle part, et cela ne se négocie pas au guichet. C'est en revanche la raison pour laquelle il vaut mieux présenter un plan de financement qui laisse visiblement de l'épargne après l'acte plutôt que d'injecter la totalité de son apport pour afficher un taux d'effort le plus bas possible.

Ce que le taux d'endettement ne capte pas

Le reste à vivre, absent de tout texte

Le reste à vivre est ce qui subsiste des revenus une fois les charges de crédit payées. Aucun texte ne le définit, aucun seuil ne s'impose, et pourtant il est le second filtre de tous les dossiers. Les usages constatés se situent entre 700 et 1 000 euros par adulte et entre 300 et 500 euros par enfant, avec des écarts sensibles selon l'établissement et la zone géographique.

La règle des 35 % étant un rapport, elle produit des restes à vivre très différents selon le niveau de revenus. Le tableau ci-dessous applique le même taux d'effort de 35 % à cinq niveaux de revenus, et rapporte le reste à vivre au nombre d'unités de consommation du foyer, selon l'échelle utilisée par l'INSEE qui compte 1 pour le premier adulte, 0,5 par personne supplémentaire de 14 ans et plus et 0,3 par enfant de moins de 14 ans.

Revenus nets mensuelsMensualité à 35 %Reste à vivrePersonne seuleCouple sans enfantCouple avec deux enfants de moins de 14 ans
2 200 euros770 euros1 430 euros1 430 euros par unité953 euros par unité681 euros par unité
3 000 euros1 050 euros1 950 euros1 950 euros par unité1 300 euros par unité929 euros par unité
4 000 euros1 400 euros2 600 euros2 600 euros par unité1 733 euros par unité1 238 euros par unité
6 000 euros2 100 euros3 900 euros3 900 euros par unité2 600 euros par unité1 857 euros par unité
12 000 euros4 200 euros7 800 euros7 800 euros par unité5 200 euros par unité3 714 euros par unité

La lecture est immédiate. À 2 200 euros de revenus, un couple avec deux jeunes enfants respectant scrupuleusement les 35 % dispose de 681 euros par unité de consommation, un niveau qu'aucun comité de crédit ne valide. À 12 000 euros, le même taux d'effort laisse 3 714 euros par unité. Le ratio est identique, la décision de la banque ne le sera pas. C'est la limite structurelle d'un indicateur relatif appliqué à des situations absolues.

Les charges fixes qui ne sont pas des crédits

Le numérateur du taux d'effort ne retient que les charges de crédit. Tout le reste passe hors du ratio et vient pourtant amputer le reste à vivre. Le tableau suivant reprend le foyer à 4 000 euros de revenus et 1 400 euros de mensualité, et ajoute les charges fixes les plus courantes d'un propriétaire.

PosteMontant annuelMontant mensuelCompté dans le taux d'endettement
Mensualité de crédit, assurance comprise16 800 euros1 400 eurosOui
Taxe foncière1 400 euros117 eurosNon
Charges de copropriété1 800 euros150 eurosNon
Frais de garde des enfants4 800 euros400 eurosNon
Assurance habitation360 euros30 eurosNon
Total des charges liées au logement et à la famille25 160 euros2 097 eurosPartiellement
Taux d'effort affiché1 400 sur 4 000 euros35,0 %
Effort réel une fois les charges fixes ajoutées2 097 sur 4 000 euros52,4 %

Le reste à vivre réel de ce foyer tombe à 1 903 euros par mois, contre 2 600 euros en lecture brute du ratio. L'écart de 697 euros ne figure dans aucun calcul réglementaire. Il figure en revanche dans l'analyse de la banque, sous une forme ou sous une autre, et c'est très souvent lui qui décide.

Les charges de famille et l'effet de seuil

Un enfant supplémentaire ne modifie pas le taux d'endettement d'un centime. Il modifie le reste à vivre exigé, le budget alimentaire, les frais de garde et souvent la surface recherchée. Cet effet joue dans les deux sens : un foyer dont les enfants quittent le domicile voit son taux d'effort inchangé et sa capacité d'absorption augmenter fortement.

Le cas de la pension alimentaire mérite une mention particulière, parce qu'il est asymétrique. La pension versée est très généralement ajoutée au numérateur, donc elle dégrade le ratio. La pension reçue n'est pas toujours ajoutée au dénominateur, ou seulement pour sa durée restante à courir. Un même montant ne produit donc pas le même effet selon le sens dans lequel il circule.

La régressivité du ratio et le coût de la vie local

Deux foyers à 4 000 euros de revenus et 1 400 euros de mensualité n'ont pas la même situation selon qu'ils vivent dans une métropole ou dans une ville moyenne. Le transport, l'énergie, l'assurance et le coût de la garde varient fortement. Le ratio n'en tient aucun compte, les grilles internes des banques un peu, et la réalité du budget totalement. C'est un paramètre à intégrer au moment de choisir la localisation, sujet traité dans notre article sur les villes rentables pour l'immobilier locatif en 2026.

Les revenus locatifs, le point où le taux d'endettement se joue

La pondération à 70 % et son fondement

Les loyers attendus sont ajoutés aux revenus après une décote, le plus souvent de 30 %, ce qui revient à les retenir à 70 %. Cette décote n'est pas arbitraire : elle est censée couvrir la vacance locative, les impayés, la taxe foncière et les charges non récupérables. Certains établissements appliquent 80 %, d'autres 70 %, quelques-uns descendent à 60 % sur la location de courte durée. La décote est un usage bancaire, pas une règle du Haut Conseil de stabilité financière.

La rédaction du bail, l'existence d'un locataire en place et la qualité de la localisation influencent cette quotité. Un bien loué depuis trois ans au même locataire est traité plus favorablement qu'un projet locatif sur un bien vide, ce qui est logique du point de vue du risque et rarement anticipé par les emprunteurs.

La méthode différentielle est exclue depuis 2022

Avant 2022, une partie des banques calculait le taux d'effort d'un investisseur en retranchant le loyer de la mensualité, ce qui produisait des ratios très bas et autorisait des montages en série. La décision D-HCSF-2021-7 a explicitement écarté cette compensation : les loyers se traitent au dénominateur, en ajout aux revenus après décote, et jamais en déduction de la charge de crédit.

L'écart entre les deux méthodes est le chiffre le plus spectaculaire de ce sujet. Le tableau ci-dessous prend un foyer à 4 000 euros de salaire net, propriétaire d'un bien loué 800 euros par mois et financé par un crédit de 600 euros par mois, qui cherche à emprunter de nouveau.

ÉlémentMéthode admise depuis 2022Méthode différentielle, exclue
Revenus retenus4 000 + 70 % de 800, soit 4 560 euros4 000 euros
Charges retenues600 euros de crédit existant, plus la nouvelle mensualité600 moins 800, soit un solde négatif de 200 euros
Enveloppe de charges à 35 %1 596 euros1 400 euros
Nouvelle mensualité maximale996 euros1 600 euros
Capital correspondant sur 20 ans à 3,30 %Environ 174 800 eurosEnviron 280 800 euros
Écart604 euros de mensualité et environ 106 000 euros de capital

Ces montants sont calculés au taux de 3,30 % relevé toutes durées confondues en juillet 2026 par l'Observatoire Crédit Logement CSA, hors assurance, à titre d'illustration du seul effet de méthode. Aucun taux n'est garanti et une grille publiée n'engage aucun établissement. Le niveau des taux et sa formation sont traités dans notre article sur le meilleur taux de crédit immobilier en 2026.

Le meublé, la colocation et la courte durée

La nature de l'exploitation modifie la quotité retenue. Un bien en location nue avec un bail de trois ans est le cas de référence. Un bien en location meublée non professionnelle avec un bail d'un an est traité de manière voisine, parfois avec une décote un peu plus forte. La colocation, dont les loyers cumulés sont supérieurs mais la rotation plus rapide, est appréciée dossier par dossier, sujet développé dans notre article sur la colocation pour améliorer le rendement locatif.

La location de courte durée est le cas le plus défavorable au regard du ratio, parce que le revenu est saisonnier, non contractualisé et exposé à des évolutions réglementaires locales. Certaines banques refusent purement et simplement de la prendre en compte tant que deux exercices ne sont pas déclarés. Le régime fiscal applicable, lui, est traité dans notre article sur le régime réel en location meublée.

Les indépendantes, les revenus variables et les dossiers atypiques

Trois exercices, et la régularité avant le niveau

Pour une travailleuse indépendante, la banque ne regarde pas le chiffre d'affaires mais le revenu net imposable, apprécié sur trois exercices. Le montant retenu est le plus souvent une moyenne, parfois le plus faible des trois si la tendance est baissière. Une entreprise de moins de trois ans d'existence est un dossier atypique qui consomme la marge de flexibilité, même si les revenus sont confortables.

La régularité pèse plus lourd que le niveau. Une profession libérale à 4 500 euros stables sur trois ans passe plus facilement qu'une activité qui a fait 2 500, 9 000 puis 3 500 euros, alors que la moyenne de la seconde est supérieure. Ce n'est pas de la prudence excessive : c'est la traduction du fait que le remboursement est mensuel et fixe, quand le revenu ne l'est pas.

Nature du revenuQuotité généralement retenueAntériorité demandéePoint de vigilance
Salaire en contrat à durée indéterminée, hors période d'essai100 %AucuneLe net avant impôt sur le revenu, pas le net imposable
Traitement de la fonction publique100 %AucuneCas le plus favorable, y compris sur la durée
Primes et variable contractuelsMoyenne sur 3 ans3 ansUn variable non contractuel peut être écarté
Revenus d'indépendante, bénéfices non commerciaux ou industrielsMoyenne sur 3 exercices3 exercicesLe plus faible des trois si la tendance baisse
Rémunération de gérante majoritaire100 % de la rémunération déclarée2 à 3 exercicesLes dividendes sont souvent écartés ou lissés
Revenus locatifs existants70 % le plus souvent1 à 2 exercices déclarésDécote plus forte sur la courte durée
Pensions de retraite100 %AucuneL'âge de fin de prêt devient la contrainte principale
Allocations familialesVariable, parfois écartéesAucunePrises en compte pour leur durée restante

Le dirigeant de société et l'arbitrage entre rémunération et dividendes

Un dirigeant qui se verse peu de rémunération et beaucoup de dividendes optimise sa fiscalité et dégrade son dossier bancaire. Les dividendes sont fréquemment écartés du revenu retenu, ou lissés sur trois ans, parce qu'ils sont discrétionnaires. Un chef d'entreprise peut donc afficher un revenu fiscal élevé et un taux d'endettement calculé sur une base beaucoup plus étroite.

L'arbitrage se prépare deux à trois exercices avant un projet immobilier, ce qui suppose de savoir à l'avance qu'on l'envisage. C'est exactement le type de sujet où le calendrier compte autant que le montage, et il ne se traite pas à partir d'un article : la bonne combinaison dépend du statut social, du niveau de la tranche marginale d'imposition et de la trésorerie de la société.

Les revenus variables de la salariée

Une commerciale dont 40 % de la rémunération est variable voit ce variable retenu sur une moyenne de trois ans, et seulement s'il est prévu au contrat. Les heures supplémentaires récurrentes sont traitées de la même façon. Les indemnités et remboursements de frais sont systématiquement exclus, et c'est une source fréquente de malentendu quand l'emprunteur raisonne sur ce qui arrive sur son compte.

Les configurations qui sortent de la grille

Certaines situations ne sont pas mal notées, elles sont simplement hors grille : expatriation avec des revenus en devise, exercice libéral récent, revenus d'artiste ou d'auteur, cumul emploi retraite, société en cours de création. Elles se traitent dans la marge de flexibilité, dans sa part libre, celle qui plafonne à 6 % de la production trimestrielle. D'où une règle pratique : ces dossiers ne se présentent jamais en fin de trimestre, et jamais dans un seul établissement.

Ce qui se passe quand une banque refuse

Il n'existe pas de droit au crédit

Une banque est libre d'accorder ou de refuser un prêt. Ce principe est constant et il n'a pas d'exception : aucun texte n'oblige un établissement à financer un projet, même conforme aux 35 %, même avec un apport important. La décision D-HCSF-2021-7 fixe un plafond à ne pas dépasser, elle ne crée aucun droit à emprunter en dessous de ce plafond.

Corollaire souvent ignoré : un refus n'est pas la preuve que le dossier est mauvais. Il peut résulter d'une marge de flexibilité épuisée, d'une politique interne plus stricte que la norme, d'une exposition déjà forte de la banque sur le secteur géographique ou sur le type de bien, ou d'un simple arbitrage commercial. Le motif réel est rarement celui qui est annoncé.

Identifier le vrai motif avant de recommencer

Représenter le même dossier ailleurs sans avoir compris le motif du refus revient à collectionner les refus. La première démarche consiste à demander par écrit ce qui bloque, en distinguant quatre familles de motifs : le ratio lui-même, le reste à vivre, la structure des revenus, et un élément extérieur au dossier comme un fichage ou l'état de la marge.

Motif probableSigne qui l'indiqueLevier à actionner
Dépassement du taux d'effortLe conseiller cite un pourcentage précis au-dessus de 35 %Solder un crédit à la consommation, allonger la durée, revoir le montant, augmenter l'apport
Reste à vivre insuffisantLe ratio est conforme mais le refus porte sur le budget du foyerRéduire les charges fixes, revoir la cible, présenter un historique d'épargne réel
Structure des revenusLe refus porte sur l'ancienneté, le variable ou les dividendesAttendre un exercice supplémentaire, produire les bilans, ajouter une co-emprunteuse
Marge de flexibilité épuiséeRefus sans motif précis en fin de trimestre, sur un dossier propreReprésenter le dossier au trimestre suivant, ou dans un autre établissement
Fichage Banque de FranceRefus rapide, sans instruction approfondieExercer son droit d'accès aux fichiers auprès de la Banque de France et régulariser
Assurance emprunteurLe prêt est accepté, l'assurance est refusée ou surpriméeDélégation d'assurance, dispositif de la convention AERAS, droit à l'oubli
Politique de risque sur le bienRefus lié au secteur, à la surface ou au diagnostic de performance énergétiqueChanger d'établissement, revoir le bien, budgéter les travaux de rénovation

La condition suspensive de prêt, à ne jamais laisser tomber

Lorsqu'une acquisition immobilière est financée à crédit, l'avant-contrat est conclu sous condition suspensive d'obtention du prêt. Cette protection est prévue à l'article L. 313-41 du code de la consommation, sa durée ne peut pas être inférieure à un mois, et elle permet à l'acquéreur de récupérer son dépôt de garantie si le financement n'est pas obtenu.

Deux précautions décident de son efficacité. La demande de prêt doit correspondre aux caractéristiques inscrites dans l'avant-contrat, en montant, en durée et en taux maximal : une demande sur des paramètres différents peut faire perdre le bénéfice de la condition. Et l'attestation de refus doit être explicite et reprendre ces caractéristiques, une simple mention orale ou un courriel évasif ne suffisant pas en cas de litige. Renoncer à la condition suspensive pour rendre une offre plus séduisante revient à engager son apport sur un financement non acquis.

Le refus qui vient de l'assurance et non du crédit

Une partie des dossiers bloque sur l'assurance emprunteur et non sur le taux d'endettement. La loi n° 2022-270 du 28 février 2022 dite loi Lemoine a supprimé le questionnaire de santé pour les prêts dont la part assurée n'excède pas 200 000 euros par assuré et dont l'échéance intervient avant le soixantième anniversaire, et elle a ramené le droit à l'oubli à cinq ans après la fin du protocole thérapeutique pour les pathologies concernées. La convention AERAS organise par ailleurs un examen en plusieurs niveaux pour les risques aggravés de santé.

La délégation d'assurance est ici un levier à double effet : elle peut débloquer un dossier refusé par le contrat groupe, et elle réduit la prime, donc le numérateur du taux d'effort. Sur une mensualité plafond de 1 400 euros, passer d'une prime de 66 à 22 euros restitue 44 euros de capacité de remboursement chaque mois.

Les recours quand le dialogue est rompu

Le refus de crédit ne se conteste pas au fond, puisqu'il relève de la liberté de la banque. En revanche, un différend sur les conditions d'instruction, sur les frais facturés ou sur l'exécution d'un engagement peut être porté devant le médiateur bancaire de l'établissement, dont la saisine est gratuite et prévue par le code monétaire et financier. Le droit d'accès aux fichiers de la Banque de France permet par ailleurs de vérifier l'existence d'une inscription et, le cas échéant, de la faire corriger.

L'autre voie est la reconstruction du dossier plutôt que la contestation : réduire le montant, augmenter l'apport, décaler de six mois, solder un crédit à la consommation, ajouter une co-emprunteuse ou changer de cible. Les conditions réelles d'un dossier peu apporté sont discutées dans l'épisode investir sans apport en 2026 du podcast Out of the Box.

Les idées fausses les plus répandues sur la règle des 35 %

« C'est une loi »

Non. C'est une décision d'une autorité administrative, la D-HCSF-2021-7 du 29 septembre 2021, prise sur le fondement de l'article L. 631-2-1 du code monétaire et financier. La distinction n'est pas académique : une décision peut être modifiée par la même autorité, sans passer par le Parlement.

« Au-dessus de 35 %, c'est impossible »

Faux, à hauteur de la marge de flexibilité de la banque, soit 20 % de sa production trimestrielle, et sous réserve de la répartition imposée entre résidence principale et primo-accédants. Ce qui est vrai, c'est que la part libre de cette marge est étroite et que l'investissement locatif s'y trouve en concurrence avec tous les autres cas atypiques.

« Mon taux d'endettement est bas, donc c'est bon »

Insuffisant. Le ratio est un filtre parmi plusieurs. Le reste à vivre, la tenue des comptes sur les trois derniers mois, l'épargne conservée après l'opération, le saut de charge entre le loyer actuel et la future mensualité et la nature du bien pèsent souvent davantage. Un dossier à 28 % avec des découverts récurrents est plus fragile qu'un dossier à 34 % avec une épargne régulière.

« Les loyers du bien financeront le crédit, donc ils s'annulent »

C'est exactement la méthode différentielle que la décision D-HCSF-2021-7 a écartée. Les loyers s'ajoutent aux revenus après décote, ils ne se retranchent pas de la charge. L'écart entre les deux lectures atteint plus de 100 000 euros de capital dans l'exemple chiffré plus haut.

« Un apport plus important fait baisser le taux d'endettement »

Indirectement seulement. L'apport réduit le capital emprunté, donc la mensualité, donc le ratio. Mais un apport qui vide entièrement l'épargne du foyer dégrade un autre critère, l'épargne résiduelle, qui pèse lourd dans l'arbitrage de la marge de flexibilité. Le bon niveau d'apport n'est donc pas le maximum disponible, et il doit couvrir au minimum les frais d'acquisition.

« Le taux d'endettement se calcule sur le revenu du ménage entier »

Seulement si les deux personnes empruntent. Un emprunt souscrit seul s'apprécie sur les revenus de la seule emprunteuse, y compris pour un couple marié, même si le régime matrimonial peut engager le patrimoine commun. Cette dissociation entre la personne qui emprunte et le patrimoine engagé est un sujet à part entière, développé dans notre article sur le patrimoine du couple et le régime matrimonial.

Ce que le taux d'endettement ne dit pas de votre projet

La règle des 35 % répond à une question de conformité : la banque a-t-elle le droit de prêter, et dans quelle limite. Elle ne répond pas à la question qui décide de la réussite d'un projet, celle du montant qu'il est cohérent d'engager compte tenu du reste de la situation. Ces deux montants ne coïncident presque jamais, et l'écart entre les deux est rarement dans le sens que l'on croit.

Six paramètres séparent l'un de l'autre, et aucun ne figure dans le ratio : l'horizon de détention envisagé, la part du patrimoine que l'opération immobilise, la capacité du foyer à absorber une vacance ou une baisse de revenus, le régime matrimonial et ses conséquences en cas de séparation, la tranche marginale d'imposition qui détermine le coût fiscal des loyers, et le niveau d'épargne de précaution à conserver après l'acte. Ces six paramètres ne se lisent que dossier par dossier, à partir d'un état complet de la situation. C'est précisément la raison de prendre rendez-vous avec Solstice Patrimoine plutôt que de s'arrêter au résultat d'un simulateur : un article expose un mécanisme, il ne peut pas arbitrer une situation particulière.

Un bilan patrimonial consiste à poser ces éléments avant de fixer un budget, et notre diagnostic en ligne en constitue un premier point d'entrée. La vue d'ensemble du sujet figure sur notre page immobilier, la conversion du ratio en montant empruntable dans notre simulateur de capacité d'emprunt, et l'arbitrage entre acquisition et location dans notre article acheter ou louer sa résidence principale. Le financement d'un placement immobilier collectif à crédit obéit à une logique voisine mais distincte, traitée dans notre article sur l'investissement en SCPI à crédit.

Deux réserves pour finir. Le présent article ne constitue ni un conseil personnalisé, ni une recommandation, ni un engagement sur des conditions de financement : les taux cités sont des relevés de marché à une date donnée et ils évoluent. Et un projet immobilier financé à crédit comporte des risques réels, notamment la vacance locative, l'impayé et la baisse des prix à la revente : aucun placement ne garantit un rendement, et l'effet de levier amplifie les pertes autant que les gains.

Questions fréquentes

Le taux d'endettement de 35 % est-il une loi ?
Non. C'est une décision d'une autorité administrative, la décision D-HCSF-2021-7 du Haut Conseil de stabilité financière adoptée le 29 septembre 2021 et juridiquement contraignante pour les établissements de crédit depuis le 1er janvier 2022. Elle repose sur l'article L. 631-2-1 du code monétaire et financier, qui autorise le Haut Conseil à fixer des conditions d'octroi de crédit. Elle s'adresse aux banques, pas aux emprunteurs, et son respect est contrôlé par l'Autorité de contrôle prudentiel et de résolution.
Peut-on emprunter au-delà de 35 % d'endettement en 2026 ?
Oui, dans la marge de flexibilité que la décision D-HCSF-2021-7 laisse à chaque banque, soit 20 % de sa production trimestrielle mesurée en montant. Cette marge est fléchée : au moins 70 % pour l'acquisition de la résidence principale et au moins 30 % pour les primo-accédants. Il reste au maximum 6 % de la production trimestrielle pour tous les autres projets, investissement locatif compris. Au premier trimestre 2026, les banques utilisaient 17,5 % de flexibilité selon le Haut Conseil de stabilité financière.
Pourquoi le seuil est-il fixé à 35 % et pas à un autre niveau ?
Parce qu'il s'agit d'un calibrage prudentiel, pas d'un optimum économique. La recommandation de décembre 2019 du Haut Conseil de stabilité financière retenait 33 %, relevés à 35 % en janvier 2021 en même temps que la définition du taux d'effort était resserrée, notamment par l'interdiction de compenser une charge de crédit par un revenu locatif. Le seuil vise la sinistralité d'un portefeuille de crédits, pas la soutenabilité du budget d'un foyer donné.
Qu'est-ce que le taux d'endettement ne prend pas en compte ?
Il ne retient au numérateur que les charges de crédit, assurance emprunteur comprise. La taxe foncière, les charges de copropriété, les frais de garde et l'assurance habitation en sont exclus alors qu'ils amputent le budget. Pour un foyer à 4 000 euros de revenus et 1 400 euros de mensualité, ces postes représentent environ 697 euros par mois : l'effort réel atteint 52,4 % quand le taux affiché est de 35,0 %. Le reste à vivre, qu'aucun texte ne définit, est le second filtre de tous les dossiers.
Comment les revenus locatifs entrent-ils dans le calcul ?
Ils s'ajoutent aux revenus après une décote, le plus souvent de 30 %, donc une prise en compte à 70 %, censée couvrir la vacance, les impayés, la taxe foncière et les charges non récupérables. La méthode différentielle, qui consistait à retrancher le loyer de la mensualité, a été explicitement écartée par la décision D-HCSF-2021-7. Sur un foyer à 4 000 euros de salaire avec un bien loué 800 euros et un crédit de 600 euros, l'écart entre les deux méthodes atteint 604 euros de mensualité.
Que faire quand une banque refuse le crédit ?
D'abord identifier le motif réel, car il n'est pas toujours celui qui est annoncé : dépassement du ratio, reste à vivre jugé insuffisant, structure des revenus, marge de flexibilité épuisée en fin de trimestre, inscription dans un fichier de la Banque de France ou refus portant sur l'assurance et non sur le prêt. Il n'existe pas de droit au crédit, donc le refus ne se conteste pas au fond. La condition suspensive de prêt de l'article L. 313-41 du code de la consommation protège le dépôt de garantie, à condition que la demande corresponde aux caractéristiques inscrites dans l'avant-contrat.
Comment sont traités les revenus d'une indépendante ou d'une dirigeante ?
La banque retient le revenu net imposable apprécié sur trois exercices, souvent en moyenne, parfois au niveau du plus faible des trois si la tendance baisse. Une activité de moins de trois ans est un dossier atypique qui consomme la marge de flexibilité. Pour une gérante majoritaire, la rémunération déclarée est retenue mais les dividendes sont fréquemment écartés ou lissés parce qu'ils sont discrétionnaires. L'arbitrage entre rémunération et dividendes se prépare donc deux à trois exercices avant un projet immobilier.

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