Jeanbrun ou LMNP : quel statut pour investir dans le neuf en 2026 ?
Depuis la fin du Pinel, deux voies dominent l'investissement neuf : le statut du bailleur privé (dispositif Jeanbrun) et le LMNP en résidence services. Comparatif pour choisir selon votre profil.
Jeanbrun ou LMNP pour investir dans le neuf : la réponse directe
Le statut du bailleur privé, dit dispositif Jeanbrun, et la location meublée non professionnelle reposent tous deux sur l'amortissement, mais ils divergent radicalement à la revente. Depuis l'article 84 de la loi n° 2025-127 du 14 février 2025, les amortissements déduits en LMNP sont réintégrés dans le calcul de la plus-value pour les cessions réalisées à compter du 15 février 2025, et il en va de même pour le dispositif Jeanbrun créé par l'article 47 de la loi n° 2026-103 du 19 février 2026. Seules les résidences accueillant exclusivement des étudiants ou des personnes âgées et les établissements médico-sociaux échappent encore à cette réintégration. Sur un logement de 250 000 € revendu 280 000 € au bout de douze ans, l'écart d'imposition entre un LMNP en résidence étudiante et un LMNP meublé classique atteint 28 072 €.
Autrement dit, la question « Jeanbrun ou LMNP » ne se tranche pas sur l'économie d'impôt annuelle, où les deux voies se valent souvent, mais sur trois paramètres : le traitement de la plus-value, le degré de contrainte accepté sur le loyer et le locataire, et le fait d'assumer ou de déléguer la gestion. Cet article détaille les deux régimes, les chiffre côte à côte et nomme leurs risques. Solstice Patrimoine expose ici un mécanisme, à titre d'information générale, sans délivrer de recommandation personnalisée ni promettre un résultat.
Ce qu'est exactement le statut du bailleur privé, dit dispositif Jeanbrun
Son fondement et son calendrier
Le statut du bailleur privé a été créé par l'article 47 de la loi n° 2026-103 du 19 février 2026 de finances pour 2026, entrée en vigueur le 21 février 2026, au lendemain de sa publication au Journal officiel. Il porte le nom de la ministre du logement qui l'a défendu. Il s'applique aux acquisitions réalisées jusqu'au 31 décembre 2028.
Sa nouveauté juridique est réelle : pour la première fois depuis l'extinction des régimes d'amortissement Périssol, Besson et Robien, un bailleur qui loue nu peut déduire de ses revenus fonciers une fraction annuelle du prix de son logement. Jusqu'ici, l'amortissement d'un bien immobilier était réservé aux revenus relevant des bénéfices industriels et commerciaux, donc à la location meublée, ou aux sociétés soumises à l'impôt sur les sociétés. C'est un changement de paradigme, et il explique l'attention que le dispositif suscite.
Il ne faut pas le confondre avec les dispositifs qui l'ont précédé. Le Pinel, qui était une réduction d'impôt calculée sur le prix et non une déduction de charge, a définitivement pris fin le 31 décembre 2024. Le Censi-Bouvard, réduction d'impôt applicable aux résidences de services, s'est éteint le 31 décembre 2022. Ni l'un ni l'autre n'est souscriptible aujourd'hui.
Le mécanisme de l'amortissement
La base amortissable correspond à 80 % du prix d'acquisition, le terrain étant forfaitairement évalué à 20 % et non amortissable puisqu'il ne se déprécie pas. Le taux annuel dépend du niveau de loyer que le bailleur accepte de pratiquer : plus le loyer consenti est bas, plus l'amortissement est généreux. La déduction est en outre plafonnée en valeur absolue par foyer fiscal.
| Niveau de loyer | Taux annuel, logement neuf | Plafond annuel de déduction | Sur un bien à 250 000 € |
|---|---|---|---|
| Loyer intermédiaire | 3,5 % | de l'ordre de 8 000 € | 7 000 € par an |
| Loyer social | 4,5 % | de l'ordre de 10 000 € | 9 000 € par an |
| Loyer très social | 5,5 % | de l'ordre de 12 000 € | 11 000 € par an |
L'arbitrage central du dispositif est là, et il est arithmétique : accepter un loyer social plutôt qu'intermédiaire fait gagner un point d'amortissement, soit 2 500 € de déduction supplémentaire par an sur un bien à 250 000 €, mais coûte plusieurs centaines d'euros de loyer mensuel. Selon la tranche marginale d'imposition, l'un compense l'autre ou pas du tout. Un contribuable à 11 % de tranche marginale n'a aucun intérêt à descendre son loyer pour gagner de l'amortissement, un contribuable à 41 % peut y trouver un équilibre. Notre fiche sur la tranche marginale d'imposition permet de situer sa propre situation, et notre simulateur d'impôt sur le revenu de chiffrer l'effet.
Les contreparties
Elles sont sérieuses. Le logement doit être loué nu, à usage de résidence principale du locataire, pendant neuf ans sans interruption. Les loyers ne peuvent excéder des plafonds par zone géographique, et les ressources des locataires sont elles-mêmes plafonnées. Ces plafonds figurent en annexe d'un arrêté du 6 janvier 2026 publié au Journal officiel du 31 janvier 2026, et ils sont, par construction, inférieurs aux plafonds intermédiaires que connaissaient les investisseurs sous Pinel.
Le dispositif vise le logement collectif neuf ou vendu en l'état futur d'achèvement, ainsi que l'ancien faisant l'objet de travaux de réhabilitation lourde, avec des taux d'amortissement plus faibles, de l'ordre de 3 à 4 % selon le niveau de loyer. La maison individuelle et la location meublée en sont exclues. Le bénéfice du dispositif est ouvert aux personnes physiques et à certaines sociétés civiles immobilières non soumises à l'impôt sur les sociétés.
Comment vérifier concrètement un plafond de loyer
Un plafond de loyer ne s'apprécie jamais en valeur absolue mais en euros par mètre carré de surface utile, corrigés d'un coefficient de structure qui avantage les petites surfaces. La surface utile retenue est la surface habitable augmentée de la moitié des annexes, dans une limite qui exclut de fait les grandes terrasses. Un plafond affiché à 11 € du mètre carré ne signifie donc pas 550 € pour un logement de 50 mètres carrés.
La méthode de vérification tient en trois étapes. Repérez la zone du logement dans le zonage A bis, A, B1, B2 ou C, qui est propre à chaque commune et parfois à chaque quartier. Relevez le plafond applicable au niveau de loyer visé dans l'annexe de l'arrêté du 6 janvier 2026. Comparez ensuite ce loyer plafond au loyer réellement pratiqué pour des biens équivalents dans le même quartier, en consultant les annonces en cours et non les moyennes départementales.
Si l'écart est inférieur à 10 %, le dispositif est probablement soutenable. S'il dépasse 25 %, l'économie d'impôt a peu de chances de compenser l'abandon de loyer, quelle que soit la tranche marginale. Ce calcul se fait avant la réservation, pas après. La qualité de la demande locative locale se vérifie en parallèle, sujet développé dans notre article sur les villes rentables pour l'investissement locatif.
Ce qui reste à préciser
Plusieurs points sont renvoyés à des textes d'application ou aux commentaires administratifs, non publiés à la date de mise à jour de cet article. C'est notamment le cas de la définition exacte de la réhabilitation lourde ouvrant le dispositif à l'ancien, et de l'articulation entre l'amortissement et les règles d'imputation du déficit foncier. Sur ce dernier point, le droit commun de l'article 156 du code général des impôts autorise l'imputation d'un déficit foncier sur le revenu global dans la limite de 10 700 € par an, la fraction provenant des intérêts d'emprunt n'étant imputable que sur les revenus fonciers des dix années suivantes. Tant que l'administration n'a pas commenté l'articulation, cette question doit être traitée avec prudence, et aucune présentation commerciale ne devrait l'affirmer comme acquise.
Le point qui, lui, ne fait pas débat, et qui est le plus souvent passé sous silence : les amortissements déduits viennent minorer le prix d'acquisition retenu pour le calcul de la plus-value immobilière. L'avantage obtenu pendant la détention est donc partiellement repris à la sortie. Nous le chiffrons plus bas. Notre page dédiée au statut du bailleur privé suit l'état du dispositif.
Ce qu'est exactement le LMNP en 2026
La définition et la frontière avec le LMP
La location meublée non professionnelle désigne la location d'un logement garni du mobilier suffisant pour permettre au locataire d'y vivre normalement, par un bailleur qui ne remplit pas les critères du loueur en meublé professionnel. Les revenus relèvent des bénéfices industriels et commerciaux, et non des revenus fonciers, ce qui ouvre l'amortissement.
Deux conditions cumulatives font basculer dans le statut professionnel : plus de 23 000 € de recettes annuelles tirées de la location meublée, et des recettes supérieures aux autres revenus d'activité du foyer fiscal. L'appréciation se fait au niveau du foyer et non bien par bien. La condition d'inscription au registre du commerce et des sociétés, encore régulièrement citée, a été supprimée par la décision du Conseil constitutionnel n° 2017-689 QPC du 8 février 2018 : elle ne doit plus figurer dans aucune analyse. Notre article sur les différences entre LMNP et LMP détaille les conséquences du basculement.
Micro-BIC ou régime réel
| Situation | Seuil du micro-BIC | Abattement forfaitaire | Source |
|---|---|---|---|
| Meublé classique, longue durée | 83 600 € | 50 % | service-public.gouv.fr, 15 avril 2026 |
| Meublé de tourisme classé | 77 700 € | 50 % | Loi Le Meur du 19 novembre 2024 |
| Meublé de tourisme non classé | 15 000 € | 30 % | Loi Le Meur du 19 novembre 2024 |
Le seuil de 77 700 € encore couramment cité pour le meublé classique est périmé : il a été relevé à 83 600 €. Le choix entre micro-BIC et régime réel se joue sur une comparaison simple : si les charges réelles augmentées de l'amortissement dépassent 50 % des recettes, ce qui est presque systématiquement le cas dès qu'il y a un crédit, le régime réel l'emporte. Sur les 12 000 € de loyers annuels du cas chiffré plus bas, le micro-BIC laisse 6 000 € imposables, contre 700 € au réel. Notre article sur le régime réel en LMNP détaille l'arbitrage.
L'amortissement en LMNP
Le régime réel permet d'amortir séparément les composants de l'immeuble, hors terrain, sur des durées comprises entre 15 et 50 ans selon leur nature, le mobilier sur 5 à 10 ans, et le cas échéant les frais d'acquisition. La dotation annuelle est fréquemment comprise entre 3 % et 4 % du prix hors terrain, soit un ordre de grandeur proche de celui du dispositif Jeanbrun, mais sans plafond de déduction en valeur absolue et sans contrepartie de plafonnement du loyer.
Une règle essentielle encadre cet avantage : en application du II de l'article 39 C du code général des impôts, l'amortissement ne peut pas créer ni augmenter un déficit. La fraction non déduite n'est pas perdue, elle est reportable sans limitation de durée sur les résultats bénéficiaires ultérieurs. C'est ce qui produit l'effet fréquemment observé de plusieurs années consécutives sans imposition des loyers. Notre article sur l'amortissement comptable en LMNP en détaille le calcul.
Un point à ne pas confondre : les prélèvements sociaux sur les bénéfices industriels et commerciaux de location meublée restent à 17,2 %. La hausse à 18,6 % portée par l'article 12 de la loi de financement de la sécurité sociale pour 2026 ne concerne que les revenus du capital mobilier, et laisse également inchangés les revenus fonciers.
Le LMNP en résidence de services
C'est la forme la plus proche d'un placement au sens financier du terme. L'investisseur acquiert un logement meublé au sein d'une résidence étudiante, d'une résidence senior, d'un établissement d'hébergement pour personnes âgées dépendantes ou d'une résidence de tourisme, et le donne à bail commercial à un exploitant unique qui gère l'ensemble. L'exploitant verse un loyer contractuel, qu'il y ait ou non un occupant dans le logement.
Le bail commercial est le coeur du dispositif et le coeur du risque. Il fixe la durée, généralement neuf à douze ans, la répartition des charges et des travaux entre bailleur et exploitant au titre des articles 605 et 606 du code civil, et les conditions de révision du loyer. C'est ce document, et non la plaquette, qu'il faut lire. Notre page consacrée au LMNP en résidence de services en détaille les clauses sensibles, et notre fiche de glossaire LMNP en donne la définition.
Jeanbrun ou LMNP : le comparatif ligne à ligne
| Critère | Statut du bailleur privé, Jeanbrun | LMNP au régime réel |
|---|---|---|
| Nature de la location | Nue, résidence principale du locataire | Meublée, libre ou en résidence gérée |
| Catégorie de revenus | Revenus fonciers | Bénéfices industriels et commerciaux |
| Base amortissable | 80 % du prix, terrain forfaitisé à 20 % | Composants hors terrain, plus mobilier |
| Taux d'amortissement | 3,5 %, 4,5 % ou 5,5 % selon le loyer | Environ 3 à 4 % du prix hors terrain |
| Plafond de déduction annuelle | Oui, de 8 000 € à 12 000 € par foyer | Aucun plafond en valeur absolue |
| Amortissement créant un déficit | Articulation renvoyée aux textes d'application | Interdit, report illimité, art. 39 C II du CGI |
| Plafonds de loyers et de ressources | Oui, arrêté du 6 janvier 2026 | Aucun, hors encadrement local des loyers |
| Engagement de location | 9 ans continus | Aucun, hors durée du bail commercial |
| Gestion | À la charge du bailleur, en direct ou par mandat | Directe en meublé libre, déléguée en résidence gérée |
| Prélèvements sociaux | 17,2 % | 17,2 % |
| Amortissements et plus-value | Réintégrés, prix d'acquisition minoré | Réintégrés depuis le 15 février 2025, sauf exclusions |
| Fenêtre d'accès | Acquisitions jusqu'au 31 décembre 2028 | Régime pérenne, non borné dans le temps |
Le rendement pendant la détention : un cas chiffré
Prenons un logement neuf de 250 000 €, dans une ville où le loyer de marché en location nue est de 1 000 € par mois. Trois configurations sont comparées, sur la base d'une tranche marginale d'imposition de 30 %, à laquelle s'ajoutent 17,2 % de prélèvements sociaux, soit un taux marginal global de 47,2 %.
| Poste annuel | Location nue, régime réel classique | Jeanbrun, loyer intermédiaire | LMNP au réel, meublé classique |
|---|---|---|---|
| Loyers encaissés | 12 000 € | 10 200 € | 12 000 € |
| Charges déductibles hors amortissement | 2 550 € | 2 550 € | 2 800 € |
| Amortissement déduit | 0 € | 7 000 € | 8 500 € |
| Résultat imposable | 9 450 € | 650 € | 700 € |
| Impôt et prélèvements sociaux, à 47,2 % | 4 460 € | 307 € | 330 € |
| Trésorerie nette avant crédit | 4 990 € | 7 343 € | 8 870 € |
Deux enseignements. Le premier : le LMNP conserve un avantage de trésorerie, non pas parce que son amortissement est plus généreux, mais parce qu'il n'impose aucun plafonnement du loyer. Les 1 800 € de loyer annuel abandonnés sous Jeanbrun pèsent plus lourd que l'écart d'amortissement. Le second : les deux régimes d'amortissement écrasent presque totalement l'imposition des loyers, ce qui est exactement leur raison d'être, et ce qui explique aussi pourquoi le législateur a organisé leur reprise à la revente.
Ce cas ne comprend pas de crédit. Avec un emprunt, les intérêts s'ajoutent aux charges déductibles dans les deux régimes et l'écart se réduit, tandis que la trésorerie nette après mensualité devient négative dans les deux cas les premières années, ce qui est la situation normale d'un investissement locatif financé à crédit. Notre simulateur de rendement locatif permet d'intégrer le financement, et notre article sur le crédit immobilier en 2026 donne les repères de taux.
Jeanbrun ou LMNP à la revente : le poste qui décide
C'est ici que le comparatif bascule, et c'est l'information que les présentations commerciales omettent le plus souvent. Rappelons la règle : l'article 84 de la loi n° 2025-127 du 14 février 2025 a créé un III à l'article 150 VB du code général des impôts, qui minore le prix d'acquisition retenu pour le calcul de la plus-value du montant des amortissements admis en déduction. La réponse ministérielle n° 10097 du 24 mars 2026 a confirmé que la totalité du stock d'amortissements est réintégrée, y compris la fraction constituée avant 2025.
Une exclusion subsiste, et elle est décisive : elle vise les résidences accueillant exclusivement des étudiants ou des personnes âgées au sens des articles L. 631-12 et L. 631-13 du code de la construction et de l'habitation, ainsi que les établissements d'hébergement pour personnes âgées dépendantes et les unités de soins de longue durée. Elle ne couvre ni les résidences de tourisme, ni les résidences d'affaires, ni le meublé classique. Ce détail vaut plusieurs dizaines de milliers d'euros.
Le tableau ci-dessous compare trois sorties sur un logement acquis 250 000 € et revendu 280 000 € au bout de douze ans. Le prix d'acquisition est majoré du forfait de 7,5 % au titre des frais, puis minoré des amortissements. Les abattements pour durée de détention s'élèvent à 42 % pour l'impôt sur le revenu et 11,55 % pour les prélèvements sociaux à douze ans. La taxe sur les plus-values élevées de l'article 1609 nonies G du code général des impôts est intégrée.
| Situation à la revente | Amortissements réintégrés | Plus-value brute | Impôt sur le revenu à 19 % | Prélèvements sociaux à 17,2 % | Total dû |
|---|---|---|---|---|---|
| Jeanbrun, 7 000 € par an | 84 000 € | 95 250 € | 10 497 € | 14 491 € | 25 854 € |
| LMNP meublé classique, 8 500 € par an | 102 000 € | 113 250 € | 12 480 € | 17 229 € | 31 023 € |
| LMNP résidence étudiante, senior ou EHPAD | 0 €, exclusion maintenue | 11 250 € | 1 240 € | 1 712 € | 2 951 € |
L'écart entre la première et la troisième ligne atteint 22 903 €. Entre la deuxième et la troisième, il monte à 28 072 €. Autrement dit, la seule catégorie d'actifs qui conserve aujourd'hui l'avantage complet de l'amortissement, à l'entrée comme à la sortie, est la résidence de services relevant de l'exclusion légale. C'est un argument fort, et c'est aussi celui qui expose le plus l'investisseur au risque d'exploitant, comme nous le voyons plus bas.
Une nuance importante sur la lecture de ce tableau : les impôts calculés doivent être rapportés à l'avantage obtenu pendant la détention. Sous Jeanbrun, l'économie d'impôt cumulée sur douze ans atteint 39 648 € dans le cas chiffré, pour 25 854 € d'impôt de plus-value. Le solde reste favorable, mais bien moins spectaculaire que l'économie annuelle affichée isolément. Comparer un dispositif sans intégrer sa sortie n'a aucun sens. Notre article sur la déclaration des revenus locatifs précise les obligations déclaratives des deux régimes.
Les risques propres à chaque voie
Les risques du statut du bailleur privé
Le premier est la vacance locative. L'engagement porte sur neuf ans de location effective, et un logement vide n'est pas seulement un logement sans loyer : il met en péril le bénéfice du dispositif, avec à la clé une remise en cause des amortissements déjà déduits. Le second est le plafonnement des ressources du locataire, qui restreint le vivier de candidats et complique la relocation, en particulier sur les typologies familiales.
Le troisième est l'écart entre le loyer plafonné et le loyer de marché. Dans les zones peu tendues, l'écart est parfois nul, ce qui rend le dispositif intéressant. Dans les zones tendues, il peut atteindre 20 à 30 %, et l'économie d'impôt ne compense pas toujours. Le calcul doit être fait ville par ville, avant l'achat, avec le loyer plafond réel et non un ordre de grandeur.
Le quatrième est l'instabilité normative. Un dispositif créé en février 2026 pour des acquisitions courant jusqu'à fin 2028 n'a pas de recul, ses commentaires administratifs ne sont pas tous publiés, et l'histoire des régimes de faveur immobiliers montre que les modalités peuvent être ajustées en cours de route. Les engagements pris restent en principe protégés, mais l'incertitude sur les modalités est réelle et doit être assumée.
Les risques du LMNP en résidence de services
Le premier, et de très loin le plus important, est la solidité de l'exploitant. Le loyer n'est pas garanti par un occupant mais par une signature de société. En cas de défaillance, le bailleur se retrouve propriétaire d'un lot dans une résidence dont il ne maîtrise ni l'exploitation ni la commercialisation, souvent difficile à louer isolément. Les historiques de baisses de loyer imposées lors du renouvellement du bail commercial, notamment dans les résidences de tourisme et d'affaires, sont documentés et n'ont rien d'anecdotique.
Le deuxième est le renouvellement du bail. À son terme, l'exploitant peut proposer une révision à la baisse, et le rapport de force est structurellement défavorable au bailleur individuel, faute d'alternative crédible. Le troisième est la répartition des travaux : les clauses transférant au bailleur les grosses réparations de l'article 606 du code civil, voire le renouvellement du mobilier, sont fréquentes et pèsent lourdement sur le rendement réel.
Le quatrième est la liquidité. Le marché secondaire des lots de résidence gérée est étroit, les acquéreurs sont presque exclusivement des investisseurs, et les décotes par rapport au prix d'acquisition initial sont courantes, particulièrement sur les programmes vendus avec un avantage fiscal aujourd'hui éteint. Notre article acheter un logement neuf en 2026 chiffre le mécanisme d'érosion de la prime du neuf, qui joue ici avec une intensité accrue.
La récupération de la taxe sur la valeur ajoutée, souvent présentée comme un avantage du segment, mérite enfin d'être relativisée : elle est conditionnée à la fourniture par l'exploitant d'au moins trois des quatre prestations para-hôtelières, et à un engagement de conservation de vingt ans, sous peine de reversement au prorata du temps restant à courir. Une revente à dix ans peut donc entraîner la restitution de la moitié de la taxe récupérée.
Le risque commun aux deux voies : le prix payé
Les deux régimes partagent une exposition identique et rarement discutée : ils s'appliquent presque toujours à du logement neuf, vendu 15 à 25 % au-dessus du prix de l'ancien équivalent dans le même quartier. Cet écart de prix a un effet direct sur le rendement locatif, puisque le loyer, lui, s'aligne sur le marché local et non sur le prix payé. Un bien acheté 250 000 € qui se loue 12 000 € par an affiche un rendement brut de 4,8 %, quand le même bien en ancien, acheté 205 000 €, afficherait 5,9 %.
L'avantage fiscal doit donc d'abord combler cet écart de rendement avant de produire un gain net. Sur le cas chiffré, l'économie d'impôt annuelle sous Jeanbrun s'élève à 3 304 € face à une location nue classique, tandis que la prime de prix de 45 000 € payée à l'achat représente, au taux de crédit de 3,30 %, environ 1 485 € d'intérêts annuels supplémentaires et une immobilisation de capital équivalente. Le dispositif reste favorable, mais l'écart réel est bien plus étroit que ce que suggère la comparaison brute avant et après amortissement.
La conséquence pratique est simple : la première vérification n'est pas fiscale, elle est immobilière. Prix au mètre carré comparé aux transactions récentes du quartier, loyer de marché constaté sur des annonces réelles, taux de vacance de la commune, calendrier de livraison des programmes concurrents. Un dispositif fiscal ne compense jamais un prix d'achat excessif, il en retarde seulement la constatation.
Jeanbrun ou LMNP : pour quel profil
Le statut du bailleur privé peut convenir à
Un contribuable fortement imposé, disposant déjà de revenus fonciers positifs sur lesquels imputer l'amortissement, prêt à assumer la gestion locative ou à la déléguer à un mandataire, et investissant dans une ville où l'écart entre loyer plafond et loyer de marché est faible. Le dispositif suppose aussi un horizon supérieur à neuf ans, puisque la sortie anticipée remet en cause l'avantage.
Il convient mal à un contribuable faiblement imposé, pour qui l'abandon de loyer n'est compensé par aucune économie significative, et à un investisseur qui vise un marché tendu où le plafonnement ampute lourdement le rendement.
Le LMNP peut convenir à
Un investisseur qui veut conserver la liberté de fixer son loyer et de choisir son locataire, en meublé classique, en acceptant une rotation plus rapide et une gestion plus active. Ou, à l'opposé, un investisseur qui cherche une exposition immobilière sans aucune gestion, via une résidence de services, en assumant pleinement le risque d'exploitant et le risque de liquidité en contrepartie de l'exclusion de réintégration des amortissements pour les résidences étudiantes, seniors et médico-sociales.
Un troisième profil mérite d'être nommé, celui pour lequel aucune des deux voies n'est adaptée : l'investisseur dont le patrimoine est déjà fortement concentré sur l'immobilier, ou dont l'épargne de précaution est insuffisante pour absorber une vacance de six mois. Dans ce cas, la question du régime fiscal est prématurée. La question de la structure de détention, en nom propre ou en société, se pose également et est traitée dans notre guide SCI ou nom propre ainsi que dans l'épisode consacré au choix entre LMNP et SCI à l'impôt sur les sociétés du podcast Out of the Box.
Les cinq erreurs à ne pas commettre
Comparer les deux régimes sans intégrer la revente. C'est l'erreur structurante. Un dispositif d'amortissement se juge sur le cycle complet, entrée, détention et sortie, jamais sur la seule économie d'impôt annuelle.
Croire que toutes les résidences de services échappent à la réintégration. L'exclusion vise les résidences étudiantes, les résidences pour personnes âgées et les établissements médico-sociaux. Les résidences de tourisme et d'affaires sont pleinement soumises à la réintégration depuis le 15 février 2025.
Citer le seuil de micro-BIC de 77 700 € pour un meublé classique. Il est de 83 600 € depuis la mise à jour publiée par service-public.gouv.fr le 15 avril 2026. Le seuil de 15 000 € avec 30 % d'abattement ne concerne que le meublé de tourisme non classé.
Présenter le dispositif Jeanbrun comme un Pinel amélioré. Le Pinel était une réduction d'impôt calculée sur le prix, indépendante de la tranche marginale. Le statut du bailleur privé est une déduction de charge, dont la valeur dépend directement de la tranche marginale et qui est reprise à la revente. Les deux mécanismes n'ont ni la même logique ni les mêmes bénéficiaires.
Acheter le dispositif plutôt que le bien. Un logement mal situé, acheté 20 % au-dessus du marché local, reste un mauvais investissement quel que soit le régime fiscal. Le choix du régime intervient après la validation de l'emplacement, du prix et de la demande locative, jamais avant. Notre guide pour investir dans l'immobilier quand on débute pose cette méthode.
Ce qu'il faut retenir pour arbitrer entre Jeanbrun et LMNP dans le neuf
Les deux voies reposent sur le même levier, l'amortissement, et neutralisent l'une comme l'autre l'essentiel de l'imposition des loyers pendant la détention. Elles se distinguent sur trois points, et ces trois points suffisent à trancher.
La contrainte, d'abord : le statut du bailleur privé impose un loyer plafonné, des ressources de locataire plafonnées et neuf ans d'engagement, quand le LMNP n'impose rien en meublé libre. La gestion, ensuite : le bailleur privé gère, le LMNP en résidence de services délègue intégralement au prix d'un risque d'exploitant et de liquidité. La sortie, enfin : les amortissements sont réintégrés dans les deux régimes, sauf pour les résidences étudiantes, seniors et médico-sociales, et cet écart représente 28 072 € sur le cas chiffré de cet article.
Le choix ne se déduit donc pas d'un tableau mais d'une situation : tranche marginale d'imposition, revenus fonciers existants, horizon de détention, appétence à la gestion, place de l'immobilier dans le patrimoine global. Vous pouvez engager cette mise à plat avec notre diagnostic patrimonial en ligne ou demander un bilan patrimonial. L'ensemble de nos ressources sur ce sujet est regroupé sur nos pages immobilier neuf et LMNP.
Article d'information générale à jour des textes publiés et des données disponibles au 19 août 2026. Il ne constitue ni un conseil en investissement, ni une recommandation personnalisée, ni une promesse de résultat. Plusieurs modalités du statut du bailleur privé sont renvoyées à des textes d'application ou à des commentaires administratifs non publiés à cette date : les chiffres relatifs à ce dispositif doivent être vérifiés au moment de l'opération. Le capital investi en immobilier n'est pas garanti et sa liquidité est limitée. Sources : Légifrance, code général des impôts, code de la construction et de l'habitation, code civil, service-public.gouv.fr, impots.gouv.fr, BOFiP.
Questions fréquentes
- Qu'est-ce que le statut du bailleur privé, dit dispositif Jeanbrun ?
- C'est un régime créé par l'article 47 de la loi n° 2026-103 du 19 février 2026 de finances pour 2026, entré en vigueur le 21 février 2026 et ouvert aux acquisitions jusqu'au 31 décembre 2028. Il permet, pour la première fois en location nue, de déduire des revenus fonciers un amortissement annuel de 3,5 à 5,5 pour cent calculé sur 80 pour cent du prix, en contrepartie de neuf ans de location et de plafonds de loyers et de ressources.
- Les amortissements du dispositif Jeanbrun sont-ils repris à la revente ?
- Oui. Les amortissements déduits viennent minorer le prix d'acquisition retenu pour le calcul de la plus-value immobilière, ce qui augmente mécaniquement la plus-value imposable. Sur un bien de 250 000 euros amorti 7 000 euros par an et revendu 280 000 euros au bout de douze ans, l'impôt de plus-value atteint environ 25 854 euros, contre 2 951 euros pour un bien non amorti.
- Les amortissements LMNP sont-ils réintégrés dans la plus-value en 2026 ?
- Oui, pour les cessions réalisées à compter du 15 février 2025, en application de l'article 84 de la loi n° 2025-127 du 14 février 2025 qui a créé le III de l'article 150 VB du code général des impôts. La réponse ministérielle n° 10097 du 24 mars 2026 confirme que tout le stock d'amortissements est réintégré, y compris la fraction antérieure à 2025.
- Quelles résidences échappent à la réintégration des amortissements ?
- Seules les résidences accueillant exclusivement des étudiants ou des personnes âgées au sens des articles L. 631-12 et L. 631-13 du code de la construction et de l'habitation, ainsi que les établissements d'hébergement pour personnes âgées dépendantes et les unités de soins de longue durée. Les résidences de tourisme, les résidences d'affaires et le meublé classique sont pleinement soumis à la réintégration.
- Quel est le seuil du micro-BIC en location meublée en 2026 ?
- 83 600 euros de recettes avec un abattement de 50 pour cent pour le meublé classique de longue durée, selon service-public.gouv.fr au 15 avril 2026. Le seuil de 77 700 euros souvent cité est périmé. Pour un meublé de tourisme non classé, la loi Le Meur du 19 novembre 2024 a ramené le seuil à 15 000 euros et l'abattement à 30 pour cent.
- Le dispositif Jeanbrun est-il un Pinel amélioré ?
- Non, la logique est différente. Le Pinel, éteint depuis le 31 décembre 2024, était une réduction d'impôt calculée sur le prix, dont la valeur ne dépendait pas de la tranche marginale d'imposition. Le statut du bailleur privé est une déduction de charge : son intérêt croît avec la tranche marginale, il est plafonné en valeur absolue, et il est partiellement repris lors du calcul de la plus-value.
- Peut-on cumuler le statut du bailleur privé et le LMNP sur un même logement ?
- Non. Le statut du bailleur privé suppose une location nue relevant des revenus fonciers, avec engagement de location à usage de résidence principale du locataire pendant neuf ans. Le LMNP suppose une location meublée relevant des bénéfices industriels et commerciaux. Les deux régimes sont exclusifs l'un de l'autre sur un même bien et à une même période.