SLSTICE
LMNP

LMNP ou LMP : quelles différences et comment choisir ?

Emeline Siron··Mis à jour le

Le passage de LMNP à LMP a des conséquences fiscales majeures. Découvrez les seuils, les impacts et comment optimiser votre statut.

LMNP ou LMP : la différence tient à deux seuils, et elle ne se choisit pas

Vous relevez du statut de loueur en meublé professionnel, le LMP, si vos recettes locatives meublées dépassent 23 000 € par an etexcèdent les autres revenus d'activité de votre foyer fiscal. Si l'une seulement de ces deux conditions est remplie, vous restez en loueur en meublé non professionnel, le LMNP. C'est l'article 155, IV du Code général des impôts qui le dit, et il ne laisse aucune place à l'option : la qualification s'impose, exercice par exercice, en fonction de vos chiffres. Le passage en LMP déclenche l'affiliation aux cotisations sociales des travailleurs indépendants, de l'ordre de 35 à 45 % du bénéfice, et fait basculer la revente du régime des plus-values des particuliers vers celui des plus-values professionnelles.

CritèreLMNPLMP
Recettes meublées annuellesJusqu'à 23 000 €, ou au-delà si elles restent inférieures aux autres revenus d'activitéPlus de 23 000 € et supérieures aux autres revenus d'activité
Nature du choixAucune option, qualification automatiqueAucune option, qualification automatique
Prélèvements sur les bénéficesPrélèvements sociaux de 17,2 %Cotisations sociales des travailleurs indépendants, 35 à 45 %
DéficitImputable 10 ans sur les seuls bénéfices de location meubléeImputable sur le revenu global, sans limite de montant
Plus-value de cessionRégime des particuliers, avec abattements pour durée de détentionRégime des plus-values professionnelles, avec exonérations sous conditions de recettes
Impôt sur la fortune immobilièreBiens taxablesExonération possible au titre du bien professionnel

Comprendre ces règles est essentiel pour anticiper les conséquences d'une montée en puissance de votre patrimoine locatif. Pour les bases du statut, consultez notre page LMNP chez Solstice Patrimoine, notre fiche de glossaire LMNP et notre article sur le régime réel LMNP.

Les conditions du LMP : deux critères cumulatifs

Vous êtes qualifiée de loueur en meublé professionnel si vous remplissez simultanément les deux conditions suivantes. Les manquer d'un euro suffit à rester en LMNP, et c'est exactement ce qui rend le pilotage possible.

Premier critère : plus de 23 000 € de recettes meublées

Le seuil s'apprécie au niveau du foyer fiscal, toutes locations meublées confondues, en additionnant les loyers et les charges refacturées effectivement encaissés au cours de l'année civile. Ce sont des recettes, pas des bénéfices : les charges, les intérêts et l'amortissement ne viennent pas en diminution pour ce calcul. La location nue n'entre pas dans le décompte, non plus que les revenus de SCPIou d'autres placements.

Deux précisions comptent en pratique. La première année, le seuil se proratise sur la durée effective de location : un bien mis en location le 1er juillet ne franchit le seuil que si ses recettes semestrielles dépassent environ 11 500 €. Et une recette encaissée d'avance sur l'année suivante se rattache bien à l'année de son encaissement, ce qui laisse une marge de pilotage sur les fins d'exercice serrées.

Second critère : ces recettes dépassent les autres revenus d'activité du foyer

C'est le critère qui protège la grande majorité des investisseurs. Le texte compare vos recettes meublées à la somme des revenus du foyer imposés dans les catégories des traitements et salaires au sens de l'article 79 du CGI, ce qui inclut les pensions de retraite, des bénéfices industriels et commerciaux autres que ceux tirés de la location meublée, des bénéfices agricoles, des bénéfices non commerciaux et des rémunérations de gérance de l'article 62.

Revenu du foyerCompté au dénominateur
Salaires nets imposablesOui
Pensions de retraiteOui
Bénéfices d'une activité indépendante, BIC, BNC ou BAOui
Rémunération de gérant majoritaire, article 62Oui
Revenus fonciers de location nueNon
Dividendes, intérêts, plus-values mobilièresNon
Revenus de SCPI et d'assurance-vieNon
Allocations chômage et indemnités journalièresNon, ce sont des revenus de remplacement
Une salariée dont le salaire net imposable est de 48 000 € peut encaisser jusqu'à 48 000 € de loyers meublés sans basculer en LMP. Le jour où elle passe à temps partiel, part en congé sabbatique ou prend sa retraite, le rapport s'inverse mécaniquement, sans qu'elle ait rien acheté de plus.

L'inscription au registre du commerce n'est plus une condition

Un point d'actualité que beaucoup d'articles anciens n'ont jamais corrigé. Jusqu'en 2018, le LMP supposait une troisième condition : l'inscription d'un membre du foyer au registre du commerce et des sociétés en qualité de loueur professionnel. Le Conseil constitutionnel a déclaré cette exigence contraire à la Constitution par sa décision n° 2017-689 QPC du 8 février 2018, au motif que les greffes refusaient en pratique ces inscriptions. Depuis, seuls les deux critères chiffrés subsistent. Conséquence directe : on peut devenir LMP sans le savoir et sans avoir rien signé.

L'appréciation se fait chaque année

La qualification n'est pas acquise une fois pour toutes. Elle se réexamine à la clôture de chaque exercice. Vous pouvez être LMP en année N, LMNP en année N+1 parce que votre conjoint a repris un emploi, puis à nouveau LMP en N+2. Cette instabilité est le vrai sujet de gestion, parce que chaque bascule emporte des conséquences sur les cotisations, sur le régime de plus-value applicable et sur l'IFI.

Les conséquences du passage en LMP

Le LMP n'est pas systématiquement défavorable, mais il change quatre paramètres majeurs qu'il faut avoir chiffrés avant de s'en approcher.

Les cotisations sociales, le premier choc

En LMNP, vos bénéfices BIC supportent les prélèvements sociaux sur les revenus du patrimoine, au taux de 17,2 %. La hausse à 18,6 % votée à l'article 12 de la loi de financement de la sécurité sociale pour 2026, la loi n° 2025-1403, ne concerne que les revenus du capital mobilier et ne s'y applique pas. En LMP, vous devenez travailleur indépendant : affiliation obligatoire au régime des indépendants et cotisations calculées sur le bénéfice, à un taux effectif de 35 à 45 % selon le niveau de revenu.

Bénéfice annuel de l'activité meubléePrélèvements en LMNP, 17,2 %Cotisations en LMP, environ 40 %Écart annuel
0 € (résultat neutralisé par l'amortissement)0 €Cotisation minimale, environ 1 200 €1 200 €
10 000 €1 720 €4 000 €2 280 €
25 000 €4 300 €10 000 €5 700 €
50 000 €8 600 €19 500 €10 900 €

Deux nuances importantes. D'abord, ces cotisations ouvrent des droits : retraite de base et complémentaire, indemnités journalières, invalidité. Elles ne sont pas une pure perte, contrairement aux prélèvements sociaux du LMNP qui n'ouvrent rien. Ensuite, la cotisation minimale est due même en l'absence de bénéfice, ce qui est précisément le cas d'un LMP en phase d'amortissement lourd : vous ne payez pas d'impôt et vous payez quand même des cotisations.

Un piège à connaître, indépendant du statut : depuis la loi de financement de la sécurité sociale pour 2021, les loueurs de meublés de tourisme de courte durée dont les recettes dépassent 23 000 € doivent s'affilier au régime social des indépendants, même en restant fiscalement LMNP. Le seuil social et le seuil fiscal se ressemblent mais ne recouvrent pas la même chose.

Les plus-values professionnelles, un régime entièrement différent

En LMNP, la revente relève des plus-values immobilières des particuliers, avec un abattement pour durée de détention qui aboutit à l'exonération d'impôt sur le revenu au bout de 22 ans et de prélèvements sociaux au bout de 30 ans. Depuis l'article 84 de la loi n° 2025-127 du 14 février 2025, le prix d'acquisition est minoré des amortissements déduits, ce qui gonfle l'assiette, mais le cadre reste celui des particuliers. Le détail figure dans notre fiche plus-value immobilière et dans notre article sur l'amortissement comptable en LMNP.

En LMP, la cession relève des plus-values professionnelles. La plus-value à court terme, à hauteur des amortissements pratiqués, s'ajoute au résultat et supporte le barème progressif de l'impôt sur le revenu ainsi que les cotisations sociales. La plus-value à long terme est taxée à 12,8 % plus 17,2 % de prélèvements sociaux. En contrepartie, trois exonérations propres au régime professionnel existent.

DispositifConditionPortée
Article 151 septies du CGIActivité exercée depuis au moins 5 ans, recettes inférieures à 90 000 €Exonération totale, court terme et long terme
Article 151 septies du CGI, zone dégressiveRecettes comprises entre 90 000 € et 126 000 €Exonération partielle, proportionnelle au rapport entre 126 000 € moins les recettes et 36 000 €
Article 151 septies B du CGIImmeuble d'exploitation détenu plus de 5 ansAbattement de 10 % par année au-delà de la 5e sur la plus-value à long terme, exonération à 15 ans
Article 151 septies A du CGICession pour départ à la retraite, activité exercée 5 ansExonération d'impôt sur le revenu, les prélèvements sociaux restant dus

Sur un petit portefeuille dont les recettes restent sous 90 000 €, l'article 151 septies rend la sortie en LMP potentiellement plus douce qu'en LMNP, puisqu'il exonère la totalité, amortissements compris, après cinq ans d'activité. C'est un renversement récent : la réintégration des amortissements de 2025 a rapproché la sortie du LMNP de celle du LMP, et parfois l'a rendue plus lourde.

L'impôt sur la fortune immobilière

En LMNP, vos biens locatifs entrent dans l'assiette de l'impôt sur la fortune immobilière dès lors que votre patrimoine immobilier net taxable dépasse 1,3 million d'euros. En LMP, les biens affectés à l'activité professionnelle peuvent être exonérés au titre des biens professionnels, sous des conditions strictes : l'activité doit être exercée à titre principal et dégager un revenu net supérieur à 23 000 € représentant plus de la moitié des revenus d'activité du foyer. C'est un avantage sérieux pour les patrimoines élevés, et l'une des rares raisons de rechercher activement le LMP. Nos stratégies de réduction de l'IFI en détaillent les conditions.

Le déficit imputable sur le revenu global

C'est l'autre avantage réel du LMP. En LMNP, le déficit BIC ne s'impute que sur les bénéfices de location meublée des dix exercices suivants, en application de l'article 156, I, 1° bis du CGI. En LMP, il s'impute directement sur le revenu global du foyer, sans plafond de montant, l'excédent étant reportable six ans. Pour une contribuable fortement imposée qui achète beaucoup et supporte des intérêts élevés, le levier est puissant : un déficit de 20 000 € imputé sur un revenu global taxé à 41 % représente 8 200 € d'impôt économisé la même année. Attention, la fraction correspondant aux amortissements reste exclue de ce mécanisme, en vertu de la limite de l'article 39 C.

Les obligations administratives

La cotisation foncière des entreprises est due dans les deux statuts, sauf exonérations locales. La TVA ne s'applique en principe ni en LMNP ni en LMP, sauf activité para-hôtelière assortie d'au moins trois des quatre services que sont le petit déjeuner, le nettoyage régulier, la fourniture du linge et la réception de la clientèle. Le régime réel, avec sa liasse 2031 et ses tableaux 2033, s'impose de la même manière dans les deux cas. Les aspects déclaratifs sont détaillés dans notre guide de la déclaration des revenus locatifs 2026.

Comparatif complet : LMNP ou LMP, poste par poste

PosteLMNPLMPAvantage
Imposition du bénéficeBarème progressif de l'impôt sur le revenuBarème progressif de l'impôt sur le revenuÉgalité
Prélèvements sur le bénéfice17,2 %, sans contrepartie35 à 45 %, ouvrant des droits sociauxLMNP
Cotisation due en l'absence de bénéficeAucuneCotisation minimale d'environ 1 200 €LMNP
Amortissement du bienOui, plafonné par l'article 39 COui, même limiteÉgalité
Sort du déficit10 ans, sur les seuls BIC meublésRevenu global, report 6 ansLMP
Plus-value, petit portefeuille sous 90 000 € de recettesRégime des particuliers, amortissements réintégrésExonération totale après 5 ans d'activitéLMP
Plus-value, portefeuille au-delà de 126 000 € de recettesAbattements par durée, exonération à 30 ansRégime professionnel plein, court terme au barèmeLMNP
Impôt sur la fortune immobilièreBiens dans l'assietteExonération possibleLMP
Simplicité de gestionÉlevéeFaible, affiliation et déclarations socialesLMNP
Stabilité dans le tempsStatut de la majorité des foyersBascule possible d'une année sur l'autreLMNP

Trois situations concrètes

La cadre salariée avec trois lots meublés

Salaire net imposable de 52 000 €, trois studios meublés générant 26 400 € de recettes annuelles. Le premier critère est franchi, 26 400 € dépassent 23 000 €. Le second ne l'est pas, puisque 26 400 € restent inférieurs à 52 000 €. Elle reste donc en LMNP, et le restera tant que ses recettes n'approcheront pas son salaire. Marge de sécurité : elle peut ajouter environ 25 000 € de recettes avant que la question ne se pose.

La retraitée qui bascule sans rien acheter

Pension de retraite de 21 000 €, quatre lots meublés générant 34 000 € de recettes. Les deux critères sont remplis : plus de 23 000 € de recettes, et des recettes supérieures aux 21 000 € de pension, celle-ci étant bien comptée au dénominateur car imposée dans la catégorie des traitements et salaires au sens de l'article 79 du CGI. Elle est LMP, sans avoir rien décidé. Conséquences immédiates : affiliation sociale, cotisation minimale même si l'amortissement neutralise le résultat, et bascule du régime de plus-value. Dans son cas, avec 34 000 € de recettes et plus de cinq ans d'activité, l'article 151 septies l'exonérerait totalement de plus-value à la revente, ce qui est plutôt une bonne nouvelle.

L'investisseuse en phase d'acquisition intensive

Elle a quitté son emploi pour se consacrer à son parc. Recettes de 78 000 €, aucun autre revenu d'activité, six crédits en cours, 31 000 € d'intérêts et 14 000 € de charges. Résultat avant amortissement : 33 000 €. Elle est LMP. Les cotisations sociales sur ce résultat approcheraient 13 000 €, mais l'amortissement disponible, environ 42 000 €, ramène le résultat à zéro. Elle paie donc la cotisation minimale. Et si un exercice se solde par un déficit hors amortissement, celui-ci s'impute sur le revenu global du foyer, y compris sur les salaires de son conjoint.

Stratégies pour rester en LMNP

Si vous approchez des seuils et souhaitez rester en LMNP, quatre leviers existent. Aucun ne relève de l'astuce : ce sont des choix d'architecture patrimoniale, à valider avec un professionnel au regard de votre situation.

  • Piloter le volume de recettes meublées. En diversifiant entre location nue, location meublée et supports financiers, vous maintenez le rapport en votre faveur. Les revenus fonciers et les revenus de SCPI ne comptent ni au numérateur ni au dénominateur : ils sont neutres sur la qualification.
  • Maintenir un revenu d'activité.C'est le levier le plus direct. Une activité salariée, même à temps partiel, une gérance rémunérée ou une activité indépendante alimentent le dénominateur et éloignent le seuil relatif.
  • Loger une partie du parc dans une société soumise à l'impôt sur les sociétés. Les revenus sortent alors du champ des BIC personnels et ne comptent plus dans le calcul des seuils. Le prix à payer est une fiscalité de sortie différente, sans abattement pour durée de détention sur la plus-value, et une double imposition potentielle lors de la distribution. Nous en parlons en détail dans l'épisode LMNP ou SCI à l'IS : quelle structure choisir du podcast Out of the Box, et notre article SCI à l'IS ou à l'IR en détaille le calcul.
  • Modéliser trois à cinq ans à l'avance. Un départ à la retraite, un congé parental, une baisse d'activité ou une acquisition supplémentaire suffisent à faire basculer le rapport. La modélisation vaut mieux que la découverte au moment de la liasse. Notre simulateur d'impôt sur le revenu et notre simulateur de capacité d'emprunt aident à poser les ordres de grandeur.

Quand le LMP devient réellement avantageux

Le LMP n'est pas à fuir. Il devient pertinent dans quatre configurations précises.

  • Vous êtes en phase d'acquisition intensive, avec beaucoup de crédits et de charges. L'imputation du déficit sur le revenu global, sans plafond, vaut alors bien plus que le surcoût de cotisations, d'autant que le résultat est souvent nul.
  • Votre patrimoine immobilier net dépasse 1,3 million d'euros et l'exonération d'IFI au titre des biens professionnels change l'équation, sous réserve d'en remplir strictement les conditions.
  • Vos recettes restent sous 90 000 € et vous détenez depuis plus de cinq ans. L'article 151 septies exonère alors totalement la plus-value, amortissements compris, là où le LMNP réintègre désormais ces mêmes amortissements.
  • La location meublée est devenue votre activité principale et vous avez besoin de constituer des droits à la retraite et une couverture sociale. Les cotisations cessent alors d'être un pur coût.

Ce qui se passe concrètement l'année de la bascule

Passer de LMNP à LMP n'est pas un changement de case à cocher. C'est une série de formalités et de régularisations qui s'étalent sur douze à dix-huit mois. Voici la chronologie réelle.

MomentCe qui se produitCe que vous devez faire
31 décembre de l'année NLes deux critères de l'article 155, IV sont franchisRien encore, la qualification se constate
Janvier à mars N+1Le comptable arrête les comptes et constate le basculementDéclarer le changement de situation au guichet unique des formalités des entreprises
Mai N+1Dépôt de la liasse 2031 et report sur la 2042-C-PRO en case LMPVérifier la ligne de report, l'erreur de case est fréquente
Été N+1Affiliation au régime social des indépendants, rétroactive à l'année NProvisionner la régularisation de cotisations
Automne N+1 et N+2Appels de cotisations provisionnelles puis régularisation définitivePiloter la trésorerie sur deux exercices, l'année de bascule cumule deux appels

Le point de trésorerie est celui que l'on sous-estime le plus. L'année qui suit la bascule, vous supportez la régularisation de l'année N et les provisions de l'année N+1, soit potentiellement deux années de cotisations sur un seul exercice. Sur un bénéfice de 25 000 €, cela représente environ 20 000 € à sortir la même année, alors même que votre résultat fiscal peut être nul grâce à l'amortissement.

Et le retour en LMNP

Il se produit dès que l'un des deux critères cesse d'être rempli. La radiation du régime social suit, avec un décalage identique. Attention à un effet mal connu : la sortie du régime professionnel s'analyse comme une cessation d'activité au sens des plus-values professionnelles. Si vous détenez des biens fortement amortis, la question du fait générateur doit être posée à votre conseil avant la fin de l'exercice, et pas après.

LMNP, LMP et les autres cadres de détention

Le choix ne se limite pas à ces deux statuts. Quand on arbitre un projet locatif, quatre cadres se comparent réellement. Voici ce qui les sépare sur les paramètres qui comptent.

CadreAmortissementImposition des revenusPlus-value de cessionContrainte principale
LMNP au régime réelOui, plafonné à zéro résultatBarème progressif plus 17,2 %Particuliers, amortissements réintégrés, abattements par duréeComptabilité commerciale
LMPOui, même limiteBarème progressif plus cotisations de 35 à 45 %Professionnelles, exonérations sous conditions de recettesAffiliation sociale et cotisation minimale
Location nue au régime réelNonBarème progressif plus 17,2 %Particuliers, sans réintégrationBase imposable bien plus élevée
Société soumise à l'impôt sur les sociétésOui, sans plafond de résultat15 % jusqu'à 42 500 € puis 25 %Sur valeur nette comptable, aucun abattement pour duréeDouble imposition à la sortie des fonds

La location nue, l'autre voie

Sans amortissement, la location nue expose une base imposable bien plus large. En contrepartie, elle échappe à la réintégration des amortissements dans la plus-value, elle ne réclame aucune comptabilité commerciale, et son déficit fonciers'impute sur le revenu global dans une limite annuelle, ce qui est utile pour une contribuable fortement imposée qui rénove. Elle reste souvent le bon choix sur les biens à forts travaux et sur les zones où le meublé n'apporte pas de prime de loyer.

Le seuil de l'impôt sur les sociétés

Une société à l'IS amortit sans la limite de l'article 39 C et bénéficie du taux réduit de 15 % jusqu'à 42 500 € de bénéfice, seuil fixé par l'article 219 du CGI. Le relèvement de ce seuil à 100 000 € voté en séance lors des débats budgétaires n'a pas survécu au texte promulgué : il ne s'applique pas. La contrepartie est connue et lourde : plus-value calculée sur la valeur nette comptable, sans aucun abattement pour durée de détention, puis fiscalité des dividendes pour sortir les fonds. Notre fiche de glossaire SCI et notre guide SCI ou nom propre posent le cadre du choix.

L'exposition indirecte

Enfin, une partie de l'objectif poursuivi par un projet locatif meublé peut être atteinte sans gestion directe, via des parts de SCPI ou d'autres véhicules. Le taux de distribution moyen des SCPI s'est établi à 4,91 % en 2025 selon le bilan annuel publié par l'ASPIM le 9 février 2026, avec une dispersion allant de 4,2 % sur le résidentiel à 6 % sur le diversifié. Les performances passées ne préjugent pas des performances futures, le capital n'est pas garanti et la liquidité des parts est limitée. La comparaison des deux logiques est développée dans notre guide SCPI ou immobilier locatif.

LMNP, LMP et transmission

Le statut a des effets qui dépassent la fiscalité annuelle. En LMNP, les biens meublés entrent dans la succession comme des biens privés, valorisés à leur valeur vénale, et l'abattement de 100 000 € par enfant et par parent tous les quinze ans de l'article 779 du CGI s'applique dans les conditions de droit commun. En LMP, la qualification de bien professionnel peut ouvrir des dispositifs supplémentaires, mais les conditions sont strictes et se vérifient au cas par cas, la location meublée étant historiquement traitée avec prudence par l'administration sur ce terrain.

Un point mérite d'être anticipé plutôt que subi : la donation d'un bien meublé reconstitue une base amortissable neuve chez le donataire, ce qui relance un cycle complet d'amortissement, alors que le stock d'amortissements différés du donateur ne se transmet pas. Sur un parc mûr, arbitrer entre vendre et donner ne se joue donc pas seulement sur les droits de mutation. Notre guide transmettre son patrimoine à ses enfants détaille les mécanismes disponibles.

La bascule subie, le vrai risque à surveiller

Le danger n'est pas le LMP en soi, c'est d'y entrer sans l'avoir vu venir. Les trois déclencheurs les plus fréquents sont un départ à la retraite qui fait chuter le dénominateur, une année de forte vacance sur l'activité professionnelle du foyer, et une acquisition de plus qui fait franchir les 23 000 €. Dans les trois cas, la découverte se fait au moment de la liasse, plusieurs mois après la clôture.

Les conséquences pratiques sont désagréables. L'affiliation sociale est rétroactive à l'exercice concerné, avec régularisation des cotisations. Le régime de plus-value applicable à une cession intervenue dans l'année n'est pas celui que vous pensiez. Et si vous repassez en LMNP l'année suivante, il faut gérer une sortie du régime professionnel, avec ses propres conséquences. La parade est simple : un point annuel en octobre, avant la clôture, sur le rapport entre recettes prévisionnelles et revenus d'activité du foyer. Vous avez encore, à cette date, des marges de manœuvre sur l'encaissement des loyers de fin d'année.

Le rôle du conjoint dans le calcul

Les deux critères s'apprécient au niveau du foyer fiscal, pas de la personne. Vos recettes meublées s'additionnent à celles de votre conjoint, et vos revenus d'activité s'additionnent également au dénominateur. Deux conséquences opposées en découlent. Un conjoint bien rémunéré protège durablement le foyer du basculement, même avec un parc important. À l'inverse, une séparation, un divorce ou le décès d'un conjoint fait disparaître son revenu du dénominateur et peut faire basculer le survivant en LMP l'année suivante, au pire moment. Ce point se vérifie lors de toute recomposition familiale, au même titre que le régime matrimonial, sujet que nous traitons dans notre article sur le patrimoine du couple.

Cinq idées fausses qui circulent encore sur le LMNP et le LMP

« Le LMP se choisit en s'inscrivant au registre du commerce »

Faux depuis la décision n° 2017-689 QPC du Conseil constitutionnel du 8 février 2018, qui a supprimé cette condition. La qualification résulte des seuls chiffres. Aucune inscription, aucune démarche volontaire ne permet de choisir son camp.

« En LMNP, les amortissements ne sont jamais repris à la revente »

Faux depuis le 15 février 2025. L'article 84 de la loi n° 2025-127 du 14 février 2025 minore le prix d'acquisition des amortissements déduits, et la réponse ministérielle du 24 mars 2026 à la question écrite n° 10097 confirme que la totalité du stock est concernée, y compris les amortissements antérieurs à la réforme. Seules les résidences services, les EHPAD et les unités de soins de longue durée restent hors du dispositif.

« Le LMP coûte forcément plus cher que le LMNP »

Pas nécessairement. Sur un parc de moins de 90 000 € de recettes détenu depuis plus de cinq ans, l'article 151 septies du CGI exonère totalement la plus-value de cession, amortissements compris, là où le LMNP réintègre désormais ces mêmes amortissements. Ajoutez l'imputation du déficit sur le revenu global et l'exonération d'IFI possible, et l'arithmétique se renverse dans plusieurs configurations.

« Les revenus de SCPI comptent dans le seuil des 23 000 € »

Non. Le seuil ne retient que les recettes de location meublée directe. Les revenus de parts de SCPI, les revenus fonciers de location nue et les revenus de placements financierssont neutres, aussi bien au numérateur qu'au dénominateur du second critère. C'est précisément ce qui en fait des outils de diversification utiles quand on veut rester en LMNP.

« Une fois LMP, toujours LMP »

Non. La qualification se réapprécie chaque année. Un conjoint qui reprend une activité, une année de recettes plus faible ou la vente d'un lot suffisent à repasser en LMNP. Cette réversibilité est une bonne nouvelle sur le principe, mais elle exige un suivi annuel, parce que chaque aller-retour a des conséquences sociales et sur le régime de plus-value applicable.

Ce que ni le LMNP ni le LMP ne garantissent

Aucun des deux statuts ne protège contre les risques propres à l'immobilier locatif. La vacance, les impayés, les travaux votés en assemblée générale, le durcissement des exigences énergétiques sur les logements les moins performants et le retournement d'un marché local pèsent identiquement sur les deux. Le capital investi n'est pas garanti, la liquidité d'un bien reste faible avec des délais de vente de plusieurs mois, et les performances passées d'un marché ne préjugent en rien de ses performances futures.

Aucun des deux ne protège non plus contre l'évolution du droit. La réintégration des amortissements dans la plus-value LMNP, entrée en vigueur le 15 février 2025, en est la démonstration : une règle stable depuis des décennies a changé en une loi de finances. Toute stratégie construite sur trente ans doit intégrer cette instabilité.

LMNP ou LMP, le bon cadre n'est pas universel. Il dépend de votre niveau de revenus d'activité, de la taille de votre parc, de votre horizon de détention, de votre besoin de couverture sociale et de vos objectifs de transmission. Rien de ce qui précède ne constitue une recommandation personnalisée, et aucun résultat n'est promis : les montants cités sont des ordres de grandeur destinés à expliquer un mécanisme. Si vous souhaitez confronter ces paramètres à votre situation réelle, notre bilan patrimonial et notre diagnostic en ligne en sont le point de départ.

Questions fréquentes

Quelle est la différence entre LMNP et LMP ?
Elle tient à deux seuils cumulatifs de l'article 155, IV du Code général des impôts. Vous êtes loueur en meublé professionnel si vos recettes meublées dépassent 23 000 € par an et excèdent les autres revenus d'activité de votre foyer fiscal. Si une seule de ces conditions est remplie, vous restez non professionnel. Ce n'est pas une option : la qualification s'impose chaque année selon vos chiffres.
Peut-on choisir d'être LMP plutôt que LMNP ?
Non. Depuis la décision n° 2017-689 QPC du Conseil constitutionnel du 8 février 2018, l'inscription au registre du commerce n'est plus une condition du statut professionnel. Seuls les deux critères chiffrés subsistent, et ils se constatent à la clôture de chaque exercice. On peut donc devenir loueur professionnel sans l'avoir décidé, par exemple en partant à la retraite.
Combien coûtent les cotisations sociales en LMP ?
Le loueur professionnel est affilié au régime des travailleurs indépendants, avec des cotisations de l'ordre de 35 à 45 % du bénéfice, contre 17,2 % de prélèvements sociaux en LMNP. Une cotisation minimale d'environ 1 200 € reste due même en l'absence de bénéfice. En contrepartie, ces cotisations ouvrent des droits à la retraite, aux indemnités journalières et à l'invalidité, ce que les prélèvements sociaux ne font pas.
La plus-value est-elle plus lourde en LMNP ou en LMP ?
Cela dépend de la taille du parc. En LMNP, la cession relève des plus-values des particuliers, avec abattements par durée de détention, mais les amortissements sont réintégrés depuis le 15 février 2025. En LMP, l'article 151 septies du CGI exonère totalement la plus-value si les recettes restent sous 90 000 € et si l'activité est exercée depuis cinq ans, avec une zone dégressive jusqu'à 126 000 €.
Quels revenus comptent pour apprécier le seuil des 50 % ?
Les traitements et salaires au sens de l'article 79 du CGI, ce qui inclut les pensions de retraite, ainsi que les bénéfices industriels et commerciaux autres que meublés, les bénéfices agricoles, les bénéfices non commerciaux et les rémunérations de gérance. Les revenus fonciers, les revenus de SCPI, les dividendes et les revenus de remplacement comme les allocations chômage ne sont pas retenus.
Comment rester en LMNP quand on approche des seuils ?
Quatre leviers existent. Maintenir un revenu d'activité au foyer, qui alimente le dénominateur du second critère. Diversifier vers la location nue ou les SCPI, dont les revenus sont neutres dans le calcul. Loger une partie du parc dans une société soumise à l'impôt sur les sociétés, au prix d'une fiscalité de sortie différente. Et modéliser trois à cinq ans à l'avance plutôt que de découvrir la bascule au moment de la liasse.
Le déficit s'impute-t-il de la même façon en LMNP et en LMP ?
Non, et c'est l'avantage principal du statut professionnel. En LMNP, le déficit ne s'impute que sur les bénéfices de location meublée des dix exercices suivants, selon l'article 156, I, 1° bis du CGI. En LMP, il s'impute directement sur le revenu global du foyer, sans plafond de montant, l'excédent étant reportable six ans. La fraction correspondant aux amortissements reste exclue dans les deux cas.

Prêt à construire votre patrimoine ?

Commencez par un diagnostic gratuit ou laissez-nous vos coordonnées.

Bilan patrimonial gratuitM'inscrire