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SCI

SCI à l'IS pour loger sa trésorerie immobilière

Emeline Siron·

Une trésorerie de 400 000 euros sortie en dividendes laisse 274 400 euros après le prélèvement forfaitaire unique de 31,4 %. La même somme remontée vers une holding sous le régime mère-fille laisse 395 000 euros, soit 44 % de capacité d'investissement en plus. Le montage de la SCI à l'IS, l'amortissement, le coût réel de la sortie des dividendes, la plus-value professionnelle à la revente et les trois angles morts que sont la prépondérance immobilière, le pacte Dutreil et l'article 235 ter C, avec deux cas chiffrés déroulés sur quinze ans.

SCI à l'IS et trésorerie d'entreprise : la réponse directe

Loger sa trésorerie d'entreprise dans une SCI à l'IS ne fait pas gagner de l'impôt sur les loyers, cela fait gagner du capital à l'entrée. Une trésorerie de 400 000 euros distribuée directement au dirigeant supporte le prélèvement forfaitaire unique de 31,4 % applicable depuis le 1er janvier 2026 en application de l'article 12 de la loi de financement de la sécurité sociale pour 2026, loi n° 2025-1403, et il reste 274 400 euros à investir. La même trésorerie remontée vers une holding sous le régime mère-fille des articles 145 et 216 du Code général des impôts ne supporte qu'une quote-part de frais et charges de 5 %, imposée à 25 %, soit 5 000 euros : il reste 395 000 euros. L'écart est de 120 600 euros, soit 44 % de capacité d'investissement supplémentaire, avant même d'avoir signé chez le notaire.

Le deuxième effet, l'amortissement, est réel mais moins spectaculaire qu'on ne le dit. Dans la simulation complète déroulée plus bas, un immeuble de rapport de 600 000 euros détenu par une SCI soumise à l'impôt sur les sociétés acquitte 16 289 euros d'impôt en quinze ans pour 585 000 euros de loyers encaissés, soit 2,8 % des loyers. Mais le jour de la revente, la reprise des amortissements fait ressortir 92 628 euros d'impôt sur une plus-value professionnelle de 387 510 euros. L'avantage de la phase de détention est en grande partie un décalage, pas une exonération.

Le troisième effet décide de tout : l'argent doit-il ressortir du groupe ? Sur quinze ans, le montage laisse 777 348 euros dans la holding, contre 492 952 euros de position nette pour une acquisition en nom propre financée par une distribution préalable. Ramené sur le compte personnel de la dirigeante, l'écart tombe à 40 309 euros. Ce n'est plus le même sujet, et c'est exactement le point que cet article va détailler.

Précision de méthode. Cet article explique un mécanisme et donne des ordres de grandeur sur des hypothèses explicites. Il ne comporte aucune recommandation personnalisée, et ce n'est pas une réserve de style : l'arbitrage dépend de votre régime matrimonial, de l'âge auquel vous comptez transmettre, de la présence ou non d'une opération de cession à horizon visible, du niveau de votre rémunération et de la nature de l'immeuble. Aucun article ne peut trancher cela, un rendez-vous le peut. Les montants présentés sont des simulations, pas des résultats attendus, et aucun placement immobilier ne garantit un rendement.

Le point de départ : une trésorerie qui dort dans une société d'exploitation

La situation est banale et elle revient chaque semaine. Une société d'exploitation dégage des bénéfices, les met en réserve, et se retrouve avec 300 000, 500 000 ou 1 million d'euros sur un compte courant bancaire. Le dirigeant ne veut pas se distribuer la somme, parce qu'il perdrait immédiatement près d'un tiers de sa valeur. Il ne veut pas non plus la laisser se faire éroder par l'inflation. Il pense donc immobilier, parce que c'est l'actif qu'il comprend.

Ce que la trésorerie excédentaire peut et ne peut pas faire

Une trésorerie d'entreprise se segmente avant de se placer. La trésorerie d'exploitation finance le cycle d'activité et doit rester liquide. La trésorerie de précaution couvre l'aléa. Seule la trésorerie excédentaire, celle dont l'entreprise n'a pas besoin à un horizon de cinq ans ou plus, peut aller vers un actif immobilisé. Nous avons détaillé cette segmentation et les solutions liquides dans notre article sur le placement de trésorerie d'entreprise en 2026 et sur la page du silo dirigeants consacrée à la trésorerie d'entreprise. L'immobilier détenu en société est le prolongement long de cette segmentation, pas une alternative aux poches courtes.

Ce point n'est pas théorique. Un immeuble de rapport n'est pas liquide : sa cession prend plusieurs mois, elle coûte des frais d'agence, et elle déclenche un impôt de sortie que nous chiffrerons. Si la société peut avoir besoin de cet argent dans trois ans, l'immobilier n'est pas le bon véhicule, et un contrat de capitalisation pour personne morale ou un compte à terme répond mieux au besoin. Le capital n'est pas garanti sur un investissement immobilier et la liquidité y est structurellement limitée.

Pourquoi l'achat direct par la société d'exploitation est rarement retenu

Rien n'interdit à une société d'exploitation d'acheter un immeuble de placement, si son objet social le permet. Trois raisons font que ce n'est presque jamais le montage retenu.

La première est le risque. L'immeuble figure à l'actif de la société qui exerce l'activité. En cas de difficulté, il entre dans le gage des créanciers de l'exploitation. Vingt ans de constitution patrimoniale peuvent disparaître avec un contentieux commercial ou une procédure collective.

La deuxième est bancaire. Un bilan d'exploitation alourdi par un actif immobilisé de plusieurs centaines de milliers d'euros et par la dette qui va avec dégrade les ratios que regardent les banques quand vous demandez une ligne de financement pour l'activité. On confond deux crédits qui n'ont ni la même durée ni le même risque.

La troisième est fiscale et elle est récente. L'article 8 de la loi n° 2026-103 du 19 février 2026, qui est la loi de finances pour 2026, a exclu de l'assiette du pacte Dutreil les actifs non affectés à l'exploitation depuis trois ans. Un immeuble locatif logé dans la société opérationnelle réduit donc mécaniquement la fraction de valeur qui bénéficiera de l'exonération de 75 % le jour de la transmission. Sortir l'immobilier de placement de l'exploitation n'est pas seulement une précaution juridique, c'est aussi une protection de l'assiette Dutreil.

La SCI à l'IS, définition et point de vocabulaire

Une société civile immobilière est une société de personnes dont l'objet est la détention et la gestion d'un patrimoine immobilier. Par défaut, elle relève de l'article 8 du Code général des impôts : elle n'est pas imposée elle-même, son résultat est réparti entre les associés et taxé entre leurs mains dans la catégorie des revenus fonciers. On parle de translucidité.

Quand un associé est une société soumise à l'impôt sur les sociétés, la quote-part de résultat qui lui revient est déterminée selon les règles de l'impôt sur les sociétés, y compris l'amortissement, en application de l'article 238 bis K du Code général des impôts. Autrement dit, une SCI à l'IR détenue par une holding produit déjà, pour cette holding, un résultat calculé avec amortissement. L'option formelle pour l'impôt sur les sociétés, prévue à l'article 239, simplifie la mécanique et la rend homogène pour tous les associés, mais elle n'est pas toujours indispensable. C'est une subtilité que beaucoup de montages ignorent, et elle mérite d'être posée avec votre conseil avant d'opter, car l'option est en principe irrévocable passé le cinquième exercice.

Pour le reste de cet article, nous raisonnons sur une SCI ayant opté pour l'impôt sur les sociétés, qui est le cas le plus fréquent. La comparaison brute entre les deux régimes pour une investisseuse particulière est déroulée dans notre article SCI à l'IS ou à l'IR, le calcul sur 15 ans. Le présent article part d'ailleurs : la question n'est pas quel régime choisir dans l'absolu, mais comment faire travailler une trésorerie qui est déjà dans une société.

SCI à l'IS détenue par la holding ou en direct : où loger la trésorerie

Trois architectures sont possibles, et elles n'ont ni le même coût d'entrée, ni le même coût de sortie, ni les mêmes conséquences en transmission.

Variante A : la SCI détenue directement par le dirigeant

Le dirigeant crée la SCI en son nom propre, avec son conjoint ou ses enfants. Le financement vient alors soit de son épargne personnelle, soit d'un apport en compte courant qu'il alimente avec des dividendes déjà fiscalisés à 31,4 %. C'est la structure la plus simple, la moins coûteuse à tenir, et celle qui prépare le mieux une transmission par démembrement des parts. C'est aussi celle qui coûte le plus cher à alimenter, puisque chaque euro qui entre dans la SCI est un euro déjà amputé du prélèvement forfaitaire unique.

Variante B : la SCI filiale de la holding

La holding remonte le dividende de l'exploitation sous le régime mère-fille, puis souscrit au capital de la SCI et lui consent une avance en compte courant. C'est l'architecture qui préserve le capital, puisque le frottement de remontée n'est que de 1,25 %. C'est aussi celle qui verrouille l'argent : ce qui est entré dans le groupe n'en sort qu'en payant le prélèvement forfaitaire unique, un jour ou l'autre. Le fonctionnement général de cette structure est détaillé dans notre article sur la holding patrimoniale et les cas où elle vaut le coup et sur la page holding patrimoniale.

Variante C : la SCI détenue conjointement par la holding et les personnes physiques

La holding prend une part minoritaire mais suffisante pour financer, par exemple 50 %, et les enfants ou le conjoint prennent le solde. Cette variante cherche à combiner la puissance de financement de la variante B et la souplesse de transmission de la variante A. Elle a un coût : la SCI mixte impose une vigilance permanente sur les conventions réglementées, sur la valorisation des parts et sur l'équilibre entre associés, faute de quoi l'administration peut y voir une libéralité indirecte.

CritèreA. SCI détenue en directB. SCI filiale de la holdingC. Détention mixte
Coût pour amener 400 000 € dans la SCI125 600 € de PFU, soit 274 400 € disponibles5 000 € d'IS sur quote-part, soit 395 000 € disponiblesAu prorata de la détention
Protection contre le risque d'exploitationTotaleTotaleTotale
Sortie des loyers vers le patrimoine privéDividende SCI vers personne physique, PFU 31,4 %Double étage : mère-fille à 1,25 %, puis PFU 31,4 %Deux circuits parallèles
Transmission des parts par donation démembréeDirecte et simpleIndirecte : il faut démembrer les titres de la holdingPossible sur la fraction détenue en direct
Coût de structure annuel estimé1 500 à 2 500 € de comptabilité3 500 à 6 000 € pour les deux structures3 500 à 6 000 €
Taux réduit d'IS à 15 % jusqu'à 42 500 €OuiOui si la holding est détenue à 75 % par des personnes physiquesMême condition
Point de vigilance principalCapacité de financement limitéeArgent verrouillé dans le groupeConventions entre associés et valorisation

Sources des paramètres cités : articles 145, 216 et 219 du Code général des impôts, article 12 de la loi n° 2025-1403 de financement de la sécurité sociale pour 2026 pour le taux de prélèvements sociaux de 18,6 % applicable aux produits de placement depuis le 1er janvier 2026. Les fourchettes de coût de structure sont des ordres de grandeur constatés sur le marché en 2026, elles varient fortement selon le cabinet et le nombre d'opérations.

Le piège du taux réduit de 15 %

L'article 219 I b du Code général des impôts réserve le taux réduit de 15 %, applicable jusqu'à 42 500 euros de bénéfice, aux sociétés dont le chiffre d'affaires est inférieur à 10 millions d'euros et dont le capital, entièrement libéré, est détenu de manière continue pour 75 % au moins par des personnes physiques ou par une société remplissant elle-même cette condition. La chaîne se remonte. Si votre holding est détenue à 60 % par vous et à 40 % par un fonds ou par une société elle-même détenue par des personnes morales, la SCI filiale perd le taux réduit et paie 25 % dès le premier euro. Précision utile : le relèvement de ce seuil à 100 000 euros, discuté lors des débats budgétaires, n'a pas survécu au texte promulgué. Le seuil applicable en 2026 reste 42 500 euros.

L'amortissement, le moteur du montage et sa limite

L'amortissement est la seule différence structurelle entre la fiscalité des revenus fonciers et celle de l'impôt sur les sociétés. Il consiste à déduire chaque année une fraction du prix de revient de l'immeuble, pour constater sa dépréciation comptable. Aucun euro ne sort de la trésorerie, mais le résultat imposable baisse d'autant.

Le terrain ne s'amortit pas, et cela change la base de calcul

Le terrain n'est pas un actif dépréciable, il n'est donc jamais amortissable. Sa quote-part se détermine par comparaison avec des transactions de terrains nus dans le même secteur, ou à défaut par une ventilation forfaitaire. Les administrations retiennent couramment 15 % en secteur rural et jusqu'à 30 % en centre-ville dense. Retenir 10 % à Paris pour maximiser la base amortissable est l'un des redressements les plus fréquents sur ce type de dossier. Dans notre simulation, nous retenons 20 %.

La ventilation par composants n'est pas une option

Depuis le règlement CRC 2002-10 repris par le plan comptable général, un immeuble se décompose en composants amortis sur des durées différentes. Le gros œuvre s'amortit sur 40 à 60 ans, les façades et l'étanchéité sur 20 à 30 ans, les installations techniques sur 15 à 25 ans, les agencements sur 10 à 15 ans. Amortir l'immeuble en bloc sur 25 ans est une simplification que l'administration n'admet pas et qui fausse tout le calcul.

Voici la ventilation retenue dans la simulation, sur un immeuble acheté 600 000 euros avec 45 000 euros de frais d'acquisition incorporés au prix de revient, soit 645 000 euros au total, dont 129 000 euros de terrain non amortissable et 516 000 euros de bâti.

ComposantQuote-part du bâtiBase amortissableDurée retenueDotation annuelle
Gros œuvre et structure50 %258 000 €50 ans5 160 €
Façades et étanchéité10 %51 600 €25 ans2 064 €
Installations générales et techniques25 %129 000 €20 ans6 450 €
Agencements et second œuvre15 %77 400 €15 ans5 160 €
TerrainNon amortissable129 000 €Sans objet0 €
Total les quinze premières années100 % du bâti516 000 €Moyenne pondérée 27,4 ans18 834 €

L'effet sur le résultat, année par année

L'immeuble produit 39 000 euros de loyers annuels, soit un rendement brut de 6,5 %. Les charges non récupérables, la taxe foncière, l'assurance, la gestion locative et la comptabilité représentent 8 000 euros par an. L'emprunt de 250 000 euros sur quinze ans au taux de 3,60 % coûte 21 593 euros d'annuité, dont 8 790 euros d'intérêts la première année.

Le résultat fiscal de la première année s'établit donc à 39 000 moins 8 000 moins 8 790 moins 18 834, soit 3 376 euros. L'impôt sur les sociétés au taux réduit de 15 % s'élève à 506 euros. La trésorerie dégagée, elle, est de 39 000 moins 8 000 moins 21 593 d'annuité moins 506 d'impôt, soit 8 901 euros. La SCI encaisse près de 9 000 euros et paie 506 euros d'impôt. C'est exactement ce que les revenus fonciers ne savent pas faire.

Sur les quinze années, les intérêts diminuent et le résultat imposable monte, de 3 376 euros la première année à 11 749 euros la quinzième. Le cumul du résultat fiscal atteint 108 595 euros, taxé intégralement au taux réduit de 15 % puisqu'il reste chaque année sous 42 500 euros, soit 16 289 euros d'impôt sur les sociétés pour 585 000 euros de loyers encaissés. Le taux d'imposition effectif des loyers ressort à 2,8 %.

Le déficit reportable et l'effet ciseau

Quand l'amortissement dépasse le résultat, la SCI dégage un déficit reportable en avant sans limitation de durée, dans la limite d'un million d'euros par exercice majoré de 50 % de la fraction excédentaire, en application de l'article 209 I du Code général des impôts. Ce déficit est une réserve fiscale invisible qui absorbera les résultats futurs, y compris une partie de la plus-value de cession si les deux se produisent le même exercice.

L'effet inverse arrive aussi, et il surprend. Passé quinze ans, les agencements sont totalement amortis : la dotation annuelle tombe de 18 834 à 13 674 euros. Au même moment, la part de capital dans l'annuité d'emprunt atteint son maximum, or le capital remboursé n'est pas une charge déductible. Le résultat imposable grimpe pendant que la trésorerie disponible ne bouge pas. C'est l'effet ciseau classique de la détention à l'impôt sur les sociétés, et c'est souvent le moment où la question du refinancement se pose.

Faire circuler la trésorerie entre la société, la SCI à l'IS et vous

Un montage se juge autant sur ses tuyaux d'entrée que sur ses tuyaux de sortie. Voici les canaux, et ce que chacun coûte.

Le compte courant d'associé, le canal sans friction

Une avance en compte courant est une créance, pas un apport en capital. Son remboursement n'est pas un revenu et ne supporte aucun impôt. C'est le canal privilégié pour financer une SCI, précisément parce qu'il permet de récupérer la mise sans frottement. Les intérêts que la SCI verse en rémunération de l'avance sont déductibles de son résultat, dans la limite du taux plafond de l'article 39, 1, 3° du Code général des impôts. Attention, ce taux n'est pas une valeur fixe : c'est une série glissante par date de clôture publiée au BOFiP, mise à jour le 13 mai 2026, qui s'établit par exemple à 4,55 % pour les exercices clos du 31 décembre 2025 au 30 janvier 2026 et à 4,33 % pour ceux clos du 31 juillet au 30 août 2026. Le mécanisme complet est développé dans notre article sur le fonctionnement du compte courant d'associé.

Un point souvent oublié : quand le prêteur est une personne physique, les intérêts perçus sont des revenus de capitaux mobiliers soumis au prélèvement forfaitaire unique de 31,4 % depuis 2026. Quand le prêteur est la holding, ils constituent un produit financier imposé à l'impôt sur les sociétés au taux applicable. Facturer des intérêts n'est donc pas neutre, cela déplace la base imposable, cela ne la supprime pas.

Le dividende de la SCI vers la holding

Une SCI ayant opté pour l'impôt sur les sociétés est une société passible de l'impôt sur les sociétés au sens de l'article 145 du Code général des impôts. Ses distributions peuvent donc bénéficier du régime mère-fille si la holding détient au moins 5 % du capital et prend l'engagement de conserver les titres pendant deux ans. Le dividende est alors exonéré à 95 %, la quote-part de frais et charges de 5 % restant imposée. Au taux normal de 25 %, le frottement s'établit à 1,25 %.

Si la holding et la SCI forment un groupe fiscalement intégré, ce qui suppose une détention à 95 % au moins, la quote-part tombe à 1 % en application de l'article 216 I du Code général des impôts, soit un frottement de 0,25 %. L'intégration fiscale a un coût de gestion réel et n'a d'intérêt que si une autre société du groupe génère des déficits à absorber.

La sortie vers le patrimoine privé, le vrai péage

C'est là que le montage paie sa note. Un dividende versé par la holding à une personne physique supporte le prélèvement forfaitaire unique de 31,4 %, ou sur option globale du foyer le barème progressif après abattement de 40 %. Le calcul de l'option est développé dans notre article sur la flat tax ou le barème progressif et l'arbitrage entre rémunération et distribution dans celui sur dividendes ou salaire pour un dirigeant.

Canal de circulationBase légaleTaux de frottementSur 100 000 €
Remboursement de compte courant d'associéCréance, pas un revenu0 %100 000 €
Remboursement d'apport par réduction de capitalArt. 112 1° CGI, à hauteur de l'apport0 %100 000 €
Dividende SCI vers holding, groupe intégréArt. 216 I CGI, quote-part 1 %0,25 %99 750 €
Dividende SCI vers holding, régime mère-filleArt. 145 et 216 CGI, quote-part 5 %1,25 %98 750 €
Dividende SCI vers holding, hors mère-filleDétention inférieure à 5 %25 %75 000 €
Dividende vers personne physique, PFU12,8 % + 18,6 % de prélèvements sociaux31,4 %68 600 €
Dividende vers personne physique, barème à 30 %Abattement 40 %, CSG déductible 6,8 points34,6 %65 400 €
Dividende vers personne physique, barème à 45 %Abattement 40 %, CSG déductible 6,8 points42,5 %57 500 €

Deux précisions sur ce tableau. Le taux de prélèvements sociaux de 18,6 % résulte de l'article 12 de la loi n° 2025-1403 de financement de la sécurité sociale pour 2026 et s'applique aux produits de placement encaissés depuis le 1er janvier 2026. La fraction de contribution sociale généralisée déductible du revenu imposable reste fixée à 6,8 points par l'article 154 quinquies du Code général des impôts, malgré la hausse du taux de contribution sociale généralisée à 10,6 % : le supplément n'est pas déductible, ce qui explique pourquoi l'option pour le barème progressif ne devient avantageuse qu'à des tranches marginales basses. Les lignes du barème intègrent cet effet.

Cas chiffré numéro 1 : la SCI à l'IS filiale d'une holding

Hypothèses posées et tenues jusqu'au bout. Une société d'exploitation dispose de 400 000 euros de trésorerie excédentaire. Elle est détenue à 100 % par une holding, elle-même détenue à 100 % par la dirigeante, personne physique. La holding remonte le dividende sous le régime mère-fille, puis finance une SCI soumise à l'impôt sur les sociétés à hauteur de 100 000 euros de capital et 295 000 euros de compte courant. La SCI emprunte 250 000 euros sur quinze ans à 3,60 % et achète un immeuble de rapport de 600 000 euros, avec 45 000 euros de frais d'acquisition. Les loyers, de 39 000 euros par an, et les charges, de 8 000 euros, sont supposés constants pour la lisibilité du calcul. Le bien est revendu 750 000 euros au bout de quinze ans, ce qui correspond à une revalorisation de 1,5 % par an.

ÉtapeMécanismeMontant
Trésorerie de départ dans l'exploitationRéserves distribuables400 000 €
Remontée vers la holdingMère-fille, quote-part 5 % imposée à 25 %− 5 000 € d'IS
Fonds disponibles dans la holdingCapital 100 000 € et compte courant 295 000 €395 000 €
Emprunt souscrit par la SCI15 ans à 3,60 %, annuité 21 593 €250 000 €
Prix de revient de l'immeuble600 000 € plus 45 000 € de frais645 000 €
Loyers encaissés sur 15 ans39 000 € par an585 000 €
Charges et frais de structure8 000 € par an− 120 000 €
Annuités d'empruntDont 73 895 € d'intérêts− 323 895 €
Impôt sur les sociétés de la phase de détention15 % sur 108 595 € de résultat cumulé− 16 289 €
Trésorerie accumulée dans la SCISans aucun effort d'épargne+ 124 816 €
Prix de revente année 15Revalorisation de 1,5 % par an750 000 €
Valeur nette comptable645 000 € moins 282 510 € d'amortissements362 490 €
Impôt sur la plus-value professionnelle15 % jusqu'à 42 500 €, puis 25 %− 92 628 €
Trésorerie totale de la SCI après vente124 816 € plus 657 372 €782 188 €
Remboursement du compte courant à la holdingFranchise totale295 000 €
Réduction de capitalRemboursement d'apport, art. 112 1° CGI100 000 €
Dividende de la SCI vers la holding387 188 €, quote-part 5 % à 25 %− 4 840 € d'IS
Position nette dans la holding à 15 ansArgent disponible pour réinvestir777 348 €
Si la dirigeante veut cet argent personnellementDividende de la holding, PFU 31,4 %533 261 €

Deux lectures de ce tableau. Si l'objectif est de constituer un patrimoine immobilier qui se réinvestit à l'intérieur du groupe, 400 000 euros de trésorerie se transforment en 777 348 euros de capacité en quinze ans, sans aucun effort d'épargne personnelle. Si l'objectif est de disposer de l'argent à titre privé, le résultat tombe à 533 261 euros. Le péage de sortie, 244 087 euros, représente 31,4 % du capital accumulé, et il n'est ni évitable ni réductible par un montage.

Cas chiffré numéro 2 : l'achat en nom propre après distribution

Même point de départ, même emprunt, même dirigeante. Elle se distribue les 400 000 euros de trésorerie, supporte le prélèvement forfaitaire unique de 31,4 % et se retrouve avec 274 400 euros. Avec le même emprunt de 250 000 euros sur quinze ans, son budget total est de 524 400 euros : elle achète donc un immeuble de 488 000 euros, avec 36 600 euros de frais d'acquisition. Le loyer, au même rendement brut de 6,5 %, s'établit à 31 700 euros par an, et les charges à 6 500 euros. Sa tranche marginale d'imposition est de 41 %.

Le résultat foncier n'admet aucun amortissement : loyers moins charges moins intérêts d'emprunt. Sur quinze ans, il atteint 304 105 euros. Le taux d'imposition effectif est de 41 % d'impôt sur le revenu plus 17,2 % de prélèvements sociaux, taux inchangé pour les revenus fonciers puisque la hausse à 18,6 % ne vise que le capital mobilier, diminué de l'effet de la contribution sociale généralisée déductible à hauteur de 6,8 points, soit 55,4 % en net.

ÉtapeCas 1, SCI à l'IS filiale de holdingCas 2, nom propre après distribution
Trésorerie de départ400 000 €400 000 €
Impôt à l'entrée5 000 €125 600 €
Apport disponible395 000 €274 400 €
Emprunt250 000 €250 000 €
Immeuble acquis600 000 €488 000 €
Loyers encaissés sur 15 ans585 000 €475 500 €
Base imposable cumulée108 595 € de résultat fiscal304 105 € de revenu foncier
Impôt de la phase de détention16 289 €, soit 2,8 % des loyers168 474 €, soit 35,4 % des loyers
Trésorerie cumulée avant revente+ 124 816 €− 114 369 €, soit 635 € par mois d'effort
Prix de revente année 15750 000 €610 000 €
Impôt de plus-value92 628 € sur la plus-value professionnelle2 679 € après abattements pour durée
Position nette, argent laissé dans la structure777 348 € dans la holdingSans objet
Position nette sur le compte personnel533 261 €492 952 €

Ce que ces deux tableaux disent vraiment

Le montage l'emporte de 40 309 euros sur le compte personnel, et il l'emporte surtout parce qu'il n'exige aucun effort d'épargne. Le cas numéro 2 suppose que la dirigeante injecte 114 369 euros de sa poche sur quinze ans pour combler le déficit de trésorerie, soit 635 euros par mois, prélevés sur une rémunération elle-même chargée et imposée. À charges sociales et impôt sur le revenu inclus, ces 114 369 euros nets représentent souvent le double en coût employeur. C'est le vrai écart, et il ne figure dans aucun comparatif classique.

Le résultat est en revanche sensible à la tranche marginale. À 30 % au lieu de 41 %, le taux effectif des revenus fonciers tombe à 45,2 %, l'impôt cumulé du cas numéro 2 à 137 334 euros et la position nette à 524 092 euros : l'écart avec le montage se réduit à 9 169 euros. À 11 %, la détention en nom propre repasse devant. La SCI à l'IS pour loger sa trésorerie n'est pas un montage universel, c'est un montage pour dirigeante fortement imposée qui n'a pas besoin de l'argent tout de suite.

Ces simulations reposent sur des hypothèses de loyers constants, de taux d'emprunt fixe et de revalorisation de 1,5 % par an. Un immeuble peut se déprécier, un locataire peut partir, un diagnostic de performance énergétique peut imposer des travaux. Les performances passées du marché immobilier ne préjugent pas des performances futures et le capital investi n'est pas garanti. Pour tester vos propres hypothèses de rendement, notre simulateur de rendement locatif permet de faire varier les paramètres.

La revente : la plus-value professionnelle et la reprise des amortissements

C'est le point où beaucoup de projets se cassent, parce qu'il n'est pas anticipé au moment de l'achat.

Le mécanisme, en une phrase

Dans une société à l'impôt sur les sociétés, la plus-value de cession se calcule sur la valeur nette comptable, c'est-à-dire le prix de revient diminué des amortissements pratiqués. Chaque euro d'amortissement déduit pendant la détention regonfle d'un euro la base imposable à la sortie. Il n'y a aucun abattement pour durée de détention, contrairement au régime des plus-values immobilières des particuliers de l'article 150 U du Code général des impôts, qui exonère totalement d'impôt sur le revenu au bout de vingt-deux ans et de prélèvements sociaux au bout de trente ans.

L'effet du temps, chiffré

Contrairement à une idée reçue, attendre n'améliore pas la situation en société : cela l'aggrave, puisque les amortissements continuent de s'accumuler pendant que le prix monte.

Durée de détentionAmortissements cumulésValeur nette comptablePrix de reventePlus-value taxableImpôt sur les sociétés
10 ans188 340 €456 660 €696 000 €239 340 €55 585 €
15 ans282 510 €362 490 €750 000 €387 510 €92 628 €
20 ans350 880 €294 120 €808 000 €513 880 €124 220 €

Base de calcul : prix de revient de 645 000 euros, revalorisation de 1,5 % par an, taux réduit de 15 % jusqu'à 42 500 euros puis taux normal de 25 %, en application de l'article 219 du Code général des impôts. En face, la même opération détenue en nom propre pendant vingt-deux ans serait exonérée d'impôt sur le revenu au titre de la plus-value, et pendant trente ans exonérée de prélèvements sociaux. Le sujet n'est donc pas de savoir lequel des deux régimes est meilleur, mais si vous comptez vendre. Une stratégie de détention longue avec transmission aux enfants ne rencontre jamais cet impôt de la même manière, puisque le décès purge la plus-value latente sur les parts détenues par une personne physique, ce qui n'est pas le cas des immeubles inscrits à l'actif d'une société.

Vendre l'immeuble ou vendre les parts

L'idée paraît séduisante : plutôt que de vendre l'immeuble et de subir la plus-value professionnelle, vendre les parts de la SCI. Elle fonctionne mal, pour deux raisons.

Première raison, côté vendeur. Quand le vendeur est une société, l'article 219 I a sexies-0 bis du Code général des impôts exclut les titres de sociétés à prépondérance immobilière non cotées du régime des plus-values à long terme. La plus-value est donc imposée au taux normal de l'impôt sur les sociétés, sans l'exonération de 88 % dont bénéficient les titres de participation ordinaires. Le gain espéré n'existe pas.

Deuxième raison, côté acquéreur. L'article 726 I 2° du Code général des impôts soumet la cession de parts de sociétés à prépondérance immobilière à un droit d'enregistrement de 5 %, contre 0,1 % pour des actions ordinaires. Un acquéreur qui paie 5 % de droits sur une valeur de parts la négociera d'autant. Précision utile, car l'erreur est fréquente : ce taux de 5 % s'applique quelle que soit la forme sociale, société civile immobilière comme société par actions simplifiée. Passer en société par actions simplifiée ne fait pas disparaître le droit de 5 % dès lors que la prépondérance immobilière est caractérisée.

Troisième point, moins connu : l'acquéreur reprend l'historique comptable, donc la valeur nette comptable amputée des amortissements. Il achète une plus-value latente qu'il paiera lui-même un jour. Il en tient compte dans le prix.

Le risque de requalification en société à prépondérance immobilière

La prépondérance immobilière n'est pas une sanction, c'est une qualification objective qui découle de la composition de l'actif. Le problème est qu'elle ne se définit pas de la même manière selon le texte que l'on applique, et que les conseils la traitent parfois comme une notion unique.

TexteCe qu'il regardeSeuilConséquence
Art. 726 I 2° CGIActif réel composé d'immeubles non affectés à sa propre exploitationPlus de 50 %Droit d'enregistrement de 5 % sur la cession de parts
Art. 219 I a sexies-0 bis CGIActif constitué de biens immobiliers, société non cotéePlus de 50 %Exclusion du régime long terme, plus-value taxée à 25 %
Art. 244 bis A CGICession par un non-résidentPlus de 50 %Prélèvement spécifique sur la plus-value
Art. 965 CGI, impôt sur la fortune immobilièreFraction immobilière de la valeur des titres, par transparenceAucun seuilImposition à hauteur du ratio immobilier, sans écran

Sources : Code général des impôts, articles 726, 219, 244 bis A et 965, textes en vigueur au 19 août 2026. La distinction entre l'immeuble affecté à sa propre exploitation et l'immeuble de placement est déterminante pour l'article 726 : un immeuble occupé par la société elle-même n'entre pas dans le calcul de la prépondérance, un immeuble loué à des tiers y entre.

L'illusion de l'écran sociétaire face à l'impôt sur la fortune immobilière

C'est l'idée fausse la plus tenace du sujet. Loger un immeuble dans une SCI, elle-même détenue par une holding, ne le sort pas de l'assiette de l'impôt sur la fortune immobilière. L'article 965 du Code général des impôts impose la valeur des parts à hauteur de la fraction représentative des biens immobiliers, en remontant la chaîne de détention quel que soit le nombre d'étages. Aucune décote de structure n'est prévue par la loi, et la décote d'illiquidité que certains appliquent en pratique se discute au cas par cas et se défend avec des éléments objectifs, pas avec un pourcentage forfaitaire. Précision complémentaire : l'impôt sur la fortune improductive discuté pendant les débats budgétaires n'a pas été retenu dans le texte définitif de la loi de finances pour 2026, il n'existe pas.

Une nuance existe cependant, et elle est structurelle : les dettes contractées par la société pour acquérir l'immeuble réduisent la valeur des parts, donc l'assiette, dans les limites posées par l'article 973 du Code général des impôts qui neutralise certains prêts entre parties liées. C'est ce qui explique qu'une acquisition à crédit ait un effet mécanique sur l'assiette les premières années, effet qui s'efface au rythme du remboursement.

La prépondérance financière, l'autre bascule

Symétriquement, une holding qui place massivement sa trésorerie en produits financiers peut voir son caractère animateur contesté et perdre les régimes de faveur qui y sont attachés. La frontière entre holding animatrice et holding passive est un sujet à part entière, traité dans notre article sur la holding animatrice ou passive. Retenez ici le principe : ajouter une SCI patrimoniale sous une holding animatrice déplace la composition de son actif et de ses produits. Ce déplacement doit être mesuré avant l'opération, pas constaté après.

L'effet sur le pacte Dutreil, qui se joue à l'achat et non à la transmission

Le pacte Dutreil de l'article 787 B du Code général des impôts exonère 75 % de la valeur des titres transmis par donation ou succession, sans plafond, en contrepartie d'engagements de conservation. Depuis l'article 8 de la loi n° 2026-103 du 19 février 2026, l'engagement individuel est porté à six ans, ce qui représente huit ans au total avec l'engagement collectif de deux ans. Le détail des conditions, de l'assiette et des obligations déclaratives figure dans notre article sur les conditions et le calcul du pacte Dutreil.

Une SCI patrimoniale n'est pas éligible, et c'est structurel

L'article 787 B réserve l'exonération aux sociétés exerçant une activité industrielle, commerciale, artisanale, agricole ou libérale. La gestion d'un patrimoine immobilier locatif est une activité civile de gestion de son propre patrimoine. Elle est exclue, et aucune rédaction de statuts n'y changera rien. Une SCI qui loue en meublé n'est pas davantage éligible : la location meublée est une activité commerciale au sens fiscal, mais l'administration et la jurisprudence la traitent comme une activité de gestion patrimoniale pour l'application du régime, et le contentieux sur ce point n'est pas favorable aux contribuables.

Le vrai enjeu : protéger l'assiette Dutreil de la société d'exploitation

C'est ici que le raisonnement se retourne, et c'est l'argument le plus solide en faveur du montage. Si l'immeuble de placement est acheté par la société d'exploitation, il figure à son actif. Or l'exonération de 75 % ne porte que sur la fraction de valeur correspondant aux actifs affectés à l'activité opérationnelle, et la loi de finances pour 2026 a durci ce point en excluant de l'assiette les actifs non affectés à l'exploitation depuis trois ans. Un immeuble locatif de 600 000 euros dans une société valorisée 3 millions d'euros retire donc 600 000 euros de l'assiette exonérée, ce qui représente 450 000 euros de valeur qui perd le bénéfice de l'exonération.

Aux taux du barème des droits de mutation à titre gratuit en ligne directe, après l'abattement de 100 000 euros par enfant et par parent prévu à l'article 779 du Code général des impôts, cette fraction supplémentaire est taxée dans les tranches hautes, à 20 % puis 30 %. L'ordre de grandeur du surcoût se compte en dizaines de milliers d'euros par enfant. Loger l'immobilier ailleurs que dans l'exploitation n'est donc pas seulement une hygiène de bilan, c'est une décision de transmission qui se prend au moment de l'achat, pas dix ans plus tard.

La contrepartie est claire et il faut la dire : les parts de la SCI, elles, se transmettront au barème plein, sans exonération Dutreil. L'outil de transmission adapté à ces parts n'est pas le pacte Dutreil, c'est la donation démembrée, dont nous détaillerons le mécanisme dans un article dédié. La transmission progressive du patrimoine familial est également abordée sur la page transmission de patrimoine et dans notre article sur la donation et la transmission de son vivant.

La taxe de l'article 235 ter C : ce qu'elle vise, ce qu'elle ne vise pas

L'article 7 de la loi de finances pour 2026 a créé l'article 235 ter C du Code général des impôts, une taxe annuelle de 20 % sur la valeur vénale brute des actifs somptuaires détenus par certaines holdings patrimoniales. La première application concerne les exercices clos à compter du 31 décembre 2026. Le sujet revient dans presque tous les rendez-vous de dirigeants depuis le printemps, souvent sur la base d'une lecture inexacte.

Les trois conditions d'entrée dans le champ sont cumulatives

La taxe ne s'applique que si les trois conditions sont réunies simultanément : la société détient des actifs totaux d'au moins 5 millions d'euros, au moins 50 % de ses droits sont détenus par une personne physique, et ses revenus passifs représentent plus de 50 % de ses produits. Si l'une des trois manque, la taxe ne s'applique pas.

L'immobilier locatif n'est pas dans l'assiette, mais il pèse sur une condition

L'assiette est limitativement définie : yachts, aéronefs, véhicules de tourisme, métaux précieux et vins de collection. Un immeuble de rapport n'y figure pas, et les loyers qu'il produit ne sont pas taxés à ce titre. Aucune déduction du passif n'est admise sur l'assiette, et aucun plafonnement n'est prévu, ce qui rend la taxe extrêmement lourde quand elle s'applique.

Le point de vigilance est ailleurs, et il est réel. En faisant remonter des loyers dans le groupe, la SCI alimente la catégorie des revenus passifs. Une holding qui était jusqu'ici majoritairement alimentée par des prestations facturées à ses filiales peut basculer au-delà des 50 % de revenus passifs et remplir la troisième condition. Si elle détient par ailleurs un des actifs listés, elle entre dans le champ. Le montage immobilier n'est pas taxé, mais il peut être ce qui fait entrer une structure dans le champ d'une taxe qui frappe autre chose. Cette vérification prend une heure et se fait avant l'opération.

Les sept erreurs les plus fréquentes sur la SCI à l'IS et la trésorerie

Raisonner sur la société et non sur la personne

Le montage produit un résultat brillant tant que l'argent reste dans le groupe et un résultat ordinaire dès qu'il en sort. Le seul comparatif qui a du sens est celui qui va jusqu'au compte personnel, ou qui assume explicitement que l'argent ne sortira jamais.

Oublier de chiffrer la sortie avant l'entrée

Comme pour l'apport-cession, dont le fait générateur est la cession et non l'apport, le coût de sortie d'un montage se calcule le jour où on l'installe. Notre article sur le cash out immobilier pour un dirigeant détaille les voies de récupération de liquidités sans céder l'actif.

Amortir le terrain ou sous-évaluer sa quote-part

Retenir 10 % de terrain en zone tendue pour gonfler la base amortissable est un redressement quasi automatique, assorti d'intérêts de retard et, en cas de répétition, d'une majoration.

Amortir l'immeuble en bloc sans ventilation par composants

L'absence de décomposition est irrégulière et fausse la valeur nette comptable, donc la plus-value de cession. Une comptabilité tenue correctement dès la première année évite une reconstitution douloureuse quinze ans plus tard.

Croire que la SCI fait écran à l'impôt sur la fortune immobilière

Elle ne fait pas écran. L'article 965 du Code général des impôts remonte la chaîne de détention par transparence, sans décote de structure prévue par la loi.

Se distribuer des dividendes de la SCI sans vérifier le régime mère-fille

L'exonération de 95 % suppose une détention d'au moins 5 % du capital et un engagement de conservation de deux ans. Distribuer avant la fin de la deuxième année remet en cause le régime, et le dividende redevient imposable à 25 %.

Confondre l'option pour l'impôt sur les sociétés et l'article 238 bis K

Quand la SCI est détenue par une société à l'impôt sur les sociétés, la quote-part de résultat revenant à cette société est déjà déterminée selon les règles de l'impôt sur les sociétés, avec amortissement, sans qu'il soit nécessaire d'opter. Opter quand même est parfois justifié, notamment pour homogénéiser le traitement entre associés, mais l'option est irrévocable passé le cinquième exercice et emporte les conséquences d'une cessation d'entreprise si l'on y renonce. C'est une décision à prendre en connaissance de cause, pas un réflexe.

Comment poser la question avec Solstice Patrimoine

Cet article a une vocation pédagogique. Il explique un mécanisme, il donne des ordres de grandeur, il nomme les angles morts. Ce qu'il ne fait pas, et ne peut pas faire, c'est trancher pour vous entre la variante A, la variante B et la variante C. Cet arbitrage dépend de la valorisation de votre société d'exploitation, de l'existence ou non d'un projet de cession à horizon visible, de l'âge de vos enfants, de votre régime matrimonial, de votre besoin de revenus complémentaires et du niveau d'actifs déjà détenus. C'est précisément la raison pour laquelle un rendez-vous est utile, et c'est là que la conversation commence.

Trois questions à préparer avant ce rendez-vous, parce qu'elles conditionnent tout le reste. Un, cette trésorerie doit-elle rester disponible pour l'entreprise à un horizon de cinq ans ? Deux, voulez-vous récupérer cet argent à titre privé, ou l'objectif est-il de le faire travailler puis de le transmettre ? Trois, existe-t-il un projet de cession de la société d'exploitation, auquel cas la séquence entre la création de la holding, l'apport des titres et l'investissement immobilier change complètement, comme le montre notre article sur l'apport-cession et l'article 150-0 B ter.

Pour situer votre configuration, notre diagnostic patrimonial en douze questions pose les premiers repères et la page bilan patrimonial décrit la méthode de travail. Le silo dirigeants rassemble les sujets connexes, du guide du placement de trésorerie d'entreprise au guide de réduction d'impôt du dirigeant. Nous abordons également le choix de structure entre location meublée et société à l'impôt sur les sociétés dans l'épisode LMNP ou SCI à l'IS du podcast Out of the Box.

Un dernier mot sur la méthode. Les paramètres cités ici sont ceux en vigueur au 19 août 2026, et l'année a montré qu'ils bougent : les prélèvements sociaux sur les revenus mobiliers ont changé le 1er janvier, la durée d'engagement du pacte Dutreil le 19 février, l'article 235 ter C n'aura sa première application qu'aux exercices clos à compter du 31 décembre 2026. Un montage immobilier de société s'apprécie sur quinze à vingt ans. Il se conçoit avec une marge de sécurité, jamais au millimètre d'un texte qui peut changer au prochain budget. Les textes cités sont consultables sur Légifrance pour le régime mère-fille des articles 145 et 216 du Code général des impôts et sur le BOFiP pour le taux plafond des intérêts de compte courant d'associé.

Questions fréquentes

Peut-on acheter un immeuble avec la trésorerie de sa société d'exploitation ?
Juridiquement oui, si l'objet social le permet. Économiquement, c'est rarement retenu. L'immeuble de placement inscrit à l'actif de la société d'exploitation expose la valeur au risque d'entreprise, alourdit le bilan face aux banques et, depuis l'article 8 de la loi n° 2026-103 du 19 février 2026, sort de l'assiette du pacte Dutreil s'il n'est pas affecté à l'exploitation depuis trois ans. La SCI dédiée isole l'actif.
Combien coûte la remontée de trésorerie vers une holding avant d'investir ?
Sous le régime mère-fille des articles 145 et 216 du Code général des impôts, la société mère réintègre une quote-part de frais et charges de 5 % du dividende reçu, imposée à l'impôt sur les sociétés. Le frottement s'établit à 1,25 % au taux de 25 %, soit 5 000 euros sur 400 000 euros distribués. Dans un groupe fiscalement intégré, la quote-part tombe à 1 %, soit 0,25 %.
Pourquoi la SCI à l'IS paie-t-elle si peu d'impôt pendant la détention ?
Parce qu'elle amortit l'immeuble, ce que la fiscalité des revenus fonciers interdit. Sur un immeuble de 600 000 euros dont 516 000 euros de bâti amortissable ventilé en quatre composants, la dotation annuelle atteint 18 834 euros. Elle absorbe l'essentiel du résultat. Dans la simulation de cet article, la SCI acquitte 16 289 euros d'impôt sur les sociétés en quinze ans, pour 585 000 euros de loyers encaissés.
Qu'est-ce que la reprise des amortissements à la revente ?
La plus-value d'une société à l'impôt sur les sociétés se calcule sur la valeur nette comptable, c'est-à-dire le prix de revient diminué des amortissements déjà déduits. Chaque euro amorti pendant la détention regonfle la base imposable à la sortie. Sur quinze ans, 282 510 euros d'amortissements cumulés portent la plus-value taxable à 387 510 euros et l'impôt à 92 628 euros, sans aucun abattement pour durée de détention.
Vendre les parts de la SCI plutôt que l'immeuble permet-il d'échapper à cet impôt ?
Non, quand le vendeur est une société. L'article 219 I a sexies-0 bis du Code général des impôts exclut les titres de sociétés à prépondérance immobilière non cotées du régime des plus-values à long terme : la plus-value est imposée au taux normal de l'impôt sur les sociétés. L'acquéreur supporte en outre 5 % de droits d'enregistrement au titre de l'article 726 du même code, contre 0,1 % pour des actions ordinaires.
Une SCI patrimoniale peut-elle être transmise sous le pacte Dutreil ?
Non. L'article 787 B du Code général des impôts réserve l'exonération de 75 % aux sociétés exerçant une activité industrielle, commerciale, artisanale, agricole ou libérale. La gestion d'un patrimoine immobilier locatif est une activité civile, exclue du dispositif. C'est aussi la raison pour laquelle sortir l'immobilier de placement de la société d'exploitation protège l'assiette Dutreil de cette dernière.
La taxe de l'article 235 ter C frappe-t-elle l'immobilier locatif détenu en holding ?
Non, l'immobilier locatif n'est pas dans l'assiette. L'article 7 de la loi de finances pour 2026 vise les actifs somptuaires : yachts, aéronefs, véhicules de tourisme, métaux précieux et vins de collection, taxés à 20 % par an sur leur valeur vénale brute. En revanche, les loyers alimentent la condition de revenus passifs supérieurs à 50 % des produits, l'une des trois conditions cumulatives d'entrée dans le champ.
Quel taux d'impôt sur les sociétés s'applique à une SCI détenue par une holding ?
Le taux réduit de 15 % jusqu'à 42 500 euros de bénéfice suppose un chiffre d'affaires inférieur à 10 millions d'euros et un capital détenu à 75 % au moins par des personnes physiques, directement ou indirectement. Une SCI filiale d'une holding y a droit si la holding est elle-même détenue à 75 % par des personnes physiques. Au-delà de 42 500 euros, le taux normal de 25 % s'applique.

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