Private equity ou bourse : ce que la prime d'illiquidité paie vraiment
Un fonds qui affiche 12,0 % de taux de rendement interne net fait progresser de 8,19 % par an seulement le capital que l'investisseuse avait engagé : 3,8 points partent en trésorerie d'attente. Blocage de huit à dix ans, courbe en J, frais de 2,01 % contre 0,33 % pour un support indiciel selon France Assureurs. Le vrai critère n'est pas le rendement.
Private equity ou bourse : la réponse chiffrée avant le détail
Comparer private equity ou bourse revient presque toujours à comparer deux mesures qui ne mesurent pas la même chose. Un fonds de capital-investissement publie un taux de rendement interne, calculé sur le capital réellement appelé et sur les dates auxquelles il l'a été. Un indice boursier publie une performance annualisée sur un capital investi en une fois et resté investi. Ces deux nombres ne sont pas comparables, et l'écart n'est pas anecdotique : dans l'exemple déroulé plus bas, un fonds affichant 12,0 % de taux de rendement interne net fait progresser de 8,19 % par an seulement le capital que l'investisseuse avait engagé.
Le second écart est celui des frais, et lui est connu d'avance. Les supports de private equity logés en unités de compte affichaient les frais courants les plus élevés de toutes les catégories en 2025, à 2,01 % par an, contre une moyenne pondérée de 1,60 % pour l'ensemble des unités de compte et 0,33 % pour un fonds indiciel, selon l'étudeFrance Assureurs du 6 mai 2026. Le standard historique du secteur reste le 2 et 20 : 2 % de frais de gestion annuels sur le capital engagé, et 20 % de commission de surperformance au-delà d'un seuil de rentabilité souvent fixé à 8 % par an.
Le troisième écart est celui de la liquidité, et c'est le seul qui décide vraiment. Les sommes sont immobilisées huit à dix ans sans faculté de sortie dans la plupart des cas, le capital n'est pas garanti et la perte peut être totale. Les sociétés de gestion affichent des objectifs de 8 à 12 % par an : ce sont des objectifs, pas des engagements, et aucun placement ne garantit un rendement.
La question utile n'est donc pas de savoir laquelle des deux classes d'actifs rapporte le plus, personne ne peut le dire à l'avance. Elle est de savoir si vous pouvez immobiliser une somme pendant dix ans, honorer des appels de fonds à des dates que vous ne choisissez pas, et traverser une période où la valeur affichée recule sans que cela vous dise quoi que ce soit du résultat final. C'est ce que cet article déroule, chiffres à l'appui.
Ce que recouvre le private equity, et ce qu'il n'est pas
Une définition, puis trois métiers distincts
Le private equity, ou capital-investissement, désigne la prise de participation au capital d'entreprises non cotées, par l'intermédiaire d'un fonds géré par une société de gestion agréée. Le fonds lève un montant auprès d'investisseurs, l'appelle progressivement, l'investit dans une quinzaine à une trentaine de sociétés, puis revend ces participations sur une durée de vie généralement fixée à dix ans, prorogeable.
Trois métiers coexistent sous cette étiquette unique et leurs profils de risque n'ont rien de comparable. Le capital-risque finance des sociétés jeunes, avec une part élevée d'échecs assumée dès le départ. Le capital-développement accompagne la croissance de sociétés déjà rentables. Le rachat avec effet de levier acquiert des sociétés matures en finançant une partie du prix par de la dette portée par la société acquise. Ranger ces trois métiers sous un même chiffre de performance moyenne n'a pas de sens.
Le vocabulaire qu'il faut maîtriser avant de signer
L'engagement est le montant que vous vous obligez à verser. L'appel de fonds est la demande de versement effective, adressée au fur et à mesure des investissements. La distribution est le reversement du produit des cessions. Le multiple sur capital appelé, souvent noté DPI, rapporte le total distribué au total appelé. Le taux de rendement interne, ou TRI, est le taux qui annule la valeur actuelle de l'ensemble de ces flux. Le millésime est l'année de constitution du fonds.
Deux termes de la mécanique de rémunération complètent la liste. Le seuil de rentabilité, ou hurdle, est le rendement minimal en deçà duquel la société de gestion ne perçoit pas de commission de surperformance. Le carried interest est cette commission, classiquement 20 % de la performance au-delà du seuil. La page de guide consacrée au capital-investissement détaille les véhicules et leurs contraintes.
Ce que le private equity n'est pas
Ce n'est pas une version plus performante de la bourse. Ce n'est pas non plus un placement de diversification à liquidité réduite : c'est un placement sans liquidité pendant la durée de vie du fonds, ce qui n'est pas la même chose. Et ce n'est pas un actif dont la valeur bouge moins que celle des actions cotées : sa valeur bouge autant, elle est simplement observée quatre fois par an au lieu de chaque seconde, et selon des méthodes d'évaluation qui lissent les mouvements.
Le blocage du capital et l'appel de fonds progressif
Huit à dix ans, sans faculté de sortie
C'est la contrainte structurante et elle mérite d'être énoncée avant toute autre. Les sommes investies dans un fonds de capital-investissement sont immobilisées huit à dix ans dans la plupart des cas, sans faculté de rachat. Un fonds peut par ailleurs proroger sa durée de vie d'une à trois années supplémentaires si les cessions prennent du retard, ce que la documentation prévoit expressément et que l'investisseuse subit sans recours.
La différence avec une position cotée est de nature, pas de degré. Une ligne d'actions se vend en une journée, à un prix qui peut déplaire mais qui existe. Une part de fonds de capital-investissement ne se vend qu'à un acheteur qu'il faut trouver, sur un marché secondaire où les transactions se traitent couramment avec une décote, et sous réserve de l'agrément de la société de gestion. La liquidité y est limitée, ce qui doit être intégré avant l'engagement et non découvert après.
L'engagement n'est pas le versement
Le mécanisme d'appel progressif surprend souvent, et c'est pourtant lui qui commande toute la gestion de trésorerie de l'opération. Vous signez un engagement de 100 000 euros, mais vous ne versez pas 100 000 euros. Le fonds appelle par tranches, au rythme de ses investissements, généralement sur quatre à cinq ans, avec un préavis de quelques semaines et une date que vous ne choisissez pas.
| Année | Appel de fonds | Capital appelé cumulé | Reste à provisionner | Ce que cela impose |
|---|---|---|---|---|
| Année 1 | 25 000 euros | 25 000 euros | 75 000 euros | Le solde doit rester disponible, donc peu rémunéré |
| Année 2 | 25 000 euros | 50 000 euros | 50 000 euros | Aucune distribution à attendre à ce stade |
| Année 3 | 20 000 euros | 70 000 euros | 30 000 euros | La valeur liquidative est encore inférieure au capital appelé |
| Année 4 | 15 000 euros | 85 000 euros | 15 000 euros | Les premières cessions ne sont pas encore intervenues |
| Année 5 | 15 000 euros | 100 000 euros | 0 euro | Engagement intégralement libéré |
Le défaut d'appel, la sanction que personne ne lit
Ne pas répondre à un appel de fonds n'est pas un incident sans conséquence. Le règlement du fonds prévoit des pénalités, la suspension des droits, et dans les cas les plus sévères la cession forcée des parts déjà libérées avec une décote significative. C'est la raison pour laquelle le reste à provisionner doit rester réellement disponible, et donc placé sur un support liquide et peu rémunéré : le Livret A sert 1,70 % depuis l'arrêté du 28 juillet 2026, pour donner l'ordre de grandeur du rendement de cette poche d'attente.
Ce coût d'attente est absent de tous les comparatifs, et il est pourtant l'un des deux mécanismes qui expliquent l'écart entre le taux de rendement interne affiché et l'enrichissement réel de l'investisseuse. Nous le chiffrons plus bas. Le versant symétrique, c'est-à-dire le rendement des liquidités mobilisées en attente d'investissement, est traité dans notre comparatif fonds euros ou Livret A.
La courbe en J, ou pourquoi la valeur recule d'abord
Le mécanisme
La courbe en J est la spécificité à connaître avant de signer. Les frais sont prélevés dès la première année, alors que les participations mettent plusieurs exercices à se valoriser. La valeur liquidative d'un fonds recule donc mécaniquement pendant les deux à quatre premières années, sans que cela dise quoi que ce soit de son résultat final. Une investisseuse qui découvre ce recul sans y avoir été préparée en tire souvent la mauvaise conclusion, au pire moment.
La même chose en euros
Voici l'illustration chiffrée, sur les hypothèses suivantes, qui sont des conventions de calcul et non des prévisions : engagement de 100 000 euros, frais d'entrée de 3 %, frais de gestion annuels de 2 % du capital engagé, participations inscrites à leur coût d'acquisition pendant trois ans puis valorisées avec une progression annuelle de 12 % du portefeuille.
| Année | Capital appelé cumulé | Frais cumulés | Valeur brute des participations | Valeur liquidative nette | En pourcentage du capital appelé |
|---|---|---|---|---|---|
| Année 1 | 25 000 euros | 5 000 euros | 25 000 euros | 20 000 euros | 80,0 % |
| Année 2 | 50 000 euros | 7 000 euros | 50 000 euros | 43 000 euros | 86,0 % |
| Année 3 | 70 000 euros | 9 000 euros | 70 000 euros | 61 000 euros | 87,1 % |
| Année 4 | 85 000 euros | 11 000 euros | 93 400 euros | 82 400 euros | 96,9 % |
| Année 5 | 100 000 euros | 13 000 euros | 119 608 euros | 106 608 euros | 106,6 % |
| Année 6 | 100 000 euros | 15 000 euros | 133 961 euros | 118 961 euros | 119,0 % |
| Année 7 | 100 000 euros | 17 000 euros | 150 036 euros | 133 036 euros | 133,0 % |
La lecture est celle-ci : pendant quatre ans, l'investisseuse voit une valeur inférieure à ce qu'elle a versé, alors même que le portefeuille se comporte conformément à l'hypothèse retenue. Ce n'est pas une contre-performance, c'est l'ordre des opérations. Symétriquement, un fonds qui affiche une valeur flatteuse en année deux ne prouve rien non plus : les participations n'ont pas été vendues, leur valeur est une estimation.
Ce que la courbe en J implique pour la comparaison avec la bourse
Un portefeuille coté n'a pas de courbe en J. Il subit des baisses, parfois violentes, mais son point de départ n'est pas structurellement négatif. Comparer les trois premières années d'un fonds de capital-investissement à celles d'un portefeuille indiciel conduit donc à une conclusion fausse dans un sens, exactement comme comparer les seules années sept à dix conduit à une conclusion fausse dans l'autre. Seul le cycle complet a un sens.
Les frais, poste par poste, comparés au coté
Le 2 et 20, et ce qu'il devient chez les particulières
Le standard historique du secteur est le 2 et 20 : 2 % de frais de gestion annuels sur le capital engagé et 20 % de commission de surperformance au-delà d'un seuil de rentabilité prédéfini, souvent 8 % par an. Sur les véhicules accessibles aux particulières, les frais de gestion annuels observés s'échelonnent plutôt de 1,5 % à 3 % par an, auxquels s'ajoutent des frais d'entrée pouvant atteindre 5 %.
Un point de vocabulaire fait toute la différence : les frais de gestion portent souvent sur le capital engagé, et non sur le capital appelé. Sur un engagement de 100 000 euros, ce sont donc 2 000 euros par an dès la première année, alors que 25 000 euros seulement ont été versés. Rapportés au capital réellement investi, les frais de la première année représentent 8 % de la somme versée. C'est arithmétique, et c'est rarement présenté ainsi.
La comparaison avec un support indiciel
| Poste | Fonds de capital-investissement grand public | Support indiciel coté | Référence |
|---|---|---|---|
| Frais d'entrée | Jusqu'à 5 % | Frais de courtage, souvent quelques euros par ordre | Pratiques de marché constatées sur les véhicules retail |
| Frais de gestion annuels | 1,5 % à 3 % du capital engagé | 0,33 % de frais courants | Plancher France Assureurs 2025, étude du 6 mai 2026 |
| Frais courants en unités de compte | 2,01 %, catégorie la plus chère du marché | 0,33 %, catégorie la moins chère | France Assureurs, exercice 2025 |
| Commission de surperformance | 20 % au-delà d'un seuil souvent fixé à 8 % | Aucune sur un fonds indiciel | Standard 2 et 20 du secteur |
| Couche supplémentaire éventuelle | 0,5 % à 1 % pour un fonds de fonds | Sans objet | Structure de multigestion |
| Frais de l'enveloppe | 0,82 % en assurance-vie en gestion libre | 0,82 % dans la même enveloppe | France Assureurs, gestion libre sur unités de compte |
Sur dix ans, 2 % annuels sur un engagement de 100 000 euros représentent 20 000 euros de frais de gestion cumulés, auxquels s'ajoutent les frais d'entrée et, en cas de succès, la commission de surperformance. Ce n'est pas un argument contre la classe d'actifs : c'est le montant que la performance doit d'abord couvrir avant de produire quoi que ce soit pour l'investisseuse. Notre article ETF ou fonds actifsdéroule le même exercice sur les supports cotés.
Pourquoi le TRI ne se compare pas à la performance d'un indice
Deux mesures, deux questions différentes
C'est le cœur du sujet et il est presque toujours escamoté. Le taux de rendement interne d'un fonds est un taux pondéré par les montants et par les dates : il répond à la question « à quel taux les sommes effectivement versées ont-elles travaillé pendant la durée où elles étaient chez le gérant ». La performance annualisée d'un indice est un taux pondéré par le temps : elle répond à la question « qu'a fait un euro investi au départ et resté investi jusqu'au bout ».
La conséquence est mécanique. Un fonds qui appelle tardivement et distribue tôt affiche un taux de rendement interne élevé sur une durée d'exposition courte, alors que l'investisseuse a dû immobiliser la totalité de son engagement du premier au dernier jour. Le taux décrit le travail de l'argent chez le gérant. Il ne décrit pas l'enrichissement de celle qui a signé l'engagement.
L'exemple complet, chiffres à l'appui
Reprenons l'engagement de 100 000 euros et le calendrier d'appels du tableau précédent. Hypothèse de distributions, posée comme convention de calcul et non comme prévision : 20 000 euros en année 6, 40 000 en année 7, 60 000 en année 8, 50 000 en année 9 et 40 000 en année 10, soit 210 000 euros distribués pour 100 000 euros appelés, ce qui correspond à un multiple de 2,1 fois le capital appelé.
Sur ces flux, le taux de rendement interne net ressort à 12,0 % par an. C'est le chiffre qui figurera sur la plaquette. Calculons maintenant l'autre nombre, celui qui décrit ce qui est arrivé à l'investisseuse. Elle a dû provisionner 100 000 euros dès le départ pour honorer les appels, en les laissant sur un support liquide rémunéré 1,70 % par an, et elle a replacé les distributions au même taux à mesure qu'elles arrivaient. Au bout de dix ans, elle dispose de 219 690 euros, soit une progression de 8,19 % par an sur la somme qu'elle avait engagée.
| Mesure | Résultat | Ce qu'elle décrit | Ce qu'elle ne décrit pas |
|---|---|---|---|
| Taux de rendement interne net du fonds | 12,0 % par an | Le travail des sommes appelées pendant leur durée de présence | Le sort du capital engagé mais non encore appelé |
| Multiple sur capital appelé | 2,1 fois | Le rapport entre distribué et appelé, sans notion de durée | Le rythme, donc la comparaison avec un placement daté |
| Progression annuelle du capital engagé | 8,19 % par an | L'enrichissement réel de celle qui a signé l'engagement | La performance du gérant, qui reste de 12,0 % |
| Capital final sur 100 000 euros engagés | 219 690 euros | Le seul montant comparable à un placement coté | Rien, c'est la mesure de référence à retenir |
| Repère coté, 5 % par an sur 100 000 euros | 162 889 euros | Une convention de calcul sur dix ans | Une prévision, ce qu'elle n'est en aucun cas |
Trois lectures découlent de ce tableau et il faut les tenir ensemble. La première est que l'écart entre 12,0 % et 8,19 % est de 3,8 points par an : c'est le prix de la trésorerie d'attente, et il est structurel, pas accidentel. La deuxième est que, dans cet exemple, le résultat final reste supérieur au repère coté à 5 %. La troisième est que ces deux constatations reposent sur une hypothèse de distributions choisie par nous, et qu'une autre hypothèse inverse la conclusion, comme le montre la section suivante.
Le seul mode de comparaison honnête
La méthode qui répond correctement à la question consiste à simuler ce que les mêmes flux, aux mêmes dates, auraient produit s'ils avaient été investis dans un indice coté, puis à comparer les deux résultats finaux. Elle porte le nom d'équivalent de marché coté. Elle est exigeante en données, rarement présentée aux particulières, et c'est pourtant la seule qui neutralise l'effet de calendrier décrit ci-dessus.
À défaut d'y avoir accès, il existe un réflexe simple et robuste : demander le montant final en euros pour un engagement donné, jamais un taux. Un montant intègre le calendrier, la trésorerie d'attente et les frais. Un taux, non. Cette conversion en euros est le même réflexe que celui décrit dans notre article sur lerendement réel net d'inflation.
La dispersion entre gérants, l'autre chiffre qui manque
La moyenne de la classe d'actifs ne vous concerne pas
La dispersion des résultats entre fonds est bien plus large que sur les actions cotées : la performance moyenne de la classe d'actifs ne décrit pas ce qu'un fonds donné vous rapportera. C'est la différence la plus importante avec la gestion indicielle cotée, où l'écart entre deux fonds répliquant le même indice se compte en fractions de point. Ici, l'écart entre deux fonds du même millésime et de la même stratégie se compte en multiples du capital.
Le tableau ci-dessous reprend exactement le même calendrier d'appels et la même forme de distributions que l'exemple précédent, en faisant varier le seul multiple final. Il montre ce que devient l'engagement de 100 000 euros selon la réussite du fonds, sur les mêmes conventions de trésorerie à 1,70 %.
| Multiple sur capital appelé | Taux de rendement interne net | Capital final sur 100 000 euros engagés | Progression annuelle du capital engagé |
|---|---|---|---|
| 0,7 fois, une partie du capital est perdue | Négatif, de l'ordre de moins 5,3 % | 75 438 euros | Moins 2,78 % par an |
| 1,0 fois, le capital est simplement rendu | 0 % | 106 349 euros | 0,62 % par an, apporté par la seule trésorerie |
| 1,5 fois | 6,4 % | 157 868 euros | 4,67 % par an |
| 2,1 fois | 12,0 % | 219 690 euros | 8,19 % par an |
| 3,0 fois | 18,2 % | 312 423 euros | 12,07 % par an |
Deux lignes de ce tableau méritent d'être lues lentement. Celle du multiple de 1,0 fois d'abord : un fonds qui rend exactement le capital appelé affiche un taux de rendement interne nul, et l'investisseuse termine à 106 349 euros, enrichie uniquement par les intérêts de sa trésorerie d'attente. Dix ans d'immobilisation pour 0,62 % par an. Celle du multiple de 0,7 fois ensuite : la perte en capital n'est pas une hypothèse d'école, elle fait partie du domaine des résultats possibles, et elle peut aller jusqu'à la perte totale.
Le millésime, ce paramètre que personne ne contrôle
L'année de constitution du fonds pèse lourd sur le résultat, parce qu'elle détermine les conditions de prix auxquelles les participations sont acquises et celles auxquelles elles seront revendues. Un fonds qui investit dans une phase de valorisations élevées et cède dans une phase de valorisations basses part avec un handicap que le talent du gérant doit compenser avant de créer la moindre valeur pour l'investisseuse.
La conséquence pratique est admise dans toute la profession : l'étalement sur plusieurs millésimes réduit ce risque de calendrier, exactement comme l'étalement des versements sur un support coté réduit le risque de point d'entrée. Cela suppose de disposer d'un capital suffisant pour souscrire plusieurs fonds sans concentrer son patrimoine, ce qui ramène à la question du poids raisonnable traitée plus bas.
Les données publiques et leurs limites
France Invest publie chaque année, avec un cabinet d'audit, une étude sur la performance nette des acteurs français du capital-investissement, qui constitue la source de référence sur ce marché. Les éditions successives situent le taux de rendement interne net depuis l'origine aux alentours de 12 % par an sur quinze ans. Nous ne reprenons pas ce chiffre comme un rendement comparable à celui d'un indice, pour la raison développée dans la section précédente, et nous ne certifions pas ici la valeur exacte de l'édition en vigueur à la date de lecture : elle se vérifie directement auprès deFrance Invest.
Une précaution de lecture s'ajoute à celle-là. Les études de performance de cette classe d'actifs reposent sur les données que les sociétés de gestion acceptent de communiquer, et les véhicules dissous prématurément sont plus rarement présents dans les bases que les véhicules aboutis. Ce biais de sélection joue dans le même sens que le biais du survivant des classements de fonds cotés, décrit dans notre articleETF ou fonds actifs. Les performances passées ne préjugent pas des performances futures.
Ce que la prime d'illiquidité paie vraiment
La théorie, énoncée simplement
L'argument central du capital-investissement tient en une phrase : un investisseur qui accepte de renoncer à la liquidité doit être rémunéré pour ce renoncement, et cette rémunération supplémentaire s'appelle la prime d'illiquidité. Le raisonnement est solide dans son principe. Il l'est beaucoup moins dès qu'on cherche à en isoler le montant.
Trois raisons pour lesquelles cette prime est difficile à mesurer
La première tient au lissage des valorisations. Les participations sont évaluées trimestriellement, selon des méthodes qui atténuent les variations de court terme. Une classe d'actifs dont la valeur est estimée paraît donc moins volatile qu'une classe d'actifs dont la valeur est cotée, sans que le risque économique sous-jacent soit inférieur. Comparer les deux volatilités affichées revient à comparer un thermomètre à une moyenne mensuelle de températures.
La deuxième tient à l'effet de levier. Une part importante des opérations de rachat repose sur de la dette portée par la société acquise. Le rendement des capitaux propres s'en trouve amplifié, à la hausse comme à la baisse. Une partie de ce qui est présenté comme prime d'illiquidité est en réalité la rémunération d'un risque de levier, qui pourrait être obtenu autrement et qui se paierait alors moins cher.
La troisième tient à la composition. Les portefeuilles de capital-investissement sont concentrés sur des sociétés de taille intermédiaire, dont l'équivalent coté a son propre profil de rendement et de risque. Une partie de l'écart de performance observé s'explique par cette différence de composition, pas par l'illiquidité. Isoler la prime d'illiquidité suppose donc de neutraliser d'abord ces deux effets, ce que très peu de présentations commerciales font.
Ce que la prime d'illiquidité ne paie sûrement pas
Elle ne paie pas une protection contre la baisse. Une société non cotée dont l'activité se dégrade perd de la valeur exactement comme une société cotée, la différence tenant à la date à laquelle cette perte est constatée. Elle ne paie pas non plus une moindre corrélation aux cycles économiques : les sorties se font par cession à un industriel, à un autre fonds ou par introduction en bourse, trois canaux qui se ferment tous en même temps quand les marchés se tendent.
L'accès des particulières et ce qu'il coûte en frais additionnels
Les trois portes d'entrée
Le fonds professionnel de capital-investissement, ou FPCI, impose un ticket de 100 000 euros sauf dérogation. Le fonds commun de placement à risques grand public s'ouvre à partir de quelques milliers d'euros, parfois 1 000 euros. Et l'unité de compte logée dans un contrat d'assurance-vie permet une souscription encore plus fractionnée. Ces trois portes ne donnent pas accès aux mêmes véhicules ni aux mêmes conditions de frais.
La page consacrée au private equity présente les familles de véhicules, et la sélection des supports relève d'un examen contrat par contrat que cet article ne prétend pas remplacer. Un point mérite d'être posé clairement : le fractionnement de l'accès ne fractionne pas la contrainte de durée. Un fonds logé dans un contrat d'assurance-vie reste bloqué pour la même durée que le fonds lui-même.
Le coût de l'accès fractionné
La souplesse d'accès se paie en couches de frais. Un fonds de fonds ajoute 0,5 % à 1 % par an à la structure du fonds sous-jacent. Une unité de compte en assurance-vie ajoute les frais de gestion du contrat, 0,82 % en moyenne en gestion libre sur unités de compte selon France Assureurs pour l'exercice 2025, aux 2,01 % de frais courants moyens des supports de private equity, soit environ 2,83 % par an avant toute commission de surperformance.
| Véhicule | Ticket d'entrée constaté | Couches de frais | Liquidité | Fiscalité des gains |
|---|---|---|---|---|
| Fonds professionnel de capital-investissement | 100 000 euros sauf dérogation | Une seule, celle du fonds | Aucune avant liquidation, marché secondaire décoté | Selon le régime du véhicule et la durée de détention |
| Fonds commun de placement à risques grand public | À partir de 1 000 euros | Une, plus les frais d'entrée | Aucune pendant la période de blocage | Exonération d'impôt sur le revenu sous conditions, dont cinq ans de conservation |
| Fonds de fonds | Variable | Deux, avec 0,5 % à 1 % supplémentaires par an | Identique au sous-jacent | Selon le véhicule |
| Unité de compte en assurance-vie | Souvent quelques milliers d'euros | Deux, environ 2,83 % par an au total | Fonction du support, souvent bloquée dans les mêmes termes | Régime de l'assurance-vie, prélèvement forfaitaire unique de 30 % |
Le point fiscal, en trois cas
Trois régimes coexistent et ils ne conduisent pas au même résultat net. En détention directe de titres ou de parts imposables, les gains relèvent du prélèvement forfaitaire unique, porté à 31,4 % depuis la hausse des prélèvements sociaux à 18,6 % prévue par l'article 12 de la loi de financement de la sécurité sociale pour 2026, loi n° 2025-1403. Le sujet du choix entre ce prélèvement et le barème est traité dans notre articleflat tax ou barème progressif.
En fonds commun de placement à risques respectant les conditions de l'article 163 quinquies B du code général des impôts, notamment une conservation des parts pendant cinq ans et le réinvestissement des distributions, les gains sont exonérés d'impôt sur le revenu, les prélèvements sociaux restant dus au taux applicable aux revenus du capital mobilier. En assurance-vie enfin, le prélèvement forfaitaire unique reste de 30 %, l'enveloppe ayant été expressément exclue de la hausse des prélèvements sociaux de 2026.
Un quatrième cas concerne les dirigeantes qui viennent de céder leur société. Le réinvestissement dans des fonds de capital-investissement est l'une des voies d'emploi du produit de cession dans le cadre du report d'imposition de l'article 150-0 B ter du code général des impôts, qui impose depuis la loi n° 2026-103 du 19 février 2026 un réinvestissement de 70 % dans les trois ans et une conservation de cinq ans, avec exclusion de la promotion immobilière, du marchand de biens et de la location d'immeubles. Le fait générateur y est la cession, pas l'apport. Le sujet est développé dans notreguide de l'apport-cession et sur la pagedédiée aux dirigeants.
Private equity ou bourse : le vrai critère est la capacité à immobiliser
Le test en trois questions
Tout ce qui précède se résume à une question unique, et elle ne porte pas sur le rendement attendu. Pouvez-vous vous passer de cette somme pendant dix ans, y compris si un projet immobilier, un changement professionnel ou un accident de la vie survient entre-temps. Pouvez-vous honorer des appels de fonds à des dates que vous ne choisissez pas. Et pouvez-vous supporter de voir une valeur inférieure à votre versement pendant trois ou quatre ans sans chercher à sortir.
Si l'une de ces trois réponses est non, la question du rendement ne se pose pas : la contrainte de liquidité tranche avant elle. C'est la seule hiérarchie qui tienne, et elle est l'exact inverse de l'ordre dans lequel ces produits sont habituellement présentés.
Le poids raisonnable dans un patrimoine
La question du poids se pose avant celle du choix du fonds. Le ticket de 100 000 euros d'un fonds professionnel représente 20 % d'un patrimoine financier de 500 000 euros, contre 50 % à 200 000 euros. C'est le seuil à partir duquel l'accès direct à ce véhicule cesse d'être une aberration de concentration, sans devenir pour autant une évidence. Notre article sur ce que rapportent 500 000 euros placéstraite cette question d'allocation en détail.
| Situation | Ce que la contrainte de liquidité impose | Ce qui reste à examiner ensuite |
|---|---|---|
| Épargne de précaution non constituée | La question ne se pose pas encore | Le niveau de trésorerie disponible avant tout engagement |
| Projet immobilier dans les cinq ans | Le capital correspondant reste disponible | Le solde éventuellement engageable, une fois le projet chiffré |
| Revenus dépendants du même secteur d'activité | Le risque se cumule avec celui du patrimoine professionnel | La diversification sectorielle réelle du portefeuille |
| Patrimoine financier concentré sur un seul véhicule | La concentration prime sur la performance attendue | L'étalement sur plusieurs millésimes et plusieurs stratégies |
| Produit de cession d'entreprise à réemployer | Le calendrier fiscal impose ses propres échéances | L'articulation avec le report d'imposition et ses exclusions |
Le cas particulier de la cession d'entreprise
C'est la situation dans laquelle cette classe d'actifs revient le plus souvent, pour deux raisons qui n'ont rien à voir entre elles. La première est fiscale, avec le report d'imposition évoqué plus haut. La seconde est comportementale : une dirigeante qui a construit une société connaît le fonctionnement des entreprises non cotées et se sent plus à l'aise avec cette classe d'actifs qu'avec un indice mondial. Cette familiarité est un mauvais critère d'allocation, parce qu'elle ne réduit en rien le risque encouru. Nos articles surla fiscalité de la cession d'entreprise et sur l'emploi du produit d'une sortietraitent ce moment de bascule.
Six erreurs fréquentes dans cet arbitrage
Comparer un taux de rendement interne à la performance d'un indice
C'est l'erreur mère, celle dont découlent la plupart des autres. Les deux nombres ne mesurent pas la même chose et l'écart joue systématiquement en faveur du premier. La seule comparaison recevable porte sur un montant final en euros, pour un engagement donné, sur une même période.
Oublier de compter la trésorerie d'attente
Le capital engagé et non appelé doit rester disponible, donc placé à un taux faible. Dans l'exemple déroulé plus haut, ce seul mécanisme explique 3,8 points d'écart annuel entre le taux affiché par le fonds et la progression réelle du capital engagé.
Prendre la valeur liquidative d'un fonds jeune pour une performance
Pendant les premières années, la valeur liquidative reflète surtout le calendrier des frais et une valorisation au coût d'acquisition. Un recul n'annonce rien de mauvais, une hausse n'annonce rien de bon. Seules les distributions effectives sont des faits.
Engager une somme dont on aura peut-être besoin
C'est l'erreur la plus coûteuse, parce qu'elle se solde par une cession sur le marché secondaire, avec décote et sous réserve d'agrément. La liquidité y est limitée par construction et n'a rien de comparable à celle d'un portefeuille coté.
Souscrire un seul fonds, sur un seul millésime
La dispersion entre gérants et l'effet de millésime sont tous deux plus violents que sur les actifs cotés. Un fonds unique expose au résultat d'une équipe et d'une fenêtre de marché, c'est-à-dire à deux paris simultanés que rien ne diversifie.
Confondre familiarité et compétence d'analyse
Avoir dirigé une entreprise apprend beaucoup sur les entreprises, et rien sur la sélection d'un fonds, la lecture d'un règlement, la structure d'un carried interest ou le calendrier de sortie d'un portefeuille. Ce sont deux métiers différents.
Ce qu'un article ne peut pas trancher à votre place
Les chiffres de cet article se vérifient et se refont. L'écart de frais est publié par France Assureurs, le calcul du taux de rendement interne est arithmétique, et chaque ligne des tableaux peut être recalculée avec vos propres hypothèses de calendrier et de distributions. Ce qu'aucun tableau ne dit, c'est quelle part de votre patrimoine peut supporter dix ans d'immobilisation, quelle est votre exposition professionnelle au même risque économique, et comment ce placement s'articule avec vos échéances fiscales.
Cette réponse dépend de l'âge, du régime matrimonial, de la structure des revenus, des autres actifs détenus et de la date à laquelle l'argent sera utilisé. Un article expose un mécanisme et des ordres de grandeur, il ne délivre aucune recommandation personnalisée, et c'est exactement la limite qui justifie un examen de situation. Solstice Patrimoine n'est lié ni à un groupe bancaire ni à un assureur, ce qui permet d'examiner les règlements de fonds et les grilles de frais sans avoir de gamme à placer : c'est le sens de l'architecture ouverte.
Le diagnostic patrimonial permet de cadrer la question de la capacité d'immobilisation en quelques minutes, et lebilan patrimonial replace un engagement de dix ans dans l'allocation d'ensemble et dans le calendrier des projets, ce qu'aucune plaquette de fonds ne fait. Pour les dirigeantes concernées par un report d'imposition, la page apport-cession précise le cadre applicable.
Rappels de méthode et de risque, valables pour tous les chiffres de cet article. Les calendriers d'appels, les hypothèses de distributions, le taux de trésorerie de 1,70 % et le repère coté de 5 % par an sont des conventions de calcul destinées à isoler des mécanismes, en aucun cas des prévisions. Aucun placement ne garantit un rendement, les performances passées ne préjugent pas des performances futures, le capital investi en capital-investissement n'est pas garanti et la perte peut être totale, la liquidité y est limitée pendant toute la durée de vie du fonds. Cet article a une vocation strictement informative et ne constitue pas une recommandation personnalisée d'investissement.
Questions fréquentes
- Pourquoi le TRI d'un fonds ne se compare-t-il pas à la performance d'un indice ?
- Le taux de rendement interne est pondéré par les montants et les dates : il mesure le travail des sommes effectivement appelées. La performance d'un indice est pondérée par le temps et suppose un capital investi en une fois. Dans l'exemple de cet article, un fonds à 12,0 % de taux de rendement interne net ne fait progresser que de 8,19 % par an le capital engagé, la différence tenant à la trésorerie d'attente.
- Combien de temps le capital est-il bloqué en private equity ?
- Huit à dix ans dans la plupart des cas, sans faculté de rachat, et un fonds peut proroger sa durée de vie d'une à trois années supplémentaires si les cessions prennent du retard. La revente sur le marché secondaire se traite couramment avec une décote et suppose l'agrément de la société de gestion. La liquidité est donc limitée pendant toute la durée de vie du fonds.
- Qu'est-ce que la courbe en J d'un fonds de capital-investissement ?
- Les frais sont prélevés dès la première année, alors que les participations mettent plusieurs exercices à se valoriser. La valeur liquidative recule donc mécaniquement pendant les deux à quatre premières années, sans que cela dise quoi que ce soit du résultat final. Dans l'illustration de cet article, elle représente 80 % du capital appelé en année 1 et repasse au-dessus de 100 % en année 5.
- Quels frais paie-t-on sur un fonds de private equity ?
- Le standard historique est le 2 et 20 : 2 % de frais de gestion annuels sur le capital engagé et 20 % de commission de surperformance au-delà d'un seuil souvent fixé à 8 %. Sur les véhicules grand public, les frais de gestion vont de 1,5 % à 3 % par an avec des frais d'entrée jusqu'à 5 %. En unités de compte, les frais courants atteignaient 2,01 % en 2025 selon France Assureurs, contre 0,33 % pour un fonds indiciel.
- Peut-on perdre de l'argent en private equity ?
- Oui, le capital n'est pas garanti et la perte peut être totale. La dispersion des résultats entre fonds est bien plus large que sur les actions cotées, si bien que la performance moyenne de la classe d'actifs ne décrit pas ce qu'un fonds donné rapportera. Un fonds qui rend exactement le capital appelé affiche un taux de rendement interne nul après dix ans d'immobilisation.
- Quelle fiscalité s'applique aux gains de private equity ?
- En détention directe imposable, le prélèvement forfaitaire unique s'élève à 31,4 % depuis la hausse des prélèvements sociaux à 18,6 % prévue par la loi de financement de la sécurité sociale pour 2026. En fonds commun de placement à risques remplissant les conditions de l'article 163 quinquies B du code général des impôts, dont cinq ans de conservation, les gains sont exonérés d'impôt sur le revenu, les prélèvements sociaux restant dus. En assurance-vie, le prélèvement reste de 30 %.
- Quel montant faut-il pour investir en capital-investissement ?
- Le fonds professionnel de capital-investissement impose un ticket de 100 000 euros sauf dérogation, ce qui représente 20 % d'un patrimoine financier de 500 000 euros et 50 % d'un patrimoine de 200 000 euros. Les fonds communs de placement à risques grand public s'ouvrent à partir de quelques milliers d'euros, et les unités de compte en assurance-vie permettent un accès plus fractionné, au prix de frais supplémentaires.