SOLSTICE PATRIMOINE
Patrimoine

Donner de son vivant ou laisser la succession faire : le chiffrage

Emeline Siron·

Sur un patrimoine de 1 000 000 euros transmis par un couple à deux enfants, ne rien anticiper coûte 112 776 euros de droits. Une seule vague de donations plus de quinze ans avant le décès ramène ce montant à 7 284 euros. La même vague faite quatorze ans avant le décès le laisse à 112 776 euros, exactement comme si rien n'avait été fait. Le chiffrage complet, dispositif par dispositif.

Donation ou succession : la réponse directe, chiffrée

Sur un patrimoine net de 1 000 000 euros transmis par un couple marié à deux enfants majeurs, ne rien anticiper coûte 112 776 euros de droits de succession au barème de l'article 777 du code général des impôts, tarif inchangé par la loi de finances pour 2026. Une seule vague de donations de 527 460 euros, consentie plus de quinze ans avant le décès, ramène le total à 7 284 euros. La même vague, consentie quatorze ans avant le décès, laisse la facture à 112 776 euros, soit exactement le montant du scénario où rien n'a été fait.

Le choix entre donation ou succession n'est donc pas un choix entre deux fiscalités différentes : les deux relèvent du même barème et des mêmes abattements. C'est un choix de calendrier. L'abattement de 100 000 euros par enfant et par parent de l'article 779 du code général des impôts se recharge tous les quinze ans, et c'est ce compteur, et lui seul, qui produit l'écart. Un patrimoine transmis en trois fois sur quarante-cinq ans mobilise trois abattements. Le même patrimoine transmis en une fois au décès n'en mobilise qu'un.

Cet article déroule le calcul complet sur un cas de référence, dispositif par dispositif : abattements renouvelables, don familial de sommes d'argent, donation en nue-propriété et barème de l'article 669 du code général des impôts par tranche d'âge, donation-partage, assurance vie et ses deux régimes, pacte Dutreil pour l'entreprise. Il chiffre aussi ce que coûte l'attente, et il nomme le risque symétrique, celui de se démunir trop tôt. Il s'agit d'une information générale arrêtée au 24 octobre 2026, et non d'un conseil personnalisé : le bon arbitrage dépend de l'âge, du régime matrimonial, de la composition du patrimoine et du besoin de revenus du donateur. Le cadre d'ensemble figure dans notre guide sur la transmission de patrimoine aux enfants et sur la page transmission de patrimoine.

Le cas de référence, et ce que coûte une succession sans anticipation

Les hypothèses, posées une fois pour toutes

Tous les chiffres qui suivent reposent sur le même cas, afin que les scénarios soient comparables entre eux. Un couple marié sous le régime de la communauté, deux enfants majeurs, un patrimoine net transmissible de 1 000 000 euros réparti à parts égales entre les deux parents. La transmission finale se fait au profit des deux enfants. Le barème appliqué est celui de l'article 777 du code général des impôts en ligne directe, en vigueur au 24 octobre 2026.

Le point de méthode le plus important est la notion de part. Les droits ne se calculent pas sur le patrimoine global, mais sur ce que chaque enfant reçoit de chaque parent. Deux parents et deux enfants, cela fait quatre couples donateur-donataire, donc quatre parts de 250 000 euros et quatre abattements de 100 000 euros. Confondre le patrimoine global et la part taxable est l'erreur de calcul la plus répandue sur ce sujet, et elle conduit systématiquement à surestimer les droits.

Nous raisonnons à valeur figée, sans revalorisation des biens entre la donation et le décès. C'est une simplification volontaire : elle isole l'effet du calendrier fiscal, qui est le sujet de l'article. Dans la réalité, la revalorisation joue en faveur de la donation précoce, puisque la plus-value postérieure à l'acte se forme dans le patrimoine de l'enfant et échappe aux droits.

Le coût de la succession, patrimoine par patrimoine

Patrimoine net du couplePart reçue par enfant et par parentBase taxable après abattement de 100 000 €Droits totauxTaux effectif sur le patrimoine
400 000 €100 000 €0 €0 €0 %
600 000 €150 000 €50 000 €32 776 €5,5 %
800 000 €200 000 €100 000 €72 776 €9,1 %
1 000 000 €250 000 €150 000 €112 776 €11,3 %
1 500 000 €375 000 €275 000 €212 776 €14,2 %
2 000 000 €500 000 €400 000 €312 776 €15,6 %
3 000 000 €750 000 €650 000 €551 848 €18,4 %

Hypothèses : couple marié, deux enfants majeurs, aucune donation antérieure, barème en ligne directe de l'article 777 du code général des impôts au 24 octobre 2026, quatre parts et quatre abattements de 100 000 euros. Simulation à valeur figée, sans revalorisation ni frais de succession.

La dernière colonne est celle qu'il faut lire. Le taux effectivement supporté sur l'ensemble du patrimoine ne dépasse 15 pour cent qu'à partir de 2 000 000 euros pour une famille de deux enfants. On entend souvent que la France taxe les successions à 45 pour cent : ce taux existe, mais il ne s'applique qu'à la fraction de chaque part qui dépasse 1 805 677 euros, soit un patrimoine supérieur à 7 200 000 euros dans notre configuration. Le taux réellement décisif, celui de 20 pour cent, court de 15 932 euros à 552 324 euros de base taxable par part, et il couvre la quasi-totalité des transmissions familiales. La distinction entre taux marginal et taux effectif est expliquée dans notre article sur la tranche marginale d'imposition.

Ce que le conjoint survivant change, et ne change pas

Une précision structurante avant d'aller plus loin. Le conjoint survivant, marié ou partenaire de PACS, est totalement exonéré de droits de succession depuis la loi du 21 août 2007. Il n'existe aucun abattement à lui appliquer, aucun barème à lui opposer : sa part est exonérée en totalité. La question donation ou succession ne se pose donc pas entre époux du point de vue des droits, et elle se pose même en sens inverse, puisque la donation entre époux, elle, est taxable après un abattement de 80 724 euros.

Cette exonération a un effet mécanique souvent mal anticipé : elle ne fait pas disparaître les droits, elle les reporte. Un patrimoine qui passe intégralement au conjoint survivant sans droits sera taxé une seule fois, au second décès, sur des parts d'autant plus grosses qu'elles n'auront pas été fractionnées. Le barème étant progressif, concentrer la transmission sur un seul décès coûte plus cher que la répartir. L'articulation avec le régime matrimonial, qui détermine ce qui tombe réellement dans la succession, est développée dans notre article sur le patrimoine du couple et le régime matrimonial, et nous en parlons dans l'épisode consacré au PACS, au mariage et au décès du podcast Out of the Box.

Les trois dispositifs qui séparent la donation de la succession

L'abattement de 100 000 euros, et son compteur de quinze ans

L'article 779 I du code général des impôts accorde un abattement de 100 000 euros sur la part de chaque enfant, apprécié pour chaque parent donateur. Il joue à l'identique en donation et en succession : ce n'est pas un avantage propre à la donation. Ce qui fait la différence, c'est l'article 784 du même code, qui organise le rappel fiscal.

Le rappel fiscal impose de rapporter à toute nouvelle transmission, donation ou succession, les donations consenties depuis moins de quinze ans par le même donateur au même bénéficiaire. Deux conséquences en découlent. Premièrement, l'abattement déjà consommé n'est pas de nouveau disponible. Deuxièmement, les tranches basses du barème déjà utilisées ne le sont pas non plus. Passé quinze ans révolus, le compteur repart intégralement à zéro, comme si rien n'avait eu lieu.

C'est la totalité du mécanisme. Une donation n'est pas moins taxée qu'une succession : elle est taxée sur un autre compteur. Multiplier les compteurs, c'est multiplier les abattements et les tranches basses. Voilà pourquoi le calendrier prime sur le montant, et pourquoi une stratégie engagée à 55 ans produit un résultat sans commune mesure avec la même stratégie engagée à 75 ans. Le détail de chaque abattement par lien de parenté figure dans notre article sur la donation et la transmission de son vivant en 2026.

Le don familial de sommes d'argent, 31 865 euros de plus

L'article 790 G du code général des impôts exonère les dons de sommes d'argent, par virement, chèque, mandat ou remise d'espèces, dans la limite de 31 865 euros par donateur et par bénéficiaire, renouvelable tous les quinze ans. Ce dispositif se cumule avec l'abattement de l'article 779, il ne s'y substitue pas. Il est inchangé par la loi de finances pour 2026.

Quatre conditions sont cumulatives. Le donateur doit avoir moins de 80 ans au jour du don. Le bénéficiaire doit être majeur ou émancipé. Le lien doit être un lien de descendance, enfant, petit-enfant ou arrière-petit-enfant, ou à défaut de descendance, neveu ou nièce. Le don doit porter sur une somme d'argent, à l'exclusion de tout bien en nature. Une seule condition qui manque, et le don retombe dans le régime de droit commun où il consomme l'abattement de 100 000 euros.

Ce dispositif est le premier point où donation et succession divergent structurellement, et pas seulement par le calendrier. Il n'a aucun équivalent successoral. Un patrimoine transmis au décès ne bénéficie jamais de ces 31 865 euros par parent et par enfant, soit 127 460 euros pour un couple avec deux enfants. Cette somme est perdue définitivement, et elle l'est aussi le jour des 80 ans du donateur. C'est l'une des rares échéances patrimoniales strictement irrattrapables.

L'exonération exceptionnelle de l'article 790 A bis, jusqu'au 31 décembre 2026

Un troisième dispositif reste ouvert à la date de publication de cet article, et il se ferme le 31 décembre 2026. L'article 790 A bis du code général des impôts exonère les dons de sommes d'argent consentis à un enfant, un petit-enfant, un arrière-petit-enfant ou, à défaut de descendance, à un neveu ou une nièce, dans la limite de 100 000 euros par donateur et de 300 000 euros par bénéficiaire tous donateurs confondus.

L'emploi des fonds n'est pas libre, et c'est le point que la plupart des résumés escamotent. Deux usages seulement ouvrent droit à l'exonération : l'acquisition d'un logement neuf ou en état futur d'achèvement, c'est-à-dire en VEFA, et la réalisation de travaux de rénovation énergétique éligibles à MaPrimeRénov' dans le logement dont le bénéficiaire est propriétaire et qu'il affecte à sa résidence principale. Un logement ancien n'ouvre aucun droit, même rénové, même devenu résidence principale. Les sommes doivent être employées dans les six mois du versement, et le logement conserver sa destination pendant cinq ans.

DispositifMontant par donateur et par bénéficiaireDisponible en successionCondition bloquanteBase légale
Abattement en ligne directe100 000 €, tous les 15 ansOui, une seule foisRappel fiscal des donations de moins de 15 ansArt. 779 I et 784 du CGI
Don familial de sommes d'argent31 865 €, tous les 15 ansNon, jamaisDonateur de moins de 80 ans, donataire majeur, sommes d'argent uniquementArt. 790 G du CGI
Exonération exceptionnelle100 000 € par donateur, 300 000 € par bénéficiaireNon, jamaisLogement neuf ou VEFA, ou travaux de rénovation énergétique, emploi sous 6 mois, conservation 5 ansArt. 790 A bis du CGI, dons jusqu'au 31 décembre 2026
Décote de la nue-propriétéDe 10 % à 60 % de la valeur selon l'âgeNon, l'usufruit s'éteint sans droitsDonation effective, aucune réserve d'usage occulteArt. 669 I et 1133 du CGI
Prise en charge des droits par le donateurMontant des droits, non requalifié en donationNon, sans objetAucune, doctrine constanteBOI-ENR-DMTG-20-20-10

Sources : code général des impôts, articles 669, 779, 784, 790 A bis, 790 G et 1133, et Bulletin officiel des finances publiques, situation au 24 octobre 2026. La troisième colonne est celle qui répond à la question posée par le titre : sur cinq leviers, un seul reste accessible si l'on attend le décès.

Le donateur peut payer les droits, et cela ne coûte rien de plus

Voici un mécanisme sous-utilisé et sans équivalent successoral. Lorsque le donateur acquitte lui-même les droits de donation, cette prise en charge n'est pas traitée par l'administration comme une donation supplémentaire taxable, en application de la doctrine constante commentée au Bulletin officiel des finances publiques sous la référence BOI-ENR-DMTG-20-20-10.

Sur une donation de 300 000 euros à un enfant, la base taxable ressort à 200 000 euros après abattement, soit 38 194 euros de droits. Si le donateur les règle, l'enfant reçoit 300 000 euros nets au lieu de 261 806 euros. Les 38 194 euros sortent définitivement du patrimoine du donateur et échappent donc aussi aux droits de succession futurs. C'est un transfert supplémentaire de valeur sans frottement fiscal, impossible à reproduire au décès puisque les droits de succession sont alors nécessairement supportés par l'héritier.

Le compteur de quinze ans, ce que coûte réellement l'attente

Deux ans d'écart, quatre-vingt mille euros

Reprenons le cas de référence. Le couple donne 400 000 euros en pleine propriété, soit quatre fois l'abattement de 100 000 euros. Il reste 600 000 euros dans le patrimoine, soit 150 000 euros par part au décès. Tout dépend alors de l'ancienneté de la donation au jour du décès.

Situation au jour du décèsAbattement disponibleBase taxable par partDroits par partDroits totaux
Aucune donation n'a été faite100 000 €150 000 €28 194 €112 776 €
Donation de 400 000 € il y a 14 ans0 €, rappel de l'article 784150 000 €28 194 €112 776 €
Donation de 400 000 € il y a 16 ans100 000 €, compteur rechargé50 000 €8 194 €32 776 €
Donation de 527 460 € il y a 16 ans, don familial inclus100 000 €, compteur rechargé18 135 €1 821 €7 284 €
Deux vagues de 527 460 €, la seconde il y a plus de 15 ansSans objet, patrimoine épuisé0 €0 €0 €

Simulation sur le cas de référence, barème de l'article 777 du code général des impôts au 24 octobre 2026, valeur figée. Ces montants illustrent un mécanisme, ils ne constituent ni une prévision ni un engagement.

La deuxième ligne est le résultat le plus contre-intuitif de tout l'article, et le plus utile. Donner 400 000 euros puis décéder quatorze ans plus tard coûte exactement le même montant de droits que n'avoir rien donné du tout : 112 776 euros. La donation n'a pas été inutile sur le plan civil, puisque les enfants ont disposé des fonds pendant quatorze ans. Mais sur le plan fiscal, elle n'a rien produit. Deux années d'écart séparent 112 776 euros de 32 776 euros.

Personne ne choisit la date de son décès. C'est précisément l'argument en faveur d'un démarrage précoce, et c'est aussi ce qui rend l'attente coûteuse d'une manière que l'on ne perçoit pas au moment où on la décide. Nous avons chiffré cette logique plus largement dans notre article sur le coût de l'inaction patrimoniale.

Combien de fenêtres de quinze ans reste-t-il selon l'âge

Âge à la première donationVagues possibles avant 87 ansCapacité totale transmise sans droitsReste taxable au décèsDroits totaux
50 ans50 et 65 ans1 000 000 €, patrimoine épuisé0 €0 €
55 ans55 et 70 ans1 000 000 €, patrimoine épuisé0 €0 €
65 ans65 et 80 ans927 460 €, don familial fermé à 80 ans72 540 €7 284 €
75 ans75 ans seulement527 460 €472 540 €87 284 €
80 ans80 ans seulement, don familial fermé400 000 €600 000 €112 776 €

Simulation sur le cas de référence, décès supposé à 87 ans, patrimoine figé à 1 000 000 euros, abattements de l'article 779 et don familial de l'article 790 G du code général des impôts. Le don familial suppose un donateur de moins de 80 ans au jour du don : il est réputé fermé à partir de 80 ans révolus.

La dernière ligne mérite d'être lue à côté de la première. Commencer à 80 ans laisse exactement le même montant de droits que n'avoir rien fait, parce que la donation, trop récente, ne s'est pas détachée du compteur, et parce que le don familial n'est plus accessible. Commencer à 50 ou 55 ans annule la totalité des droits sur le même patrimoine. Ce n'est pas le montant donné qui produit l'écart, c'est le nombre de fenêtres de quinze ans que l'on aura eu le temps d'ouvrir.

La donation en nue-propriété et le barème de l'article 669 du CGI

Le mécanisme, et pourquoi il change l'échelle du calcul

Donner la nue-propriété d'un bien en se réservant l'usufruit permet de transmettre la valeur sans transmettre ni les revenus ni l'usage. Le donateur continue de percevoir les loyers, ou d'occuper le bien, jusqu'à son décès. À ce moment, l'usufruit s'éteint et rejoint la nue-propriété sans aucun droit supplémentaire, en application de l'article 1133 du code général des impôts. Le démembrement, la nue-propriété et l'usufruit sont définis au glossaire, entrées démembrement et nue-propriété.

L'assiette taxable de la donation n'est pas la valeur du bien, mais celle de la nue-propriété, fixée forfaitairement par le barème de l'article 669 I du code général des impôts en fonction de l'âge du donateur au jour de la donation. Ce barème est d'ordre public : il ne se négocie pas et ne s'apprécie pas au cas par cas, contrairement aux clés de répartition retenues dans les souscriptions de parts de SCPI en nue-propriété. La différence entre les deux logiques est développée dans notre article sur la nue-propriété comparée à la pleine propriété.

Le barème par tranche d'âge, et ce qu'il permet de transmettre

Âge du donateur au jour de la donationValeur de l'usufruitValeur taxable de la nue-propriétéValeur en pleine propriété transmissible sous 100 000 € d'abattementPour un couple et deux enfants
Moins de 51 ans60 %40 %250 000 €1 000 000 €
De 51 à 60 ans50 %50 %200 000 €800 000 €
De 61 à 70 ans40 %60 %166 667 €666 667 €
De 71 à 80 ans30 %70 %142 857 €571 429 €
De 81 à 90 ans20 %80 %125 000 €500 000 €
91 ans et plus10 %90 %111 111 €444 444 €

Source : article 669 I du code général des impôts, barème en vigueur au 24 octobre 2026. Les deux dernières colonnes indiquent la valeur en pleine propriété des biens dont la nue-propriété peut être donnée en restant sous les abattements, à supposer qu'aucune donation n'ait été consentie dans les quinze années précédentes.

Le tableau se lit dans un seul sens : le barème récompense l'anticipation, et il le fait par paliers brutaux. Un couple de 60 ans transmet 800 000 euros de valeur sans un euro de droits. Le même couple, à 61 ans, n'en transmet plus que 666 667 euros. Le passage d'une tranche à l'autre se fait le jour de l'anniversaire et coûte dix points d'assiette. Sur un bien de 600 000 euros, franchir le cap des 71 ans avant d'avoir signé fait passer l'assiette de 360 000 à 420 000 euros, et fait apparaître 1 000 euros de droits là où il n'y en avait aucun.

Comparaison directe sur un bien de 600 000 euros

Mode de transmissionAssiette taxable totaleAssiette par couple parent-enfantDroits totauxCe que le donateur conserve
Donation en pleine propriété600 000 €150 000 €32 776 €Rien
Nue-propriété, donateurs de 55 ans300 000 €75 000 €0 €Revenus et usage à vie
Nue-propriété, donateurs de 65 ans360 000 €90 000 €0 €Revenus et usage à vie
Nue-propriété, donateurs de 75 ans420 000 €105 000 €1 000 €Revenus et usage à vie
Nue-propriété, donateurs de 85 ans480 000 €120 000 €8 776 €Revenus et usage à vie
Transmission au décès, sans anticipation600 000 €150 000 €32 776 €Tout, jusqu'au décès

Simulation sur un bien unique de 600 000 euros détenu par un couple marié, transmis à deux enfants, barème des articles 669 et 777 du code général des impôts au 24 octobre 2026, valeur figée et aucune donation antérieure.

La cinquième colonne est celle qui compte le plus, et c'est celle que les tableaux comparatifs oublient. La donation en nue-propriété ne coûte presque rien en droits parce que le donateur ne donne pas tout : il conserve les revenus et l'usage. Ce n'est donc pas une astuce, c'est la contrepartie exacte de ce qui est conservé. Le même raisonnement vaut pour les parts de société civile, dont le démembrement obéit aux mêmes règles de valorisation, sujet traité dans notre article sur le démembrement de parts sociales.

Ce que la nue-propriété ne fait pas disparaître

Deux limites doivent être posées. La première tient à l'impôt sur la fortune immobilière. L'article 968 du code général des impôts impose l'usufruitier sur la valeur en pleine propriété du bien démembré, et le nu-propriétaire n'est pas imposé du tout. Donner la nue-propriété ne réduit donc en rien l'assiette du donateur : elle reste identique tant qu'il conserve l'usufruit. Aucune décote ne s'applique. Les leviers réels sont détaillés dans notre article sur le calcul de l'IFI et son barème.

La seconde tient à la réalité de la donation. Une nue-propriété donnée sur le papier, mais dont le donateur continue de disposer comme s'il était resté plein propriétaire, vendant, arbitrant ou percevant le prix de cession sans reversement, expose à une remise en cause. La donation doit produire ses effets juridiques réels, faute de quoi elle n'en produit aucun sur le plan fiscal non plus.

Donation-partage, rapport civil et réserve héréditaire

La donation-partage fige la valeur, la donation simple ne la fige pas

C'est la différence la plus lourde de conséquences entre deux actes qui portent le même nom dans la conversation courante, et elle n'est pas fiscale mais civile. Une donation simple est rapportable à la succession en application de l'article 843 du code civil, et le rapport se fait à la valeur du bien au jour du partage successoral, d'après son état au jour de la donation, selon l'article 860. Autrement dit, la valeur retenue est celle du décès, pas celle de la donation.

La donation-partage de l'article 1075 du code civil répartit immédiatement des biens entre les héritiers présomptifs. Lorsque tous les enfants ont participé à l'acte et ont reçu un lot, et qu'il n'a pas été prévu de réévaluation, l'article 1078 du code civil fige les valeurs au jour de l'acte. Les biens ne sont plus réévalués au décès.

L'écart pratique est considérable. Imaginons deux enfants recevant chacun 200 000 euros en 2026, l'une un appartement, l'autre un portefeuille de titres. Vingt ans plus tard, l'appartement en vaut 400 000 et le portefeuille 260 000. En donation simple, le rapport se fait sur les valeurs de 2046 : l'enfant qui a reçu l'appartement est réputée avoir reçu 400 000 euros et devra compenser. En donation-partage remplissant les conditions de l'article 1078, chacune a reçu 200 000 euros, définitivement. Le premier scénario est une des premières causes de contentieux successoral entre frères et sœurs, et il naît d'un acte qui semblait équilibré le jour où il a été signé.

La réserve héréditaire, plafond civil de toute stratégie

Aucun calcul fiscal ne prime sur cette règle. Les enfants sont héritiers réservataires en application de l'article 913 du code civil. La quotité disponible, c'est-à-dire la part dont il est possible de disposer librement, s'élève à la moitié du patrimoine avec un enfant, au tiers avec deux enfants et au quart avec trois enfants ou plus. Une libéralité qui excède cette limite est réductible à la demande des héritiers lésés.

La réserve se calcule sur une masse reconstituée, qui additionne les biens existants au décès et les donations consenties, quelle que soit leur ancienneté. Le compteur de quinze ans est un compteur fiscal : il n'existe pas en droit civil. Une donation faite trente ans plus tôt reste prise en compte pour vérifier que la réserve a été respectée. Cette dissociation entre le temps fiscal et le temps civil est la source d'une bonne partie des malentendus sur le sujet.

Ce qui relève du notaire, et pas de nous

Solstice Patrimoine est un cabinet de gestion de patrimoine, ni notaire ni avocat. La rédaction d'un acte de donation, d'une donation-partage, d'un testament ou d'une clause d'attribution relève exclusivement de l'office notarial, et l'analyse d'un contentieux successoral relève de l'avocat. Une donation portant sur un immeuble ou sur une nue-propriété exige un acte authentique, sans alternative possible.

Notre rôle se situe en amont : chiffrer les scénarios, mesurer ce que le donateur peut se permettre de donner au regard de ses besoins futurs, articuler les enveloppes financières avec le calendrier des donations, et préparer le dossier qui sera présenté au notaire. Les deux interventions sont complémentaires et ne se remplacent pas.

L'assurance vie, un canal hors succession et ses deux régimes

Pourquoi elle sort du calcul précédent

Les capitaux versés au bénéficiaire d'un contrat d'assurance vie ne font pas partie de la succession civile de l'assurée, en application de l'article L. 132-12 du code des assurances. Ils ne sont ni rapportables ni réductibles, sauf primes manifestement exagérées au regard des facultés du souscripteur, appréciation prévue par l'article L. 132-13 du même code. C'est un canal parallèle, qui se cumule avec les donations plutôt qu'il ne s'y substitue. La définition du contrat figure au glossaire.

Deux régimes fiscaux coexistent, et ils ne dépendent ni de la date d'ouverture du contrat ni de la date du décès, mais de l'âge de l'assurée au moment de chaque versement. Un même contrat peut donc relever des deux régimes simultanément, chaque prime suivant le sien.

Les deux régimes, chiffrés

CritèrePrimes versées avant 70 ansPrimes versées après 70 ans
Base légaleArt. 990 I du CGIArt. 757 B du CGI
Abattement152 500 € par bénéficiaire30 500 € global, tous bénéficiaires et tous contrats confondus
Assiette taxéeCapital transmis, primes et produitsPrimes versées uniquement
Sort des produitsInclus dans l'assietteExonérés en totalité
Taux20 % jusqu'à 700 000 € de part taxable, 31,25 % au-delàBarème des droits de succession selon le lien de parenté
Exemple, 300 000 € pour un enfant unique bénéficiaire29 500 € de prélèvement32 094 € de droits si l'abattement de 100 000 € est disponible

Sources : articles 757 B et 990 I du code général des impôts et code des assurances, situation au 24 octobre 2026. Le second exemple suppose 300 000 euros de primes versées après 70 ans, un contrat valorisé 380 000 euros au décès, les 80 000 euros de produits étant exonérés.

Le régime de l'article 757 B est moins défavorable que sa réputation. Il ne taxe que les primes, jamais les produits, et il ouvre droit à l'abattement de 100 000 euros de l'article 779 s'il n'a pas déjà été consommé. Sur un contrat détenu longtemps et bien valorisé, la part exonérée peut être considérable. La règle qui se dégage est simple : le régime de l'article 990 I récompense l'antériorité des versements, celui de l'article 757 B récompense la durée de détention après le versement.

Rappel de prudence, car aucun de ces montants n'est acquis d'avance : la valeur d'un contrat en unités de compte n'est pas garantie, le capital peut varier à la hausse comme à la baisse, et aucun placement ne garantit un rendement. Les performances passées ne préjugent pas des performances futures. Notre page consacrée à l'assurance vie détaille le fonctionnement de l'enveloppe.

La clause bénéficiaire, seul point qui décide vraiment

Toute cette mécanique s'effondre si la clause bénéficiaire est mal rédigée. Une clause standard désignant le conjoint puis les enfants produit des effets très différents d'une clause démembrée ou d'une clause à options. Une clause qui vise nommément une personne devenue ex-conjointe reste valable, et une clause qui ne prévoit aucun bénéficiaire ramène les capitaux dans la succession, donc dans les droits. C'est la première source de contentieux du sujet, détaillée dans notre article sur les erreurs de clause bénéficiaire.

Le pacte Dutreil quand le patrimoine est une entreprise

Une exonération de 75 pour cent, sous engagement de conservation

Lorsque le patrimoine à transmettre est constitué de titres de société opérationnelle, l'arbitrage entre donation ou succession change complètement d'échelle. L'article 787 B du code général des impôts exonère de droits de mutation à titre gratuit 75 pour cent de la valeur des titres, sous condition d'engagements de conservation. Le régime s'applique en donation comme en succession, mais le cumul avec les autres leviers n'est possible qu'en donation.

L'article 8 de la loi n° 2026-103 du 19 février 2026, qui est la loi de finances pour 2026, a porté l'engagement individuel de conservation à six ans, soit huit ans au total avec l'engagement collectif de deux ans, et exclu de l'assiette exonérée les actifs non affectés à l'exploitation depuis trois ans. Le dispositif est réservé aux sociétés exerçant une activité industrielle, commerciale, artisanale, agricole ou libérale : une société civile de gestion patrimoniale en est exclue par nature. Le détail des conditions figure dans notre article sur le pacte Dutreil, conditions et calcul.

Le cumul avec la réduction de l'article 790

S'ajoute une réduction de droits de 50 pour cent prévue par l'article 790 du code général des impôts, lorsque la donation porte sur des titres éligibles au pacte, en pleine propriété, et que le donateur a moins de 70 ans au jour de l'acte. Cette réduction n'existe qu'en donation. Elle disparaît au décès, et elle disparaît aussi le jour des 70 ans du donateur.

Scénario sur une société valorisée 2 000 000 €, deux enfantsAssiette taxableBase après abattement de 100 000 € par enfantDroits avant réductionDroits finaux
Transmission au décès, sans pacte Dutreil2 000 000 €900 000 € par enfant212 962 € par enfant425 924 €
Transmission au décès, avec pacte Dutreil500 000 €150 000 € par enfant28 194 € par enfant56 388 €
Donation en pleine propriété avant 70 ans, avec pacte Dutreil500 000 €150 000 € par enfant28 194 € par enfant28 194 €

Simulation, articles 777, 787 B et 790 du code général des impôts au 24 octobre 2026, société détenue par un seul parent et transmise à deux enfants, engagements de conservation supposés respectés. L'écart entre la première et la troisième ligne atteint 397 730 euros.

Une réserve de taille : ces engagements durent huit ans au total et ils sont contraignants. Une cession anticipée, une transformation de l'activité ou un manquement à l'obligation déclarative annuelle entraînent la remise en cause de l'exonération, avec les droits et les intérêts de retard. Le pacte Dutreil n'est pas un allègement, c'est un échange entre un avantage fiscal et une immobilisation longue du capital familial.

Le risque symétrique : se démunir trop tôt

Une donation est irrévocable, et ce n'est pas une formule

L'article 894 du code civil définit la donation comme l'acte par lequel le donateur se dépouille actuellement et irrévocablement de la chose donnée. Les cas de révocation sont limitativement énumérés par les articles 953 et suivants : inexécution des conditions, ingratitude, survenance d'un enfant. Un revirement de circonstances, une dégradation de l'état de santé, un besoin de liquidités imprévu ne figurent pas dans cette liste.

Cela signifie qu'une donation décidée pour des raisons fiscales, puis regrettée pour des raisons de vie, ne se rattrape pas. La bonne séquence de questions n'est donc jamais celle de l'abattement disponible. Elle commence par le besoin : de quels revenus et de quel capital le donateur aura-t-il besoin jusqu'à la fin de sa vie, en intégrant une éventuelle perte d'autonomie, et que reste-t-il au-delà.

Les trois coûts que l'on oublie de chiffrer

Le premier est le coût d'un hébergement en établissement, qui se compte en milliers d'euros par mois et sur une durée que personne ne connaît à l'avance. Un patrimoine intégralement donné ne finance plus rien.

Le deuxième est l'obligation alimentaire de l'article 205 du code civil : les enfants doivent des aliments à leurs parents dans le besoin. Un parent qui s'est démuni ne se retrouve pas sans ressources, mais il se retrouve dépendant d'une obligation légale mise à la charge de ses propres enfants, ce qui est rarement l'effet recherché.

Le troisième est le recours en récupération de l'aide sociale à l'hébergement, prévu par l'article L. 132-8 du code de l'action sociale et des familles. Le département peut exercer un recours contre le donataire à concurrence de la valeur des biens donnés, pour les donations intervenues dans les dix ans qui précèdent la demande d'aide, et parfois postérieurement à celle-ci. La donation n'efface donc pas le patrimoine du point de vue de l'aide sociale.

Les parades, et leurs limites

PrécautionCe qu'elle protègeCe qu'elle coûteLimite principale
Réserve d'usufruitLes revenus et l'usage du bien, à vieUne assiette taxable plus élevée avec l'âgeNe libère aucun capital, l'IFI reste dû sur la pleine propriété
Donation échelonnée par vagues de quinze ansLa liquidité disponible entre deux vaguesRien, sinon des frais d'acte répétésSuppose de commencer tôt, sinon une seule vague est possible
Réserve de quasi-usufruit sur des sommes d'argentLa disponibilité immédiate des liquiditésUne créance de restitution à documenterExige une convention écrite et enregistrée, à défaut elle est inopposable
Clause de droit de retour conventionnelLe retour du bien si le donataire décède avant le donateurRienDoit être stipulée dans l'acte, elle ne se présume pas
Donation avec chargeUne obligation mise à la charge du donataireRien de fiscalLa révocation pour inexécution suppose une action en justice

Sources : articles 894, 949, 951, 953 et suivants et 1133 du code civil et du code général des impôts, et article L. 132-8 du code de l'action sociale et des familles, situation au 24 octobre 2026. Chacune de ces clauses relève de la rédaction notariale.

Les erreurs fréquentes dans l'arbitrage entre donation ou succession

Première erreur : croire que l'abattement de 100 000 euros est annuel. Il est valable par période de quinze ans, ce qui change intégralement le raisonnement de calendrier et explique à lui seul l'écart entre 112 776 euros et zéro sur notre cas de référence.

Deuxième erreur : ne pas déclarer un don manuel. La déclaration, par le service en ligne d'impots.gouv.fr ou par le formulaire n° 2735, doit intervenir dans le mois de la révélation du don en application de l'article 635 A du code général des impôts. C'est elle qui donne date certaine et fait courir le compteur de quinze ans. Un don non déclaré ressort presque toujours au règlement de la succession, quand plus aucune correction n'est possible.

Troisième erreur : donner des biens indivis sans structure d'organisation. Transmettre un immeuble en indivision à trois enfants revient souvent à créer un blocage durable, chaque acte de disposition exigeant l'unanimité. Une société civile immobilière permet de dissocier la propriété du pouvoir de gestion, sujet traité dans notre article sur la SCI familiale.

Quatrième erreur : traiter la donation comme un acte isolé. Elle modifie l'équilibre du patrimoine restant, la capacité d'emprunt, les revenus disponibles, parfois l'éligibilité à des dispositifs sous condition de ressources, et elle interagit avec le régime matrimonial.

Cinquième erreur : croire que l'assurance vie dispense de tout le reste. Elle occupe un canal parallèle, plafonné en pratique par la capacité d'épargne et exposé au risque de primes manifestement exagérées. Elle complète les donations, elle ne les remplace pas.

Sixième erreur : appliquer un raisonnement de taux marginal à une décision de taux effectif. Renoncer à une donation parce que la tranche à 20 pour cent semble élevée revient à ignorer que le taux réellement supporté sur le patrimoine global se situe entre 5 et 12 pour cent dans la plupart des configurations familiales.

Ce qu'il faut retenir du choix entre donation ou succession

Donation et succession relèvent du même barème et du même abattement. Ce qui les sépare tient en trois éléments. Le compteur de quinze ans de l'article 784 du code général des impôts, qui multiplie les abattements à mesure que l'on commence tôt. Les dispositifs sans équivalent successoral, don familial de 31 865 euros, décote de nue-propriété du barème de l'article 669, prise en charge des droits par le donateur, réduction de 50 pour cent de l'article 790 sur les titres éligibles au pacte Dutreil. Et la donation-partage, qui fige les valeurs et prévient le contentieux entre héritiers.

Sur notre cas de référence, un patrimoine de 1 000 000 euros transmis par un couple à deux enfants, l'écart va de 112 776 euros de droits sans anticipation à zéro avec deux vagues de donations engagées à partir de 55 ans. Mais la même stratégie engagée à 80 ans laisse la facture inchangée à 112 776 euros. Le montant donné ne fait presque rien, le calendrier fait tout.

La limite est civile et elle prime : une donation est irrévocable, la réserve héréditaire s'impose, et le besoin du donateur jusqu'à la fin de sa vie se chiffre avant l'abattement. La rédaction des actes relève du notaire, l'analyse d'un litige successoral relève de l'avocat. Solstice Patrimoine intervient en amont, en architecture ouverte et sans lien avec un groupe bancaire ou un assureur, pour chiffrer les scénarios et préparer le dossier. Pour situer votre configuration, notre diagnostic patrimonial en ligne et notre bilan patrimonial posent le cadre, et l'équipe peut être jointe par la page de contact. Les éléments qui précèdent sont informatifs, ils ne constituent ni un conseil personnalisé ni une recommandation d'investissement, et aucun placement ne garantit un rendement.

Questions fréquentes

Donation ou succession : lequel des deux coûte le moins cher en droits ?
La donation, à une condition de calendrier. Sur un patrimoine de 1 000 000 euros transmis par un couple à deux enfants, la succession sans anticipation supporte 112 776 euros de droits au barème de l'article 777 du code général des impôts. Une vague de donations de 527 460 euros consentie plus de quinze ans avant le décès ramène le total à 7 284 euros. Consentie moins de quinze ans avant, elle ne change rien du tout, car l'abattement de l'article 779 ne s'est pas rechargé.
Combien peut-on donner sans payer de droits en 2026 ?
Chaque parent dispose d'un abattement de 100 000 euros par enfant tous les quinze ans, prévu par l'article 779 du code général des impôts et inchangé par la loi de finances pour 2026. S'y ajoute le don familial de sommes d'argent de 31 865 euros de l'article 790 G, réservé aux donateurs de moins de 80 ans au profit d'un descendant majeur. Un couple avec deux enfants transmet ainsi 527 460 euros sans droits par période de quinze ans.
Comment se calcule la valeur d'une donation en nue-propriété ?
Par le barème de l'article 669 I du code général des impôts, qui dépend de l'âge du donateur au jour de la donation. La nue-propriété vaut 40 pour cent de la pleine propriété avant 51 ans, 50 pour cent de 51 à 60 ans, 60 pour cent de 61 à 70 ans, 70 pour cent de 71 à 80 ans, 80 pour cent de 81 à 90 ans. Chaque tranche d'âge franchie coûte dix points d'assiette taxable supplémentaires.
Quelle différence entre une donation simple et une donation-partage ?
La donation simple est réévaluée au jour du décès pour le calcul du rapport civil de l'article 843 du code civil : un bien qui a doublé est rapporté à sa valeur nouvelle. La donation-partage de l'article 1075 du code civil fige la valeur au jour de l'acte lorsque tous les héritiers réservataires y ont participé et ont reçu un lot, dans les conditions de l'article 1078. C'est la principale source d'égalité entre enfants.
L'assurance vie échappe-t-elle aux droits de succession ?
Elle relève d'un régime distinct, pas d'une exonération générale. Les capitaux issus de primes versées avant les 70 ans de l'assurée relèvent de l'article 990 I du code général des impôts : abattement de 152 500 euros par bénéficiaire, puis prélèvement de 20 pour cent jusqu'à 700 000 euros de part taxable et 31,25 pour cent au-delà. Les primes versées après 70 ans relèvent de l'article 757 B, avec un abattement global de 30 500 euros, les produits restant hors taxation.
Peut-on donner à ses enfants et continuer à percevoir les loyers ?
Oui, en donnant la nue-propriété et en se réservant l'usufruit. Le donateur conserve les revenus et l'usage du bien, le donataire reçoit la valeur. Au décès, l'usufruit s'éteint et rejoint la nue-propriété sans droits supplémentaires, en application de l'article 1133 du code général des impôts. En contrepartie, l'usufruitier reste imposé à l'impôt sur la fortune immobilière sur la valeur en pleine propriété, selon l'article 968 du même code.
Quel est le risque principal d'une donation faite trop tôt ?
L'irrévocabilité. L'article 894 du code civil définit la donation comme un dessaisissement actuel et irrévocable : les cas de révocation sont limités à l'inexécution des charges, l'ingratitude et la survenance d'un enfant. Un donateur dont la situation se dégrade, notamment en cas d'entrée en établissement, ne récupère pas ce qu'il a donné. Le besoin du donateur jusqu'à la fin de sa vie se chiffre avant l'abattement.

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