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Patrimoine et couple : les pièges selon votre régime matrimonial

Emeline Siron··Mis à jour le

Communauté, séparation de biens, participation aux acquêts : chaque régime a des conséquences patrimoniales majeures. Décryptage.

Patrimoine du couple et régime matrimonial : la réponse directe

Le régime matrimonial détermine qui possède quoi pendant l'union, qui répond des dettes, et surtout ce que reçoit le conjoint survivant au décès. À défaut de contrat signé avant la célébration, vous êtes mariés sous la communauté réduite aux acquêts, régime légal posé par l'article 1400 du code civil : tout ce qui est acquis pendant le mariage est commun, ce qui existait avant reste propre. Voici le point que presque personne n'anticipe : le conjoint survivant n'hérite pas automatiquement de la totalité du patrimoine du couple. En présence d'enfants communs, l'article 757 du code civil lui laisse le choix entre le quart en pleine propriété et la totalité en usufruit. En présence d'un enfant né d'une autre union, cette option disparaît et il n'a droit qu'au quart en pleine propriété.

Autrement dit, le régime matrimonial ne se juge pas au moment du mariage ni même au moment du divorce, mais au moment du décès, quand plus rien ne peut être corrigé. Un couple marié en séparation de biens, dont la résidence principale appartient à un seul des deux et qui a un enfant d'une première union, met le survivant dans une situation objectivement fragile sans qu'aucun des deux ne l'ait voulu.

Cet article passe en revue les quatre régimes matrimoniaux, le PACS et le concubinage, ce que chacun produit au décès, les outils de protection du conjoint survivant et les conséquences concrètes sur vos investissements. Il s'agit d'une information générale, à jour des textes publiés au 19 août 2026, et non d'un conseil personnalisé. Nous abordons également ces questions dans l'épisode du podcast Out of the Box consacré au PACS, au mariage, au décès et à l'immobilier.

Les quatre régimes matrimoniaux et ce qu'ils changent au patrimoine

La communauté réduite aux acquêts, le régime par défaut

C'est le régime de la très grande majorité des couples mariés en France, parce qu'il s'applique sans démarche à quiconque n'a pas signé de contrat devant notaire avant la cérémonie. Trois masses coexistent : les biens propres de l'un, les biens propres de l'autre, et les biens communs.

Sont propres les biens possédés avant le mariage, ceux reçus pendant le mariage par donation ou succession, et les biens qui remplacent un bien propre par le jeu de la subrogation, à condition que l'emploi ou le remploi soit déclaré dans l'acte. Sont communs tous les autres, y compris les revenus du travail et, point moins connu, les revenus des biens propres. Le loyer d'un appartement hérité par un seul époux tombe donc dans la communauté.

Le risque principal est le passif. Les dettes contractées pendant le mariage engagent en principe les biens communs. Si l'un exerce une activité indépendante, l'immeuble locatif acheté ensemble peut être saisi par un créancier professionnel. Une précision de droit s'impose ici, car l'information circule sous une forme périmée : depuis la loi n° 2015-990 du 6 août 2015, la résidence principale de l'entrepreneur individuel est insaisissable de plein droit par les créanciers professionnels, sans qu'aucune déclaration notariée soit nécessaire. La loi n° 2022-172 du 14 février 2022 est allée plus loin en séparant de droit le patrimoine professionnel et le patrimoine personnel de l'entrepreneur individuel. La déclaration d'insaisissabilité conserve un intérêt pour les biens fonciers non affectés à l'usage professionnel autres que la résidence principale.

La séparation de biens, indépendance sans filet

Chacun reste propriétaire de ce qu'il apporte et de ce qu'il acquiert. Aucune masse commune n'existe, sauf les biens achetés ensemble, qui relèvent alors de l'indivision avec les quotes-parts inscrites dans l'acte. C'est le régime le plus choisi par les entrepreneurs et les professions libérales, et pour de bonnes raisons : les créanciers professionnels de l'un ne peuvent pas saisir les biens de l'autre.

La protection n'est cependant pas totale, et c'est la nuance que la plupart des présentations omettent. L'article 220 du code civil rend les deux époux solidaires des dettes contractées pour l'entretien du ménage et l'éducation des enfants, quel que soit le régime. Un crédit à la consommation destiné aux besoins courants engage donc les deux, même en séparation de biens. Seules échappent à cette solidarité les dépenses manifestement excessives et, sauf consentement des deux, les emprunts et achats à tempérament.

Le second angle mort est humain. Si l'un des deux réduit ou interrompt son activité pour élever les enfants ou soutenir l'entreprise de l'autre, il ne se constitue aucun droit sur le patrimoine bâti pendant cette période. La prestation compensatoire en cas de divorce et les droits successoraux au décès corrigent partiellement, jamais intégralement. La protection du patrimoine passe alors par des mécanismes ajoutés : donation entre époux, assurance-vie, société civile, avantages matrimoniaux.

La participation aux acquêts, séduisante et exigeante

Ce régime fonctionne comme une séparation de biens pendant l'union et comme une communauté à sa dissolution. Chaque patrimoine est comparé entre son état initial et son état final, et l'époux dont l'enrichissement a été le plus faible reçoit une créance de participation égale à la moitié de la différence.

Sur le papier, il concilie protection et indépendance. En pratique, il exige une discipline documentaire que peu de couples tiennent sur trente ans : inventaire du patrimoine originaire, conservation des justificatifs, traçabilité des donations reçues. Quand l'un des deux détient une entreprise, la liquidation suppose une évaluation, source classique de litige. Le régime reste peu répandu et se justifie surtout quand les trajectoires patrimoniales des deux époux risquent de diverger fortement.

La communauté universelle et l'attribution intégrale

Tous les biens, présents et à venir, tombent dans une masse unique. Associée à une clause d'attribution intégrale au survivant, prévue par l'article 1526 du code civil, elle fait passer la totalité du patrimoine au conjoint survivant sans succession ouverte au premier décès et donc sans droits, puisque le conjoint est de toute façon exonéré.

Le prix à payer est double. D'abord, les enfants ne reçoivent rien au premier décès et devront attendre le second, ce qui fait perdre une génération d'abattements et concentre l'imposition sur une seule transmission. Ensuite, ce régime est déconseillé en présence d'enfants d'une première union, qui disposent d'une action en retranchement leur permettant de contester l'avantage matrimonial excédant la quotité disponible. Il convient surtout aux couples âgés, sans enfant d'un autre lit, dont l'objectif prioritaire est la sécurité du survivant.

RégimePropriété des acquisitionsExposition aux dettes du conjointProtection du survivantProfil concerné
Communauté réduite aux acquêtsCommune pour tout ce qui est acquis pendant le mariageÉlevée sur les biens communsMoyenne, la moitié de la communauté revient au survivant à titre de partageRégime légal, appliqué à défaut de contrat
Séparation de biensIndividuelle, sauf achats en indivisionFaible, hors dettes ménagères de l'article 220Faible sans dispositif complémentaireEntrepreneurs, professions libérales, secondes unions
Participation aux acquêtsIndividuelle pendant l'unionFaible pendant l'unionMoyenne, via la créance de participationCouples aux trajectoires patrimoniales très différentes
Communauté universelle avec attribution intégraleCommune sans exceptionMaximaleMaximale au premier décèsCouples âgés sans enfant d'une autre union

Le décès : ce que reçoit réellement le conjoint survivant

Ce que la loi prévoit à défaut de disposition

Commençons par lever la confusion la plus répandue. Le partage de la communauté et la succession sont deux opérations distinctes qui s'enchaînent. Au décès, la communauté est d'abord liquidée : la moitié revient au survivant au titre du régime matrimonial, ce n'est pas un héritage. Seule l'autre moitié, augmentée des biens propres du défunt, forme la succession.

Sur cette succession, l'article 757 du code civil donne au conjoint survivant, en présence d'enfants tous communs, le choix entre le quart en pleine propriété et la totalité en usufruit. En présence d'au moins un enfant qui n'est pas issu des deux époux, l'option tombe : le survivant reçoit le quart en pleine propriété, sans alternative.

En l'absence de descendance, l'article 757-1 prévoit que le conjoint reçoit la moitié si les deux parents du défunt sont vivants, et les trois quarts si un seul l'est. Le conjoint survivant est par ailleurs exonéré de droits de succession depuis la loi du 21 août 2007, quel que soit le montant reçu.

Configuration familialeDroits légaux du conjoint survivantBase légaleCe qui manque souvent
Enfants tous communsOption entre un quart en pleine propriété et la totalité en usufruitArt. 757 du code civilL'usufruit ne donne pas le droit de vendre seul
Au moins un enfant d'une autre unionUn quart en pleine propriété, sans optionArt. 757 du code civilSituation la plus fragile pour le survivant
Pas d'enfant, deux parents vivantsLa moitié de la successionArt. 757-1 du code civilLes parents deviennent héritiers réservataires de fait
Pas d'enfant, un seul parent vivantLes trois quarts de la successionArt. 757-1 du code civilLe quart restant peut porter sur le logement
Partenaire de PACSAucun droit légalAbsence de vocation successoraleUn testament est indispensable
ConcubinAucun droit légalAbsence de vocation successoraleTestament possible, mais 60 % de droits

Le logement, la question qui décide de tout

Deux droits protègent le conjoint survivant sur le logement, et le second se perd par simple silence. L'article 763 du code civil accorde de plein droit la jouissance gratuite du logement occupé à titre d'habitation principale et de son mobilier pendant un an à compter du décès. Ce droit est d'ordre public, il ne peut pas être écarté par testament.

L'article 764 ouvre ensuite un droit viager d'habitation sur ce logement et d'usage sur le mobilier. Mais ce droit doit être demandé dans l'année du décès, faute de quoi il est perdu. Chaque année, des conjoints survivants perdent ce droit en ne le réclamant pas, souvent parce que personne ne le leur a signalé pendant la période où ils étaient le moins en état de s'en occuper.

S'ajoute l'attribution préférentielle, qui permet au survivant de demander que le logement lui soit attribué dans le partage, à charge pour lui d'indemniser les autres héritiers. Encore faut-il en avoir les moyens : c'est très exactement le point où la question du logement devient une question de liquidités.

La donation au dernier vivant, l'outil le plus efficace et le moins cher

La donation entre époux, dite donation au dernier vivant, ouvre au survivant une quotité disponible spéciale prévue par l'article 1094-1 du code civil. Le survivant peut alors choisir entre trois options : la quotité disponible ordinaire en pleine propriété, un quart en pleine propriété augmenté des trois quarts en usufruit, ou la totalité en usufruit.

Son coût est sans commune mesure avec son effet : quelques centaines d'euros chez le notaire, révocable à tout moment de manière unilatérale. Elle produit son plein effet en présence d'enfants d'une première union, situation dans laquelle le survivant est autrement limité au quart en pleine propriété. Elle ne s'applique cependant qu'aux couples mariés : ni le PACS, ni le concubinage n'y donnent accès.

Nombre d'enfantsQuotité disponible ordinaireOption 1 de la donation au dernier vivantOption 2Option 3
1 enfantLa moitiéLa moitié en pleine propriétéUn quart en pleine propriété et trois quarts en usufruitLa totalité en usufruit
2 enfantsUn tiersUn tiers en pleine propriétéUn quart en pleine propriété et trois quarts en usufruitLa totalité en usufruit
3 enfants ou plusUn quartUn quart en pleine propriétéUn quart en pleine propriété et trois quarts en usufruitLa totalité en usufruit

Source : articles 913 et 1094-1 du code civil. Le choix entre ces options se fait au décès, en fonction de la situation réelle du survivant, ce qui constitue précisément l'intérêt du dispositif : il n'engage à rien tant qu'il n'est pas exercé.

La clause de préciput

Prévue par l'article 1515 du code civil, la clause de préciput permet au survivant de prélever, avant tout partage de la communauté, un bien déterminé, typiquement la résidence principale ou un contrat d'épargne. Elle s'insère dans un contrat de mariage ou par changement de régime. Elle joue au titre du régime matrimonial et non de la succession, ce qui la place hors du calcul de la réserve tant qu'elle ne constitue pas un avantage matrimonial excessif au regard des droits des enfants d'une autre union.

PACS et concubinage : le patrimoine du couple sans mariage

Le PACS, séparation de biens par défaut

Depuis la réforme entrée en vigueur le 1er janvier 2007, les partenaires pacsés sont soumis par défaut au régime de la séparation de biens, l'indivision devant être expressément choisie dans la convention. Chacun reste donc propriétaire de ce qu'il acquiert, à charge de pouvoir le prouver.

Fiscalement, le partenaire de PACS est aligné sur le conjoint marié : imposition commune, abattement de 80 724 euros en donation, exonération totale de droits de succession. Civilement, l'écart reste béant : le partenaire n'a aucune vocation successorale légale. Sans testament, il ne reçoit rien, même après vingt ans de vie commune, même si le logement a été financé à deux sans que l'acte le reflète. L'exonération de droits ne sert à rien s'il n'y a rien à recevoir.

Le partenaire survivant bénéficie en revanche du droit temporaire au logement d'un an de l'article 763, mais pas du droit viager de l'article 764, réservé au conjoint marié. Et il n'ouvre aucun droit à pension de réversion dans les régimes de retraite, à la différence du conjoint.

Le concubinage, l'absence totale de statut

Le concubinage est une situation de fait. Aucune solidarité de dettes, aucune vocation successorale, aucun abattement, aucune imposition commune, aucune réversion. Une transmission par testament reste possible mais supporte 60 % de droits, ce qui revient à laisser au Trésor six euros sur dix.

Un point pratique est régulièrement ignoré : lorsque le logement est loué, l'article 14 de la loi du 6 juillet 1989 permet au concubin notoire de bénéficier du transfert du bail au décès du locataire, à condition de justifier d'au moins un an de vie commune à la date du décès. C'est parfois la seule protection existante.

CritèreMariagePACSConcubinage
Héritier légal sans testamentOuiNonNon
Droits de successionExonération totaleExonération totale60 % après abattement de 1 594 €
Abattement en donation80 724 €80 724 €Aucun
Droit temporaire au logement, 1 anOuiOuiNon
Droit viager au logementOui, à demander dans l'annéeNonNon
Donation au dernier vivantOuiNonNon
Pension de réversionOui, sous conditions du régimeNonNon
Solidarité des dettes ménagèresOui, art. 220 du code civilOui, pour les besoins de la vie couranteNon

Quatre situations où le conjoint survivant n'est pas protégé

La séparation de biens avec un patrimoine déséquilibré

Le cas le plus fréquent. L'un a construit le patrimoine, l'autre a soutenu la famille. Au décès, le survivant ne recueille que ses droits successoraux légaux, soit un quart en pleine propriété ou l'usufruit, sur un patrimoine dont il n'a jamais été propriétaire. Il peut se retrouver usufruitier d'un bien qu'il ne peut ni vendre, ni arbitrer seul, avec des enfants nus-propriétaires dont l'accord devient nécessaire.

La famille recomposée

La présence d'un enfant d'une première union ferme l'option de l'usufruit total et réduit le survivant au quart en pleine propriété. Si la résidence principale représente l'essentiel du patrimoine, cette situation conduit mécaniquement à un conflit ou à une vente. La donation au dernier vivant, un testament, une clause de préciput ou un contrat d'assurance-vie correctement rédigé changent radicalement l'issue.

La résidence principale détenue par un seul

Un bien acheté avant le mariage reste propre, même si le crédit a été remboursé avec des revenus communs. La communauté dispose alors d'une créance, appelée récompense, mais le bien lui-même n'entre pas dans la masse partageable. Une créance ne loge personne. Ce sujet mérite d'être posé avant l'achat, comme la question du choix entre acheter ou louer sa résidence principale.

Le dirigeant dont le patrimoine est dans son entreprise

Le survivant hérite de titres qu'il ne sait pas nécessairement gérer, qui ne produisent pas forcément de revenus, et dont la valeur peut chuter avec le départ du dirigeant. La question de la liquidité prime alors sur celle de la valeur, et les outils sont contractuels avant d'être fiscaux : assurance homme clé, prévoyance, pacte d'associés, mandat à effet posthume.

Le régime matrimonial face à vos investissements

Acheter à deux, et écrire ce que l'on a apporté

En communauté, un bien acquis pendant le mariage est commun quelle que soit la contribution de chacun, sauf déclaration d'emploi ou de remploi de fonds propres insérée dans l'acte. Cette déclaration est le point de bascule : elle se rédige au moment de la signature, elle ne se rattrape pas après.

En séparation de biens, l'achat se fait en indivision avec des quotes-parts que l'acte doit refléter fidèlement. Une quote-part de 50 % pour quelqu'un qui a financé 70 % constitue une libéralité indirecte, avec les conséquences civiles et fiscales qui en découlent. Le sujet devient particulièrement sensible lorsque l'opération est financée à crédit, chaque échéance venant modifier l'équilibre réel des contributions. Nous détaillons les paramètres de financement dans notre article sur le meilleur taux de crédit immobilier.

La société civile immobilière, dissocier la propriété du pouvoir

Une société civile immobilière permet d'organiser ce que le régime matrimonial ne sait pas faire : répartir la propriété en parts, définir précisément les pouvoirs du gérant, prévoir les conditions d'entrée et de sortie, et démembrer les parts entre usufruit et nue-propriété. Le survivant peut ainsi conserver la gestion sans détenir la majorité du capital, ou percevoir les revenus sans posséder les murs.

Elle n'est pas un outil neutre : elle impose une comptabilité, des assemblées, une déclaration annuelle, et le choix entre l'impôt sur le revenu et l'impôt sur les sociétés engage pour longtemps. Ce choix est analysé dans notre article sur le régime fiscal de la SCI à l'IS ou à l'IR, dans notre guide SCI ou nom propre et dans la définition du glossaire. Le démembrement des parts, souvent utilisé entre époux, obéit aux mêmes principes que celui décrit dans notre article sur le démembrement de SCPI.

L'assurance-vie, l'outil de protection le plus souple, et ses pièges

L'assurance-vie transmet un capital hors succession civile, immédiatement disponible pour le bénéficiaire, ce qui règle le problème de liquidité que le régime matrimonial ne traite pas. Une précision importante et souvent mal rapportée : lorsque le bénéficiaire est le conjoint survivant ou le partenaire de PACS, le capital est intégralement exonéré, l'abattement de 152 500 euros de l'article 990 I du code général des impôts ne le concerne pas, puisqu'il est exonéré de droits de mutation par décès. Le plafond de 152 500 euros par bénéficiaire vise les autres bénéficiaires, enfants ou tiers.

Deux pièges méritent d'être connus. Le premier tient à la rédaction de la clause bénéficiaire : la mention « mon conjoint » désigne la personne ayant cette qualité au jour du décès, ce qui produit des effets imprévus après un divorce ou un remariage, alors qu'une désignation nominative fige une situation qui peut avoir changé. Les erreurs les plus coûteuses sont recensées dans notre article sur la clause bénéficiaire.

Le second concerne les couples mariés en communauté. Un contrat souscrit par un époux avec des fonds communs et non dénoué au premier décès pose une difficulté classique. Civilement, sa valeur de rachat constitue un actif de communauté, solution retenue par la Cour de cassation dans son arrêt Praslicka du 31 mars 1992 en matière de divorce. Fiscalement, la réponse ministérielle Ciot du 23 février 2016 a écarté la réintégration de la valeur de rachat du contrat non dénoué dans l'actif de communauté taxable au décès du premier époux. Civil et fiscal ne disent donc pas la même chose, ce qui rend indispensable de traiter le sujet dans la liquidation plutôt que de le découvrir après.

Fiscalité des revenus du patrimoine du couple

Le mariage et le PACS entraînent une imposition commune, ce qui modifie le quotient familial et donc le taux moyen d'imposition du foyer. Les revenus fonciers du couple supportent le barème progressif et 17,2 % de prélèvements sociaux, taux maintenu par l'article 12 de la loi n° 2025-1403 de financement de la sécurité sociale pour 2026, qui a expressément exclu les revenus fonciers de la hausse. Les revenus du capital mobilier relèvent en revanche du prélèvement forfaitaire unique porté à 31,4 % par le même article, soit 12,8 % d'impôt et 18,6 % de prélèvements sociaux. L'arbitrage entre forfait et barème, qui s'exerce globalement pour l'ensemble du foyer, est traité dans notre article flat tax ou barème progressif.

Un couple soumis à l'impôt sur la fortune immobilière est par ailleurs imposé sur un patrimoine commun, quel que soit son régime matrimonial et même en séparation de biens : le foyer IFI ne suit pas la propriété des biens. Les concubins notoires forment eux aussi un foyer IFI unique. Les leviers d'ajustement sont détaillés dans notre article sur les stratégies de réduction de l'IFI.

Changer de régime matrimonial en 2026

Le délai de deux ans n'existe plus

Voici une information périmée qui continue de circuler massivement. Depuis la loi n° 2019-222 du 23 mars 2019 de programmation et de réforme pour la justice, le délai de deux ans de mariage préalable au changement de régime a été supprimé, tout comme l'homologation judiciaire systématique. Le changement se fait par acte notarié, à tout moment.

Les garde-fous demeurent. Les enfants majeurs et les créanciers sont informés et peuvent former opposition dans un délai de trois mois, auquel cas l'homologation du juge redevient nécessaire. En présence d'un enfant mineur, le notaire peut saisir le juge s'il estime que le changement porte atteinte à ses intérêts.

Ce que cela coûte, et quand cela se justifie

Le coût dépend de l'existence ou non d'une liquidation du régime précédent et de la présence de biens immobiliers changeant de masse : émoluments notariés, droit fixe d'enregistrement, éventuel droit de partage et taxe de publicité foncière. Il n'existe pas de tarif unique, et le chiffrage doit être demandé au notaire avant d'engager la démarche, sur la base de l'état réel du patrimoine.

Quatre événements justifient de rouvrir la question : la création d'une entreprise, l'acquisition d'un patrimoine immobilier significatif, l'arrivée d'un enfant d'une autre union, et l'approche de la retraite avec un déséquilibre marqué de droits acquis. Aucun de ces changements ne se voit dans un contrat signé vingt ans plus tôt.

Il faut aussi savoir que changer de régime est réversible dans son principe, puisque rien n'interdit un nouveau changement plus tard. Cette réversibilité est précisément ce qui permet de traiter le sujet sans dramatiser : il s'agit d'une adaptation, pas d'un point de non-retour.

Le divorce, l'autre moment où le régime matrimonial se paie

La liquidation et son coût

En communauté, le divorce ouvre une liquidation : chaque masse est reconstituée, les récompenses dues par la communauté à un époux ou par un époux à la communauté sont calculées, puis le solde est partagé par moitié. En séparation de biens, il n'y a rien à liquider sauf les biens indivis, ce qui simplifie la procédure mais ne supprime pas les litiges sur les contributions respectives au financement.

Le partage des biens entre époux supporte le droit de partage, dont le taux a été ramené à 1,1 % par l'article 108 de la loi de finances pour 2020, à compter du 1er janvier 2022, pour les partages consécutifs à une séparation, un divorce ou une rupture de PACS. Sur une masse partageable de 600 000 euros, cela représente 6 600 euros, auxquels s'ajoutent les émoluments notariés.

Ce que le régime ne règle jamais

La prestation compensatoire est indépendante du régime matrimonial. Elle vise à compenser la disparité créée par la rupture dans les conditions de vie respectives, et le juge tient compte de la durée du mariage, de l'âge et de l'état de santé, de la qualification professionnelle et des choix faits pendant la vie commune, notamment l'interruption d'activité pour élever les enfants. Elle corrige donc partiellement l'effet d'une séparation de biens, sans jamais reconstituer une communauté.

Le crédit immobilier, lui, suit sa propre logique : la banque n'est pas partie au divorce et reste fondée à réclamer la totalité de l'échéance à chacun des co-emprunteurs solidaires tant que la désolidarisation n'a pas été acceptée. Cette désolidarisation n'est jamais automatique, elle suppose une décision de l'établissement prêteur, souvent conditionnée à la capacité de l'époux qui conserve le bien à porter seul le prêt.

Les erreurs fréquentes sur le patrimoine du couple

Première erreur : croire que le conjoint survivant hérite de tout. En présence d'enfants, il reçoit au mieux la totalité en usufruit, et seulement le quart en pleine propriété si l'un des enfants n'est pas issu des deux époux.

Deuxième erreur : penser que la séparation de biens protège de toutes les dettes. L'article 220 du code civil maintient la solidarité pour les dettes ménagères, quel que soit le régime.

Troisième erreur : oublier de demander le droit viager au logement dans l'année du décès. Le droit est perdu par le seul écoulement du délai.

Quatrième erreur : compter sur le PACS pour hériter. Le partenaire n'est pas héritier légal, un testament est indispensable pour lui donner une vocation successorale.

Cinquième erreur : rédiger une clause bénéficiaire une fois pour toutes. Un divorce, un remariage, une naissance ou un décès modifient sa portée sans qu'aucune alerte ne soit émise.

Sixième erreur : traiter le régime matrimonial comme une formalité de mariage. C'est un cadre de gestion qui produit ses effets pendant trente ou quarante ans, sur chaque achat, chaque emprunt et chaque transmission.

Ce qu'il faut retenir du patrimoine du couple et du régime matrimonial

Le régime matrimonial fixe la propriété, l'exposition aux dettes et le sort du patrimoine au décès. Le régime légal, la communauté réduite aux acquêts, s'applique à défaut de contrat et laisse le survivant avec la moitié de la communauté au titre du partage, puis des droits successoraux limités au quart en pleine propriété ou à l'usufruit selon la configuration familiale.

Quatre vérifications concrètes. Un, savoir sous quel régime vous êtes réellement mariés, ce qui suppose de relire le contrat s'il existe. Deux, vérifier ce que recevrait le survivant demain, en présence de vos enfants et de ceux d'une autre union le cas échéant. Trois, contrôler la clause bénéficiaire de chaque contrat d'assurance-vie. Quatre, s'assurer que le survivant disposerait de liquidités immédiates, et pas seulement de droits sur des biens.

Pour situer ces paramètres dans un ensemble, le diagnostic patrimonial en ligne pose les premiers repères, et la page transmission de patrimoine détaille la méthode. Cet article est une information générale d'ordre pédagogique, à jour des textes publiés au 19 août 2026. Il ne constitue pas un conseil personnalisé. Sources citées : code civil articles 220, 763, 764, 913, 1094-1, 1400, 1515, 1526, 1536, 1569 et suivants, 757 et 757-1, code général des impôts articles 790 E, 796-0 bis et 990 I, loi n° 2015-990 du 6 août 2015, loi n° 2019-222 du 23 mars 2019, loi n° 2022-172 du 14 février 2022, loi n° 2025-1403 de financement de la sécurité sociale pour 2026, arrêt Cass. civ. 1re du 31 mars 1992 et réponse ministérielle Ciot du 23 février 2016.

Questions fréquentes

Quel est le régime matrimonial applicable sans contrat de mariage ?
La communauté réduite aux acquêts, régime légal posé par l'article 1400 du code civil. Tout ce qui est acquis pendant le mariage est commun, y compris les revenus du travail et les revenus des biens propres. Restent propres les biens possédés avant le mariage et ceux reçus par donation ou succession. Les dettes contractées pendant l'union engagent en principe les biens communs.
Le conjoint survivant hérite-t-il de tout le patrimoine ?
Non. La moitié de la communauté lui revient au titre du partage du régime matrimonial, ce qui n'est pas un héritage. Sur la succession proprement dite, l'article 757 du code civil lui laisse, en présence d'enfants tous communs, le choix entre le quart en pleine propriété et la totalité en usufruit. En présence d'un enfant d'une autre union, il n'a droit qu'au quart en pleine propriété.
Le partenaire de PACS est-il protégé au décès ?
Fiscalement oui, civilement non. Il est exonéré de droits de succession comme le conjoint marié et bénéficie d'un abattement de 80 724 euros en donation, mais il n'a aucune vocation successorale légale. Sans testament, il ne reçoit rien. Il dispose du droit temporaire au logement d'un an, mais pas du droit viager réservé au conjoint marié, ni de la pension de réversion.
Qu'est-ce que le droit viager au logement du conjoint survivant ?
L'article 764 du code civil ouvre au conjoint survivant un droit d'habitation viager sur le logement occupé à titre de résidence principale et un droit d'usage sur le mobilier. Ce droit doit être demandé dans l'année suivant le décès, faute de quoi il est définitivement perdu. Il se distingue du droit temporaire d'un an de l'article 763, qui s'applique de plein droit et ne se demande pas.
Peut-on changer de régime matrimonial et après combien de temps ?
À tout moment. Le délai de deux ans de mariage a été supprimé par la loi n° 2019-222 du 23 mars 2019, en même temps que l'homologation judiciaire systématique. Le changement se fait par acte notarié. Les enfants majeurs et les créanciers sont informés et peuvent former opposition dans les trois mois, ce qui rend alors l'homologation du juge nécessaire.
La séparation de biens protège-t-elle de toutes les dettes du conjoint ?
Non. L'article 220 du code civil rend les deux époux solidaires des dettes contractées pour l'entretien du ménage et l'éducation des enfants, quel que soit le régime matrimonial. Échappent à cette solidarité les dépenses manifestement excessives ainsi que, sauf consentement des deux époux, les emprunts et les achats à tempérament. La protection porte donc surtout sur les dettes professionnelles.
L'abattement de 152 500 euros en assurance-vie s'applique-t-il au conjoint ?
Non, et c'est une confusion fréquente. Lorsque le bénéficiaire est le conjoint survivant ou le partenaire de PACS, le capital est intégralement exonéré puisque ces personnes sont exonérées de droits de mutation par décès. L'abattement de 152 500 euros par bénéficiaire prévu par l'article 990 I du code général des impôts concerne les autres bénéficiaires, enfants ou tiers désignés à la clause.

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