SLSTICE
Patrimoine

Pourquoi j'ai fondé Solstice

Emeline Siron·

J'ai géré environ 250 millions d'euros d'immobilier de santé pour un fonds, puis j'ai investi pour moi et découvert que la méthode d'analyse de ce métier n'était accessible à presque personne. Mes chiffres réels, mes deux galères, et l'écart de pratique qui a fondé Solstice Patrimoine.

Emeline Siron et la gestion de patrimoine : la réponse directe

Je suis Emeline Siron, fondatrice de Solstice Patrimoine. Avant de faire de la gestion de patrimoine, j'ai été asset manager dans un fonds d'investissement, sur un portefeuille d'environ 250 millions d'euros d'immobilier de santé en Europe : des établissements d'hébergement pour personnes âgées dépendantes, des cliniques, des chantiers de plus de 4 000 mètres carrés. Ce métier m'a appris une chose, une seule, qui compte vraiment : une méthode d'analyse écrite, chiffrée, appliquée de la même façon à chaque dossier, avant toute décision. Quand j'ai commencé à investir pour moi, j'ai simplement sorti la même grille. Et j'ai découvert que cette grille, dans le conseil patrimonial destiné aux particuliers, n'était accessible à presque personne.

C'est cet écart qui a fondé Solstice Patrimoine, et rien d'autre. Pas une envie d'entreprendre, pas une suite logique de carrière. Un constat très concret : les outils du métier institutionnel, tableau de flux sur toute la durée de détention, test de résistance à la vacance, coût complet de détention, comparaison des enveloppes avant comparaison des supports, ne sont pas rares parce qu'ils seraient secrets. Ils sont rares parce que le modèle économique du conseil de détail rend leur production coûteuse et peu rentable, et qu'une particulière n'a en général aucun moyen de vérifier si on les a utilisés pour elle.

Cet article raconte ce parcours, mais ce n'est pas un portrait. C'est la démonstration d'un problème de marché, avec mes chiffres réels, mes erreurs et ce qu'elles ont coûté. Vous n'y trouverez aucune promesse de résultat, aucun rendement annoncé, aucune recommandation personnalisée : ces trois choses ne peuvent pas figurer dans un article, et la dernière est justement la raison d'être d'un rendez-vous.

Ce que l'on apprend en gérant 250 millions d'euros pour un fonds

Une asset manager en immobilier ne cherche pas des biens. Elle pilote la valeur d'un portefeuille déjà constitué : elle décide des travaux, renégocie les baux, arbitre entre conserver, céder et restructurer, et rend des comptes sur chaque décision. Mon terrain, c'était l'immobilier de santé : établissements d'hébergement pour personnes âgées dépendantes, cliniques, opérations de plus de 4 000 mètres carrés. Des actifs lourds, des exploitants, des baux longs, des normes.

La grille, l'objet central du métier

Dans un fonds, personne ne dit jamais devant un comité d'investissement qu'un actif lui plaît. La phrase n'existe pas. On présente un tableau. Ce tableau contient l'ensemble des flux année par année sur toute la durée de détention envisagée, les hypothèses explicitées une par une, et les variantes : que devient le dossier si la vacance passe de 4 à 10 %, si les travaux dérapent de 20 %, si les conditions de sortie se dégradent. Une décision d'investissement est un document, pas une intuition.

Ce que cette discipline apporte n'est pas de la certitude. Aucun tableau ne dit l'avenir. Elle apporte quelque chose de plus utile : elle rend visible ce qui ferait échouer le dossier. Vous ne savez pas si cela marchera, mais vous savez précisément par où cela peut casser, et à partir de quel seuil. C'est toute la différence entre un risque accepté et un risque ignoré.

Ce que la grille interdit

Elle interdit surtout de raisonner sur un seul chiffre. Un rendement brut affiché ne veut rien dire tant que l'on n'a pas retiré la vacance, les charges non récupérables, la taxe foncière, l'assurance, la gestion, les travaux d'entretien lissés et la fiscalité. Nous détaillons ce calcul complet dans notre article sur le rendement locatif net et sa méthode de calcul, et le principe est exactement le même sur un actif de 300 000 euros que sur une clinique de 40 millions.

Elle interdit aussi de comparer deux placements sans les ramener au même net. Un exemple simple, avec des chiffres publics et datés : le taux de distribution moyen des sociétés civiles de placement immobilier s'est établi à 4,91 % en 2025 selon le bilan annuel de l'ASPIM publié le 9 février 2026, avec une dispersion réelle de 4,2 % pour le résidentiel à 6 % pour les véhicules diversifiés. Ce chiffre est brut de fiscalité de l'investisseuse. Comparé au 2,63 % servi en moyenne par les fonds en euros des contrats individuels en 2025 selon l'ACPR dans ses Analyses et Synthèses n° 180 du 30 juin 2026, ou au 1,70 % du Livret A depuis l'arrêté du 28 juillet 2026, l'écart affiché n'a de sens qu'une fois la fiscalité et le risque de chaque enveloppe intégrés. Les performances passées ne préjugent pas des performances futures, et le capital investi en parts de sociétés civiles de placement immobilier n'est pas garanti, avec une liquidité limitée.

Ce que la particulière reçoit à la place

Voici, en résumé, l'écart de pratique que j'ai constaté en passant d'un côté à l'autre. Il ne s'agit pas d'un procès d'intention : la colonne de droite décrit ce qui est fréquent, pas ce qui est général.

Étape de décisionPratique institutionnellePratique fréquente en conseil de détailConséquence pour l'investisseuse
Analyse du fluxTableau année par année sur toute la durée de détention, hypothèses écritesUn rendement affiché, parfois une simulation sur la première annéeLe trou de trésorerie de l'année 6 ou 7 n'apparaît jamais
Test de résistanceScénarios dégradés obligatoires : vacance, travaux, conditions de sortieScénario unique, souvent central ou favorableOn découvre le seuil de rupture en le franchissant
Coût completTous les frais entrants, courants et de sortie sont modélisésFrais d'entrée cités, frais de sortie et fiscalité de cession rarementLe net réel s'écarte du net annoncé
Ordre des questionsStructure et enveloppe de détention d'abord, support ensuiteSupport d'abord, structure ajustée après coupUn bon actif dans une mauvaise enveloppe donne un mauvais net
TraçabilitéChaque hypothèse est datée, sourcée et opposablePeu de trace écrite des hypothèses retenuesImpossible de rejouer la décision deux ans plus tard

Une précision qui évite les malentendus : cet écart n'est pas de la malhonnêteté. Produire un tableau de flux complet avec ses variantes prend des heures. Dans un modèle où le conseil est financé par la distribution d'un produit, ces heures ne sont pas payées. Le problème est structurel, pas moral, et c'est justement ce qui le rend intéressant à traiter.

D'où je viens, et pourquoi cela change ma façon de faire de la gestion de patrimoine

Je ne viens pas de la finance. Je suis fille de garagiste, à Domont, dans le Val-d'Oise. Mes parents étaient commerçants. On ne parlait pas d'allocation d'actifs à table, on parlait de chiffre d'affaires, de charges, de mois creux et de clients qui payent en retard. C'est une éducation économique très concrète, et elle m'a servi plus que n'importe quel cours.

Une maison retapée pendant vingt ans

Mes parents ont acheté une maison familiale en Normandie qu'ils ont retapée sur vingt ans. Je bricolais avec mon père. Vingt ans de chantier, ce n'est pas une anecdote sympathique : c'est la raison pour laquelle je suis à l'aise sur un chantier aujourd'hui, pourquoi je sais lire un devis, et surtout pourquoi je repère une ligne absente d'un devis, ce qui est bien plus utile.

Cette aisance a un effet direct sur mon travail actuel. Quand une cliente présente un projet comportant un poste travaux, je ne regarde pas seulement le montant, je regarde ce qui n'y figure pas. Les aides existantes sur la rénovation énergétique, que nous détaillons dans notre article sur les aides à la rénovation énergétique, ne rattrapent jamais un devis mal cadré au départ.

Le bac loupé avec 27 points d'avance

J'ai loupé mon bac alors que j'avais 27 points d'avance. Ce n'est pas un accident de révisions, c'est un conflit avec l'école. Je l'ai repassé en candidat libre. J'en tire une conclusion que j'applique encore : un système peut vous rendre un résultat faux si vous refusez d'en jouer les règles, et il vaut mieux comprendre les règles avant de décider lesquelles vous acceptez. En matière patrimoniale, c'est exactement la même chose avec la fiscalité.

Les diplômes, ensuite

J'ai fait un BTS professions immobilières, puis une licence de gestion immobilière en alternance à la RIVP, puis un master de gestion de patrimoine immobilier. Ce parcours n'a rien de spectaculaire sur le papier, et c'est pour cela que je le raconte : il est intégralement technique. Je n'ai jamais appris à vendre un produit financier, j'ai appris à analyser un actif et à le gérer.

Deux burn-out, et une phrase

J'ai fait deux burn-out dans la vingtaine. Je résume cette période par une phrase que je reprends telle quelle : subir ma vie malgré un bon CV. Je n'entrerai pas dans le détail, ce n'est pas le sujet de ce site. Ce qui est le sujet, c'est la conséquence professionnelle : depuis, je n'évalue plus un investissement uniquement sur son rendement. Je l'évalue sur sa capacité à tenir quand la personne qui le porte ne va pas bien. C'est devenu un critère de sélection, au même titre que le taux.

Le déclic : accompagner une amie, puis signer deux immeubles

Il n'y a pas eu de plan. J'ai accompagné une amie visiter un bien. Je regardais l'appartement avec mes réflexes de bureau : l'état des parties communes, la cohérence du loyer avec le marché local, ce que coûterait la remise en état, ce que dirait le tableau de flux. Et j'ai ressenti quelque chose de très simple : ce que je savais faire était utile, immédiatement, concrètement, à quelqu'un.

Deux semaines plus tard, quinze appartements

Environ deux semaines après cette visite, j'ai signé deux immeubles. Un de 7 lots et un de 8, soit 15 appartements. Cela peut ressembler à de l'inconscience. Ce n'en était pas, et la nuance est importante : je n'ai rien improvisé, j'ai appliqué les tableaux et les business plans que j'utilisais tous les jours au bureau. La rapidité ne venait pas d'une prise de risque supérieure, elle venait du fait que le travail d'analyse était déjà outillé.

J'ai ensuite gardé l'immeuble de 8. C'est celui dont je donne les chiffres plus bas, et c'est aussi celui qui m'a offert mes deux premières vraies galères. Pour tout ce qui concerne la préparation d'une première opération, nous avons détaillé la marche à suivre dans notre article sur le premier investissement locatif.

Ce que j'ai fait de différent, c'est-à-dire rien d'original

Je n'ai eu accès à aucune information privilégiée. Les deux immeubles étaient sur le marché. La seule différence tenait à la grille : j'avais un modèle de calcul déjà construit, des hypothèses de charges issues de dossiers réels, et l'habitude de tester le dossier à la baisse avant de le tester à la hausse. C'est tout. Et c'est précisément pour cela que l'écart m'a sauté aux yeux : ce n'était pas un talent, c'était un outil, et un outil se transmet.

Mon premier investissement, les galères que personne ne met en vitrine

Je tiens à ce que cette partie soit longue, parce que c'est la seule qui établisse vraiment une crédibilité. Tout le monde peut afficher une réussite. Peu de gens racontent ce qui a mal tourné, et c'est pourtant là que se trouve la méthode.

L'arnaque aux travaux

Sur mon premier investissement, je me suis fait avoir sur les travaux. J'avais vingt ans de chantier familial derrière moi et un métier où je pilotais des opérations de plus de 4 000 mètres carrés. Cela n'a rien empêché. C'est le point important : la compétence technique ne protège pas d'une arnaque, seule la procédure protège. Un devis détaillé poste par poste, des références vérifiées, un échéancier de paiement adossé à l'avancement réel et non au calendrier, une retenue de garantie. Rien de tout cela ne relève du talent, tout relève de la discipline.

Depuis, je n'ai jamais recommencé à payer avant constat d'avancement. Et je ne me porte garante d'aucun artisan ni d'aucun professionnel, pour la même raison : la garantie ne doit pas reposer sur une relation, elle doit reposer sur un contrat. Le sujet du coût réel des travaux et de la façon de le maîtriser est traité en détail dans l'épisode du podcast Out of the Box consacré aux travaux et à la rénovation.

Une remarque de fiscalité, qui n'est pas anodine. Les travaux mal cadrés coûtent deux fois : une fois en trésorerie, une fois en déductibilité, parce qu'un poste mal qualifié ne se traite pas de la même manière selon qu'il constitue une charge déductible, une dépense d'amélioration ou une construction. L'imputation d'un déficit foncier sur le revenu global reste plafonnée à 10 700 euros par an au titre de l'article 156, I, 3° du code général des impôts, et le doublement à 21 400 euros pour certains travaux de rénovation énergétique ne visait que les dépenses payées jusqu'au 31 décembre 2025. Le mécanisme est détaillé dans notre article sur le déficit foncier et son mode d'emploi.

Le chauffage qui lâche en novembre, avec 8 locataires

L'autre galère est plus banale et beaucoup plus instructive. Le chauffage de l'immeuble a lâché en novembre. Huit locataires dans le bâtiment. Il n'y a pas de négociation possible, pas de délai raisonnable, pas d'arbitrage économique à faire : vous réparez, vous payez, et vous payez au tarif de l'urgence en pleine saison de chauffe.

Ce jour-là, j'ai compris quelque chose que ma grille institutionnelle contenait déjà mais que je n'avais pas assez pesé dans mon propre dossier : la trésorerie n'est pas un confort, c'est un organe vital. Un investissement qui dégage un excédent mensuel mais qui n'a aucune réserve mobilisable est fragile, même s'il est rentable sur le papier. Depuis, tout dossier que j'analyse porte une ligne de provision pour gros entretien, et je teste systématiquement ce qui se passe si un poste imprévu de plusieurs milliers d'euros tombe la même année qu'un impayé. Sur ce dernier point, la marche à suivre est détaillée dans notre article sur la conduite à tenir face à un impayé de loyer.

Ce que ces deux épisodes ont produit comme règles

IncidentCe qui a réellement fait défautRègle que j'en ai tiréeOù elle s'applique aujourd'hui
Arnaque aux travauxAucune procédure de paiement adossée à l'avancementLe paiement suit le constat, jamais le calendrierTout projet comportant un poste travaux
Arnaque aux travauxDevis global au lieu d'un devis poste par posteCe qui n'est pas chiffré ligne à ligne n'est pas chiffréLecture de tout devis avant signature
Chauffage en novembreAbsence de réserve mobilisable immédiatementUne provision pour gros entretien est une ligne du plan, pas une optionTout tableau de flux sur un bien détenu en direct
Chauffage en novembreScénario unique, sans cumul d'aléasOn teste le cumul : panne lourde et impayé la même annéeTout test de résistance d'un projet immobilier

Les chiffres réels de l'immeuble de 8

Voici les chiffres de l'immeuble que j'ai conservé. Je les donne parce qu'un article degestion de patrimoine qui ne montre aucun chiffre réel ne vaut pas grand-chose, et parce qu'ils illustrent exactement ce que j'appelle l'autofinancement.

Poste mensuelMontantNatureCe que cela m'apprend
Loyers encaissésenviron 3 250 eurosRecette, 8 lotsLa recette dépend de 8 locataires, pas d'un seul
Échéance de crédit1 250 eurosCharge fixe non compressibleEnviron 38 % des loyers, le poste qui ne se négocie plus après signature
Charges700 eurosCharge variable et fiscaleEnviron 22 % des loyers, le poste que l'on sous-estime le plus
Solde avant impôts et provisionsenviron 1 300 eurosExcédent brutCe n'est pas un revenu disponible : la fiscalité et les provisions s'y imputent

Ce que ce tableau ne dit pas

Il ne dit pas que ces chiffres sont reproductibles. Ils viennent d'une opération précise, dans un marché précis, avec un financement obtenu à un moment précis. Ils ne constituent ni une norme ni une promesse : aucun investissement locatif ne garantit un rendement, et la vacance comme l'impayé font partie du modèle, pas de l'accident.

Il ne dit pas non plus l'impôt. Les revenus fonciers supportent 17,2 % de prélèvements sociaux, taux resté inchangé malgré la hausse portée par l'article 12 de la loi de financement de la sécurité sociale pour 2026, à laquelle s'ajoute votre tranche marginale d'imposition. Un solde de 1 300 euros avant impôts se transforme en un solde très différent après impôts selon le régime retenu, et c'est exactement pour cela que la question du régime se pose avant l'achat et non à la première déclaration.

Enfin, il ne dit rien du travail. Huit lots, ce sont huit baux, huit états des lieux, huit régularisations de charges. Le choix de déléguer ou non se chiffre, et nous l'avons chiffré dans notre article sur la délégation de la gestion locative. Vous pouvez tester vos propres hypothèses avec notre simulateur de rendement locatif.

La SCI avec mon père, et la maison de 140 mètres carrés

L'opération suivante a été montée en société civile immobilière avec mon père. Une maison de 140 mètres carrés, transformée en 7 studios. Deux choses méritent d'être dites, parce qu'elles sont contre intuitives.

La structure n'est pas un détail technique

Une société civile immobilière n'est pas un outil magique, c'est un cadre juridique et fiscal qui répond à une question précise : qui détient, avec qui, et que se passe-t-il si l'un des deux veut sortir. Monter une société civile avec un parent, c'est organiser à l'avance une situation qui, sinon, se réglera au pire moment possible. Le choix du régime fiscal de la société est une décision distincte et lourde de conséquences, que nous comparons dans notre article sur le choix entre la location meublée non professionnelle et la société civile à l'impôt sur les sociétés.

Diviser, c'est produire de la valeur, pas seulement du loyer

Transformer 140 mètres carrés en 7 studios n'est pas un tour de passe-passe. C'est un chantier, avec des contraintes de décence, de surface minimale, de réseaux et d'accès. Le gain vient de la création d'unités locatives supplémentaires, mais il se paye en complexité de gestion et en coût de travaux. C'est typiquement le genre d'opération où un tableau de flux honnête évite de confondre la valeur créée et le travail fourni.

Sortir du salariat : deux dates et un préavis

On raconte souvent ces sorties comme un saut. Dans les faits, c'est une procédure administrative avec un délai. J'ai posé ma démission le 5 septembre 2021 et j'ai officiellement quitté le salariat le 28 février 2022. Entre les deux, un préavis. Ce n'est pas une contradiction, c'est le fonctionnement normal d'un contrat de travail, et je le précise parce que la différence entre ces deux dates dit quelque chose d'utile sur la gestion du risque.

DateÉvénementSituation de revenusCe que cela illustre
5 septembre 2021Démission poséeSalaire et loyers cumulésLa décision se prend quand les revenus de remplacement existent déjà
Septembre 2021 à février 2022PréavisSalaire et loyers cumulésUne période de recouvrement, pas une rupture nette
28 février 2022Sortie effective du salariatEnviron 15 000 euros de loyers par mois, soit environ 6 000 euros netsLe brut n'est pas le net : le rapport est ici d'environ 2,5 pour 1

Le chiffre qui compte dans ce tableau n'est pas 15 000 euros, c'est 6 000. L'écart entre les deux est fait de crédits, de charges, de taxes foncières, d'assurances, de gestion, de travaux et d'impôt. Une personne qui raisonne sur les loyers bruts se trompe d'un facteur deux et demi sur sa capacité réelle à vivre de son patrimoine. C'est l'erreur la plus fréquente que je vois, et elle n'a rien à voir avec un manque d'intelligence : elle vient simplement de ce que personne n'a jamais montré le tableau complet à ces personnes.

Nous avons repris ce raisonnement de façon générale, hors de mon cas personnel, dans notre article sur le capital nécessaire pour vivre de ses rentes. Et sur la question du financement d'une première opération, le sujet est traité dans l'épisode du podcast Out of the Box consacré à l'investissement sans apport.

Le problème que le marché de la gestion de patrimoine ne résout pas

Nous arrivons au cœur de l'article. Tout ce qui précède n'a d'intérêt que pour établir un constat, et ce constat tient en une phrase : la méthode d'analyse que j'utilisais pour un fonds de 250 millions d'euros n'est pas structurellement disponible pour une personne qui dispose de 80 000, 200 000 ou 600 000 euros à placer. Non parce qu'elle serait trop complexe, mais parce que le modèle économique du conseil de détail ne la finance pas.

Les trois symptômes que l'on observe

Le premier symptôme est l'inversion de l'ordre des questions. On propose un produit, puis on cherche la situation qui le justifie. L'ordre correct est l'inverse : on établit la situation, les projets datés, la contrainte fiscale, l'horizon de chaque poche, et le produit n'arrive qu'à la fin, parfois pas du tout. Notre article sur l'allocation patrimoniale et les modèles tout faits démonte cette inversion par le calcul.

Le deuxième symptôme est l'absence de scénario dégradé. Une simulation qui ne montre qu'une trajectoire favorable n'est pas une simulation, c'est une plaquette. Un fonds ne présente jamais un dossier sans variante à la baisse, et il n'y a aucune raison qu'une particulière ait droit à moins de rigueur qu'un comité d'investissement.

Le troisième symptôme est l'opacité sur ce que coûte le conseil. Un conseil présenté comme sans frais est toujours payé, simplement pas par une ligne visible. Nous avons décrit ce mécanisme dans notre article sur le conseil patrimonial présenté comme gratuit et dans celui sur les rétrocessions et commissions perçues par un conseil en gestion de patrimoine.

Pourquoi ce n'est pas un problème de personnes

Cause structurelleEffet observableCe que cela produit chez l'investisseuseCe qui corrigerait
Le conseil est financé par la distribution d'un produitLe temps d'analyse non suivi d'une souscription n'est pas payéUn diagnostic écourté, une préconisation rapideFacturer ou assumer explicitement le temps d'analyse
Les outils institutionnels sont lourds à produireTableau de flux complet remplacé par une simulation d'une pageLes seuils de rupture restent invisiblesIndustrialiser la grille, pas la supprimer
Peu de conseils ont exploité eux-mêmes un actifLes coûts de gestion réelle sont sous-estimésUn plan qui tient sur le papier et pas au premier hiverConfronter les hypothèses à des données d'exploitation réelles
La rémunération n'est pas toujours explicitée d'embléeL'investisseuse ne peut pas pondérer le conseil reçuUne confiance mal calibrée, dans un sens ou dans l'autreCommuniquer le mode de rémunération par écrit avant tout engagement

Ce tableau explique pourquoi j'ai monté un cabinet plutôt que d'écrire un livre de plus. Un constat structurel se corrige par une organisation, pas par une opinion.

Mes convictions, et ce qui les fonde

Elles sont peu nombreuses, et elles viennent toutes d'un dossier réel, pas d'une lecture.

L'autofinancement prime sur le cash-flow

L'autofinancement, c'est la capacité d'un bien à couvrir ses propres charges et son crédit sans que vous ayez à remettre de l'argent chaque mois. Le cash-flow, c'est ce qui reste au-delà. On vend beaucoup le second, je regarde d'abord le premier, et la définition complète figure dans notre entrée de glossaire consacrée à l'autofinancement.

La raison est arithmétique. Un bien qui s'autofinance ne consomme pas votre capacité d'endettement future de la même façon qu'un bien qui ponctionne 250 euros par mois, et surtout il ne vous met pas en difficulté le jour où vos revenus baissent. Un cash-flow élevé obtenu au prix d'un montage tendu est une performance affichée, pas une sécurité.

La fiscalité est un levier, pas une stratégie

Je le dis exactement comme cela depuis des années. Un dispositif fiscal améliore un bon dossier, il ne sauve jamais un mauvais actif. Si le bien est mal placé, si le loyer de marché ne tient pas, si les charges dérapent, aucune réduction d'impôt ne compense, parce que l'avantage fiscal est ponctuel et que le défaut d'exploitation est permanent.

Un exemple concret de cette hiérarchie : la réforme du calcul de la plus-value en location meublée non professionnelle, qui réintègre les amortissements pratiqués pour les cessions intervenues à compter du 15 février 2025 en application de l'article 84 de la loi n° 2025-127 du 14 février 2025, a modifié rétrospectivement l'économie de sortie de nombreux dossiers construits d'abord pour leur avantage fiscal. Nous l'avons détaillée dans notre article sur la réforme de la plus-value en location meublée. La leçon générale est simple : une règle fiscale change, un emplacement ne change pas. C'est pourquoi le choix de la ville se documente avant tout montage, et notre classement des villes les plus rentables pour l'investissement locatif en 2026 donne les critères que j'applique.

Jamais au feeling, une grille comme dans un fonds

C'est la conviction la plus structurante et la plus impopulaire. Un dossier se juge sur un tableau, avec des hypothèses écrites, une variante dégradée et un coût complet. Le coup de cœur n'est pas une méthode. Il n'est même pas neutre : il ferme la discussion, parce qu'on ne contredit pas une émotion avec un chiffre.

Cette grille sert autant à écarter des dossiers qu'à en valider. C'est d'ailleurs son principal usage. Sur l'arbitrage classique entre détention directe et parts de sociétés civiles de placement immobilier, le raisonnement chiffré est développé dans notre article comparant les sociétés civiles de placement immobilier et l'immobilier locatif en direct.

Un bon investissement, c'est celui qui tient quand votre vie devient compliquée

Voilà la phrase à laquelle je ramène tout. Un investissement ne se juge pas dans une année normale, il se juge dans l'année où vous perdez un revenu, où vous changez de région, où vous traversez une séparation ou un problème de santé. Cette exigence vient directement de mes deux burn-out, et elle a une traduction technique très concrète : liquidité, réserve, capacité à encaisser une vacance, absence de montage qui ne fonctionne que si tout va bien.

Le coût de l'inaction existe aussi, et il est réel : ne rien faire est une décision, avec un effet mesurable. Nous l'avons chiffré dans notre article sur le coût de l'inaction patrimoniale. Mais entre ne rien faire et faire n'importe quoi vite, il existe une troisième voie, qui consiste à décider lentement sur des chiffres.

Pourquoi un cabinet de gestion de patrimoine, alors que j'avais déjà une école

J'ai fondé une école d'investissement immobilier, qui a formé plus de 1 800 élèves, ainsi qu'un écosystème comprenant Le Cercle des investisseuses et le podcast Out of the Box. Le Cercle part d'un constat chiffré, que nous documentons dans notre article sur l'écart d'investissement entre les femmes et les hommes. La question se pose donc légitimement : pourquoi ajouter un cabinet.

Ce qu'une formation peut faire, et ce qu'elle ne peut pas

Une formation transmet une méthode à quelqu'un qui va l'appliquer lui-même. C'est puissant, et c'est limité par une condition : il faut du temps et l'envie de faire. Beaucoup de personnes possèdent la capacité financière mais pas le temps, ou pas le goût de piloter elles-mêmes. Les envoyer vers une formation serait leur vendre une réponse qui ne correspond pas à leur question.

À l'inverse, une personne qui veut apprendre le métier opérationnel de l'investissement locatif n'a pas besoin d'un cabinet, elle a besoin de ressources d'exécution. C'est exactement ce que couvre la partie investissement locatif du site emeline-siron.fr, qui traite le terrain, là où Solstice Patrimoine traite l'allocation et la structure. Les deux activités sont distinctes et le restent : le conseil patrimonial et la formation ne se confondent pas.

La différence de nature entre les deux

CritèreFormation à l'investissementCabinet de gestion de patrimoine
ObjetTransmettre une méthode d'exécutionAnalyser une situation et construire une stratégie
Qui fait le travailLa personne forméeLe cabinet, avec la personne
PérimètreUne classe d'actifs, l'immobilier locatifL'ensemble du patrimoine, financier, immobilier et professionnel
Cadre réglementaireActivité de formationActivité de conseil réglementée
Ce qui est produitDes compétencesUne analyse écrite et une mise en œuvre suivie

Aujourd'hui, je détiens 12 biens et plus de 55 locataires en gestion. Ce n'est pas un argument d'autorité, c'est une source de données. Ce parc me donne des coûts d'exploitation réels, année après année, sur des postes que la plupart des simulations traitent par une hypothèse forfaitaire. C'est cette matière que j'utilise quand je conteste un chiffre dans un plan de financement.

Ce que Solstice Patrimoine fait, et ce qu'il ne fait pas

Cette partie est volontairement sèche. Un cabinet qui n'annonce pas ses limites vous demande de lui faire confiance sans vous donner de quoi la calibrer.

Le mode de fonctionnement, dit franchement

Solstice Patrimoine travaille en architecture ouverte, ce qui signifie que le cabinet n'est lié ni à un groupe bancaire ni à un assureur et sélectionne les solutions sur l'ensemble du marché. Cette notion ne doit pas être confondue avec le conseil indépendant au sens de la directive MIF 2, qui suppose de ne percevoir aucune rétrocession de commission : le cabinet étant rémunéré par les partenaires dont il distribue les produits, il ne relève pas de cette qualification et ne s'en prévaut pas. Le mode de rémunération est communiqué par écrit avant tout engagement. Pour comprendre les cadres réglementaires du métier en général, notre article sur les statuts réglementaires du conseil patrimonial les expose sans jargon.

Ce que le cabinet fait, et ce qu'il ne fera pas

Le cabinet faitLe cabinet ne fait pas
Un bilan patrimonial complet, écrit, avec les hypothèses explicitéesUne préconisation produit dès le premier échange
Un tableau de flux avec au moins un scénario dégradéUne projection unique et favorable présentée comme une prévision
La comparaison des enveloppes de détention avant celle des supportsLe classement d'un support en tête sans examen de la situation
La communication écrite du mode de rémunération avant engagementLa présentation du conseil comme dépourvu de coût
Le rappel systématique du risque de perte en capital et de liquiditéToute promesse de rendement ou de résultat
Dire quand un projet ne vaut pas la peine d'être faitSe porter garant d'un artisan, d'un promoteur ou d'un tiers

Le risque, sans enrobage

Aucun placement en actifs non garantis ne garantit un rendement. Les parts de sociétés civiles de placement immobilier et les fonds de private equity présentent un risque de perte en capital et une liquidité limitée, avec des délais de revente qui peuvent être longs. Les performances passées ne préjugent pas des performances futures. L'immobilier détenu en direct ajoute le risque de vacance, d'impayé et de travaux imprévus, que mes deux galères illustrent mieux que n'importe quel avertissement.

Ce qu'un article ne peut pas faire, et c'est le point final

Tout ce que vous venez de lire est une méthode et un ordre de grandeur. Ce n'est pas un conseil qui vous concerne, et ce ne peut pas l'être : la réponse dépend de votre âge, de votre régime matrimonial, de vos revenus, de votre tranche marginale d'imposition, de vos projets datés, de votre horizon et de ce que vous supportez réellement en cas de baisse. Deux personnes disposant du même capital n'ont pas la même stratégie, et prétendre le contraire dans un article serait exactement le travers que cet article dénonce.

C'est la raison d'être du rendez-vous. Le diagnostic patrimonial en ligne permet de situer votre profil en quelques minutes, et le bilan patrimonial est le cadre dans lequel la grille dont je parle depuis le début s'applique à votre situation, avec vos chiffres. Si vous préférez commencer par comprendre comment choisir un interlocuteur, y compris ailleurs qu'ici, notre article sur la façon de choisir son conseil en gestion de patrimoine donne les questions à poser. Elles valent aussi pour Solstice Patrimoine, et j'y réponds volontiers.

Questions fréquentes

Qui est Emeline Siron, fondatrice de Solstice Patrimoine ?
Emeline Siron est la fondatrice du cabinet Solstice Patrimoine. Après un BTS professions immobilières, une licence de gestion immobilière en alternance à la RIVP et un master de gestion de patrimoine immobilier, elle a été asset manager dans un fonds d'investissement sur environ 250 millions d'euros d'immobilier de santé en Europe. Elle investit en direct depuis plus de dix ans.
Pourquoi Solstice Patrimoine a-t-il été créé ?
Parce que la méthode d'analyse utilisée dans un fonds institutionnel, tableau de flux sur toute la durée de détention, scénarios dégradés, coût complet et comparaison des enveloppes avant celle des supports, n'est pas structurellement accessible à une personne qui place 80 000 ou 600 000 euros. Ce n'est pas une question de complexité mais de modèle économique : le temps d'analyse non suivi d'une souscription n'est pas financé.
Quels sont les chiffres réels du premier immeuble d'Emeline Siron ?
L'immeuble de 8 lots qu'elle a conservé génère environ 3 250 euros de loyers par mois, pour 1 250 euros d'échéance de crédit et 700 euros de charges, soit environ 1 300 euros de solde mensuel avant impôts et provisions. Ces montants proviennent d'une opération précise et ne constituent ni une norme ni une promesse : aucun investissement locatif ne garantit un rendement.
Que signifie « l'autofinancement prime sur le cash-flow » ?
L'autofinancement désigne la capacité d'un bien à couvrir ses charges et son crédit sans apport mensuel de votre part. Le cash-flow est ce qui reste au-delà. Un bien autofinancé préserve la capacité d'endettement future et ne met pas en difficulté le jour où les revenus baissent, alors qu'un cash-flow élevé obtenu par un montage tendu est une performance affichée plutôt qu'une sécurité.
Pourquoi dire que la fiscalité est un levier et pas une stratégie ?
Parce qu'un avantage fiscal améliore un bon dossier mais ne sauve jamais un mauvais actif. Un emplacement faible, un loyer de marché surestimé ou des charges qui dérapent produisent un effet permanent, alors que l'avantage fiscal est ponctuel et peut changer. La réforme de la plus-value en location meublée, applicable aux cessions à compter du 15 février 2025, l'a rappelé à de nombreux dossiers construits d'abord pour leur fiscalité.
Solstice Patrimoine est-il un cabinet en architecture ouverte ?
Oui. Le cabinet n'est lié ni à un groupe bancaire ni à un assureur et sélectionne les solutions sur l'ensemble du marché. Cette notion se distingue du conseil indépendant au sens de la directive MIF 2, qui suppose l'absence de toute rétrocession de commission : le cabinet étant rémunéré par les partenaires dont il distribue les produits, il ne relève pas de cette qualification. Le mode de rémunération est communiqué par écrit avant tout engagement.
Quelle différence entre l'école d'investissement et le cabinet ?
L'école transmet une méthode d'exécution à une personne qui investira elle-même, sur une classe d'actifs, l'immobilier locatif. Le cabinet analyse une situation patrimoniale complète, financière, immobilière et professionnelle, et construit une stratégie qu'il met en œuvre et suit. Les deux activités relèvent de cadres distincts et ne se confondent pas : la formation d'un côté, le conseil réglementé de l'autre.

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