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Patrimoine

Les femmes investissent moins que les hommes, et ça leur coûte cher

Emeline Siron·

Revenu salarial inférieur de 21,8 % en 2024, pension inférieure de 38 % fin 2023 : l'écart entre femmes et investissement est d'abord matériel, pas psychologique. Ce qu'il coûte en euros sur trente ans, les angles morts juridiques du couple, et les trois leviers qui restent accessibles à revenu inchangé.

Femmes et investissement : la réponse directe

L'écart entre femmes et hommes en matière d'investissement n'est pas d'abord un écart de caractère, c'est un écart de flux. Selon l'Insee Focus n° 377 publié le 26 février 2026, le revenu salarial moyen des femmes s'est établi en 2024 à 22 060 euros par an contre 28 220 euros pour les hommes, soit 21,8 % de moins, et l'écart de salaire en équivalent temps plein, qui neutralise le volume de travail, reste de 14,0 %. Un revenu inférieur produit une capacité d'épargne inférieure, une capacité d'épargne inférieure produit un capital inférieur, et ce capital inférieur se solde une dernière fois à la retraite : la Drees, dans l'édition 2025 de son panorama Les retraités et les retraites publiée le 31 juillet 2025, mesure une pension moyenne de droit direct de 1 306 euros bruts par mois pour les femmes contre 2 089 euros pour les hommes fin 2023, soit 38 % de moins.

À ce premier écart, matériel et documenté, s'en ajoute un second, qui est le sujet propre de cet article : à capacité d'épargne strictement égale, une allocation entièrement sécurisée et une allocation diversifiée ne produisent pas le même capital. Sur nos hypothèses, détaillées plus bas et à considérer comme telles, 300 euros par mois pendant trente ans donnent 140 758 euros à 1,7 % par an et 249 678 euros à 5 % par an, pour 108 000 euros versés dans les deux cas. L'écart de 108 920 euros ne vient d'aucune différence de discipline, d'effort ou de revenu : il vient d'un choix d'allocation, et ce choix se corrige.

Reste un troisième écart, le plus coûteux et le moins discuté, qui n'a rien à voir avec les marchés : le cadre juridique du couple. Un régime matrimonial, un pacs sans testament ou un concubinage ne produisent pas les mêmes droits, et c'est presque toujours celle qui a le moins gagné pendant l'union qui découvre le problème au moment où il est trop tard pour le traiter. Cet article expose ces trois étages, chiffre ce qu'ils coûtent et renvoie aux articles du corpus qui traitent chaque point de droit en détail. Il ne délivre aucune recommandation personnalisée, et la fin de l'article explique pourquoi ce n'est pas une précaution de style.

Un mot sur ce que cet article ne dira pas. La thèse la plus répandue sur le sujet veut que les femmes investissent moins parce qu'elles manqueraient de confiance. C'est un raccourci commode, parce qu'il déplace le problème vers la psychologie de celles qui le subissent et qu'il dispense de regarder les flux. Les données publiques disponibles décrivent d'abord des causes matérielles : un revenu plus faible, un temps partiel trois fois plus fréquent, des interruptions de carrière concentrées sur un seul des deux parents. Nous partons de là.

Les écarts documentés, et ce que chaque chiffre mesure vraiment

Un sujet comme celui-ci se noie vite sous des chiffres qui ne mesurent pas la même chose. Trois grandeurs circulent en permanence et sont régulièrement confondues : l'écart de salaire à poste comparable, l'écart de salaire en équivalent temps plein, et l'écart de revenu salarial. Elles ne racontent pas la même histoire, et pour un raisonnement patrimonial, c'est la troisième qui compte, parce qu'elle est la seule qui corresponde à l'argent réellement encaissé dans l'année.

Le salaire en équivalent temps plein : 14,0 % en 2024

L'équivalent temps plein ramène tous les salaires à un même volume horaire. Il répond à la question : à temps de travail identique, quel écart subsiste ? Selon l'Insee Focus n° 377 du 26 février 2026, cet écart s'élève à 14,0 % en 2024. Il inclut encore l'effet des métiers occupés, des secteurs, de l'ancienneté et des responsabilités exercées, si bien qu'une partie s'explique par la structure de l'emploi et non par une différence de rémunération à poste identique. C'est un chiffre utile pour le débat social. Ce n'est pas celui qui décide de la capacité d'épargne.

Le revenu salarial : 21,8 %, et c'est celui qui compte pour investir

Le revenu salarial est la somme des salaires nets réellement perçus au cours d'une année, tous emplois confondus, périodes de non-emploi comprises. C'est donc la mesure la plus proche de ce qui arrive sur un compte bancaire. Toujours selon l'Insee Focus n° 377 du 26 février 2026, il atteint 22 060 euros pour les femmes contre 28 220 euros pour les hommes en 2024, soit un écart de 21,8 %. La même publication indique que l'écart de volume de travail annuel entre femmes et hommes est de 9,1 %, et que l'écart de revenu salarial s'est réduit de 0,4 point en 2024, plus modérément que la baisse moyenne de 0,9 point par an observée entre 2019 et 2023.

Retenez la mécanique : 21,8 % d'écart de revenu, ce sont 6 160 euros de moins par an. Sur une carrière, ce ne sont pas 6 160 euros multipliés par le nombre d'années, c'est bien davantage, parce que la fraction de ces 6 160 euros qui aurait été épargnée aurait produit des intérêts pendant des décennies. Nous chiffrons cet effet dans la section suivante.

Le temps partiel : 26,7 % des femmes salariées contre 7,9 % des hommes

Le temps partiel est le principal vecteur de l'écart de volume de travail. Selon les données Insee sur le temps partiel portant sur l'année 2024, 26,7 % des femmes salariées et 7,9 % des hommes salariés travaillent à temps partiel, et 77,5 % de la population à temps partiel est féminine. La proportion monte à 35,1 % chez les femmes salariées ayant au moins trois enfants à charge, contre 23,9 % chez celles qui n'ont pas d'enfant.

La même source précise la part contrainte : 22,0 % des femmes à temps partiel déclarent l'être principalement parce qu'elles n'ont pas trouvé d'emploi à temps complet, et 29,5 % invoquent la garde d'un enfant ou d'un proche. Ces deux motifs représentent ensemble plus de la moitié des situations, et aucun des deux ne relève d'une préférence pour le loisir. C'est ce qu'on appelle le temps partiel subi, et c'est la raison pour laquelle un raisonnement patrimonial qui traiterait le temps partiel comme un choix libre passerait à côté de son sujet.

L'arrivée d'un enfant : environ 25 % de revenu salarial en moins cinq ans après

L'étude Insee Analyses n° 48 d'octobre 2019, signée Pierre Pora et Lionel Wilner, mesure l'effet de l'arrivée d'un enfant sur les trajectoires professionnelles. Cinq ans après cette arrivée, les mères perdent environ 25 % de leur revenu salarial par rapport à la situation où elles n'auraient pas eu d'enfant, tandis que l'effet est quasi nul pour les pères. Le salaire horaire baisse d'environ 5 % par enfant, mais l'essentiel de la perte vient des décisions d'activité : cessations, interruptions temporaires et passages à temps partiel.

Le point le plus important de cette étude est ailleurs, et il désarme définitivement l'explication par la confiance. La perte n'est pas uniforme : elle atteint jusqu'à environ 40 % pour les femmes situées tout en bas de la distribution des salaires horaires, et elle est presque nulle pour celles situées tout en haut. Une perte qui varie de 40 % à zéro selon le salaire de départ n'est pas un trait de caractère, c'est un arbitrage économique de ménage, largement commandé par le rapport entre le salaire de la mère et le coût de la garde.

Le patrimoine détenu : un écart concentré sur les actifs financiers

L'écart de revenu finit par se déposer dans un écart de patrimoine, mais pas uniformément selon les actifs. L'étude de Carole Bonnet, Alice Keogh et Benoît Rapoport publiée dans la revue Économie et Statistique n° 472-473 de l'Insee, le 18 décembre 2014, à partir des enquêtes Patrimoine 2004 et 2010, mesure un patrimoine brut moyen des hommes supérieur d'environ 15 % à celui des femmes. L'écart est d'environ 4 % sur la résidence principale en 2010, parce qu'elle est très souvent détenue à parts égales au sein des couples, et d'environ 37 % sur les actifs financiers.

Ces données sont anciennes et nous les datons pour cette raison. Elles restent utiles pour un motif structurel qui, lui, n'a pas de raison d'avoir changé : le logement est le seul actif que le couple achète et détient ensemble, par un acte notarié qui répartit explicitement la propriété. Tout le reste, l'assurance vie, le compte-titres, le plan d'épargne en actions, les parts de sociétés, se constitue individuellement, se loge sur des contrats nominatifs, et reflète donc directement l'écart de revenu. C'est exactement la zone où un écart de flux devient un écart de stock.

IndicateurValeurCe qu'il mesureSource et date
Écart de salaire en équivalent temps plein14,0 % en 2024Écart à volume de travail identique, effets de métier et de secteur inclusInsee Focus n° 377, 26 février 2026
Écart de revenu salarial21,8 % en 2024, 22 060 contre 28 220 eurosSalaires nets réellement perçus dans l'année, la mesure pertinente pour l'épargneInsee Focus n° 377, 26 février 2026
Écart de volume de travail annuel9,1 % en 2024La part de l'écart de revenu qui vient du temps travaillé, non du taux horaireInsee Focus n° 377, 26 février 2026
Part de salariées à temps partiel26,7 % des femmes, 7,9 % des hommes en 2024Le principal vecteur de l'écart de volume de travailInsee, données sur le temps partiel, année 2024
Temps partiel faute de temps complet22,0 % des femmes à temps partiel en 2024La part explicitement subie, à laquelle s'ajoutent 29,5 % pour garde d'un procheInsee, données sur le temps partiel, année 2024
Effet de l'arrivée d'un enfantEnviron 25 % de revenu salarial en moins cinq ans après, effet quasi nul pour les pèresL'interruption et la réduction d'activité, pas la discrimination salariale directeInsee Analyses n° 48, octobre 2019
Pension moyenne de droit direct1 306 euros bruts pour les femmes contre 2 089 euros, soit 38 % de moins, fin 2023Le solde de la carrière, avant droits dérivésDrees, Les retraités et les retraites, édition 2025, 31 juillet 2025
Écart de pension après réversion25 % fin 2023L'écart une fois la pension de réversion prise en compte, contre 50 % en 2004Drees, Les retraités et les retraites, édition 2025, 31 juillet 2025
Écart de patrimoine brut moyenEnviron 15 %, dont environ 37 % sur les actifs financiersLe dépôt du flux dans le stock, très concentré hors résidence principaleÉconomie et Statistique n° 472-473, Insee, 18 décembre 2014, enquêtes 2004 et 2010

Un chiffre manque volontairement à ce tableau. Nous aurions voulu documenter la répartition des placements par sexe, c'est-à-dire la part des femmes détenant des actions, des parts de fonds ou une assurance vie en unités de compte. Nous n'avons pas trouvé de série publique récente, ventilée par sexe et clairement datée, qui permette de l'affirmer sans extrapoler. Nous écrivons donc la règle sans le nombre, et nous indiquons où chercher : les enquêtes Patrimoine de l'Insee et les publications de l'Observatoire de l'épargne de l'Autorité des marchés financiers sont les deux sources à consulter, et une donnée non vérifiée n'a pas sa place dans un article de gestion de patrimoine.

Ce que l'écart de revenu coûte en euros sur une vie

Passons du constat au montant. Tout ce qui suit repose sur des hypothèses que nous annonçons comme telles, et qui ne sont ni des prévisions ni des engagements. Aucun placement ne garantit un rendement, et les rendements retenus ici servent à mesurer un écart, pas à annoncer un résultat.

Les hypothèses, posées avant les résultats

Nous partons des revenus salariaux moyens 2024 mesurés par l'Insee, 22 060 euros et 28 220 euros. Nous supposons un taux d'épargne identique de 10 % du revenu salarial, ce qui est un choix volontairement neutre : il postule que la discipline d'épargne est la même des deux côtés, de sorte que tout l'écart obtenu vienne du revenu et de rien d'autre. Nous supposons une durée de constitution de quarante ans et des versements en fin d'année. Nous testons quatre rendements annuels moyens, de 2 % à 5 %, nets de frais et avant impôt et prélèvements sociaux. Nous ne tenons compte ni de l'évolution des revenus dans le temps ni de l'inflation à ce stade, et nous y revenons plus loin.

Le mécanisme des intérêts composés, qui fait tout le travail dans ce tableau, est expliqué pas à pas dans notre article sur le calcul des intérêts composés. Nous n'en refaisons pas la démonstration ici.

Rendement annuel moyen retenuCapital après 40 ans, épargne de 2 206 euros par anCapital après 40 ans, épargne de 2 822 euros par anÉcart
2 %133 247 euros170 454 euros37 208 euros
3 %166 335 euros212 782 euros46 447 euros
4 %209 626 euros268 162 euros58 536 euros
5 %266 484 euros340 897 euros74 413 euros

L'écart annuel d'épargne est de 616 euros, soit 51 euros par mois. C'est une somme dont personne ne parlerait. Multipliée par quarante ans, elle représente 24 640 euros versés en moins. Capitalisée à 4 %, elle représente 58 536 euros de capital en moins. Autrement dit, l'effet du temps a plus que doublé l'écart initial. C'est la première chose à comprendre : un écart de flux modeste et régulier devient un écart de stock considérable, uniquement parce qu'il dure.

Trois trajectoires de carrière, à discipline d'épargne identique

Le tableau précédent compare deux moyennes. Il ne dit pas ce que produit une carrière réellement discontinue. Reprenons donc une seule et même personne, avec un revenu net de départ de 24 000 euros progressant de 1 % par an, un taux d'épargne de 10 % maintenu sans exception, un rendement de 4 % par an et quarante années. Nous faisons varier une seule chose : la continuité de l'activité.

TrajectoireRevenus cumulés sur 40 ansÉpargne verséeCapital à 40 ansÉcart avec la trajectoire continue
Carrière continue à temps plein1 173 273 euros117 327 euros264 973 eurosRéférence
Huit années à 80 %, de la 9e à la 16e année1 130 206 euros113 021 euros252 284 euros12 689 euros
Trois années d'interruption complète, puis huit années à 80 %1 053 774 euros105 377 euros224 391 euros40 581 euros

Trois années d'interruption suivies de huit années à 80 % coûtent 40 581 euros de capital sur nos hypothèses, alors que la personne a épargné exactement la même fraction de tout ce qu'elle a gagné. Le montant peut sembler contenu, et il l'est, précisément parce que ce calcul isole un seul effet. Il ne compte ni les trimestres de retraite non validés, ni la perte de progression salariale postérieure au retour, ni l'effet sur la pension. Ces trois effets se cumulent avec celui-ci, et c'est le total qui compte.

La retraite, où le compte se solde une dernière fois

La Drees, dans l'édition 2025 de son panorama Les retraités et les retraites publiée le 31 juillet 2025, mesure fin 2023 une pension moyenne de droit direct de 1 306 euros bruts par mois pour les femmes contre 2 089 euros pour les hommes, soit un écart de 38 %. La même publication précise que cet écart tombe à 25 % lorsque l'on tient compte de la pension de réversion, qui concerne bien plus souvent les femmes, et qu'il atteignait encore 50 % en 2004. La réduction est réelle et lente.

Deux lectures s'imposent. La première : la réversion réduit l'écart, mais elle suppose d'avoir été mariée, puisqu'elle n'existe ni pour le partenaire de pacs ni pour le concubin. Une partie du rattrapage statistique repose donc sur un statut juridique que toutes les femmes n'ont pas. La seconde : un écart de 783 euros bruts par mois n'est pas une abstraction, c'est un flux viager. À un taux d'actualisation de 3 % par an et sur vingt-cinq années de retraite, il représente une valeur actuelle de l'ordre de 163 600 euros. À 2 % sur la même durée, environ 183 400 euros. C'est le capital qu'il faudrait détenir en propre pour compenser cet écart de pension, et il ne se constitue pas en cinq ans.

Hypothèse d'actualisationSur 20 années de retraiteSur 25 années de retraite
2 % par an153 638 euros183 442 euros
3 % par an139 789 euros163 614 euros

Ce calcul est une conversion, pas une valeur de marché : il traduit un flux mensuel en capital équivalent pour rendre l'écart comparable au reste de l'article. Il suppose un écart constant en euros courants, ce qui est une simplification. Il donne néanmoins le bon ordre de grandeur, et il explique pourquoi le sujet de la retraite ne se traite pas à cinquante-cinq ans. Nos articles sur ce qu'il faut avoir constitué à 30 ans et à 40 ans donnent les repères d'étape, et celui consacré à la préparation de la retraite des indépendantes traite le cas de celles dont les droits ne se construisent pas par un employeur.

Le troisième écart : à capacité d'épargne égale, l'allocation

Tout ce qui précède mesure un écart de flux. Nous arrivons maintenant à un écart d'une autre nature, et c'est celui qui se corrige le plus vite : à capacité d'épargne rigoureusement identique, deux allocations différentes ne produisent pas le même capital. Ici, ni le salaire, ni le temps partiel, ni la maternité n'expliquent quoi que ce soit. Seule compte la façon dont l'argent déjà mis de côté est placé.

Ce que nous pouvons affirmer, et ce que nous refusons d'écrire

Une précision méthodologique s'impose avant les chiffres. Il se dit couramment que les femmes placeraient plus prudemment que les hommes, avec une part plus faible d'actions et une part plus forte de livrets réglementés. Nous n'avons pas trouvé de série publique récente, ventilée par sexe et clairement datée, qui permette de l'affirmer en France sans extrapoler à partir d'enquêtes étrangères ou de communications d'établissements financiers. Nous ne l'écrirons donc pas comme un fait.

Ce que nous pouvons affirmer, en revanche, tient en une donnée déjà citée plus haut : l'étude publiée dans Économie et Statistique n° 472-473 de l'Insee le 18 décembre 2014 mesure un écart de patrimoine d'environ 4 % sur la résidence principale et d'environ 37 % sur les actifs financiers. L'écart est donc presque dix fois plus élevé sur la partie du patrimoine qui se constitue individuellement, contrat par contrat. Que cet écart provienne du montant placé, de la composition de ce qui est placé, ou des deux, la question de l'allocation mérite d'être traitée pour elle-même. C'est ce que fait cette section, sur des hypothèses, et sans prétendre décrire un comportement moyen.

Si vous cherchez la donnée manquante, deux sources sont à consulter : les enquêtes Patrimoine de l'Insee et les publications de l'Observatoire de l'épargne de l'Autorité des marchés financiers. Nous préférons indiquer où chercher plutôt que d'avancer un nombre que nous ne pourrions pas rattacher à une publication nommée et datée.

Trois cents euros par mois pendant trente ans, cinq allocations

Voici les hypothèses, à considérer comme telles et non comme des prévisions. Une même personne verse 300 euros le dernier jour de chaque mois pendant trois cent soixante mois, soit 108 000 euros versés au total. Les rendements retenus sont des rendements annuels moyens constants, nets de frais de gestion et avant impôt et prélèvements sociaux, et aucun d'entre eux n'est garanti. Nous les avons choisis pour couvrir un éventail large, depuis un livret réglementé jusqu'à une allocation diversifiée exposée aux marchés actions. Aucun placement ne garantit un rendement, et les performances passées ne préjugent pas des performances futures.

Deux de ces taux ne sont pas des hypothèses libres mais des références publiques datées. Le Livret A et le livret de développement durable et solidaire servent 1,70 % depuis le 1er août 2026, taux fixé par l'arrêté du 28 juillet 2026. Les fonds en euros des contrats individuels d'assurance vie ont servi 2,63 % en moyenne au titre de 2025, selon l'ACPR dans ses Analyses et Synthèses n° 180 du 30 juin 2026, moyenne qui intègre les bonifications commerciales. Les trois autres taux, 3 %, 4 % et 5 %, sont des hypothèses de travail.

Allocation, rendement annuel moyen retenuCapital après 30 ansVerséProduit par le placement
Livret A et LDDS, 1,70 % au 1er août 2026, arrêté du 28 juillet 2026140 758 euros108 000 euros32 758 euros
Fonds en euros, 2,63 % servis en 2025, ACPR n° 180 du 30 juin 2026164 162 euros108 000 euros56 162 euros
Hypothèse prudente diversifiée, 3 % par an174 821 euros108 000 euros66 821 euros
Hypothèse équilibrée, 4 % par an208 215 euros108 000 euros100 215 euros
Hypothèse exposée aux actions, 5 % par an249 678 euros108 000 euros141 678 euros

Lisez la dernière colonne plutôt que l'avant-dernière. À 1,70 %, le placement a produit 32 758 euros, soit moins d'un tiers de ce qui a été versé. À 5 %, il a produit 141 678 euros, soit davantage que la somme versée. L'effort d'épargne est identique dans les cinq lignes : c'est une seule décision, prise une fois et rarement revue, qui sépare 140 758 euros de 249 678 euros. Notre article sur les unités de compte explique ce que recouvrent concrètement ces supports non garantis, et celui consacré aux fonds indiciels comparés aux fonds actifs traite la question des frais, qui pèsent directement sur le rendement retenu ici.

Le même écart selon la durée : dix, vingt, trente, quarante ans

L'écart d'allocation n'est pas linéaire dans le temps, et c'est la raison pour laquelle il est si mal perçu. Sur dix ans, il est presque invisible et ne justifie pas de prendre le moindre risque. Sur quarante ans, il dépasse la somme totale versée. Le tableau ci-dessous reprend les mêmes 300 euros mensuels, entre l'allocation à 1,70 % et l'hypothèse à 5 %.

DuréeTotal verséÀ 1,70 % par anÀ 5 % par anÉcart
10 ans36 000 euros39 211 euros46 585 euros7 374 euros
20 ans72 000 euros85 682 euros123 310 euros37 628 euros
30 ans108 000 euros140 758 euros249 678 euros108 920 euros
40 ans144 000 euros206 032 euros457 806 euros251 774 euros

Entre dix et quarante ans, l'écart est multiplié par trente-quatre alors que la durée n'est multipliée que par quatre. Un arbitrage d'allocation qui semble théorique à trente-cinq ans est devenu irrattrapable à soixante-cinq, non parce que la décision était plus difficile à prendre autrefois, mais parce que le temps est le seul ingrédient qu'on ne peut pas se procurer plus tard.

Pourquoi la sécurité apparente n'est pas toujours la sécurité réelle

Une allocation entièrement logée sur des livrets réglementés n'est pas sans risque, elle porte un risque différent, qui ne se manifeste pas par une ligne rouge sur un relevé mais par une érosion silencieuse. Un capital dont le rendement nominal est inférieur à l'inflation perd du pouvoir d'achat chaque année, sans qu'aucun relevé n'en fasse mention. Notre article sur l'érosion de l'épargne par l'inflation détaille ce mécanisme, et celui consacré au rendement réel net d'inflation donne la méthode pour comparer deux placements sur une base honnête.

L'inverse mérite d'être dit avec la même netteté, faute de quoi cet article ne vaudrait rien. Une allocation exposée aux marchés actions présente un risque de perte en capital, réel et parfois durable. Elle suppose un horizon long, une épargne de précaution déjà constituée en dehors, et une tolérance aux baisses que personne ne peut évaluer à votre place à la lecture d'un tableau. Nos articles sur le montant de l'épargne de précaution et sur l'allocation patrimoniale type posent cet ordre de priorité, qui ne se discute pas : la précaution d'abord, l'exposition ensuite.

Ce que ces calculs ne disent pas

Quatre limites, énoncées franchement. Ces projections retiennent un rendement moyen constant, ce qui n'existe dans aucun marché réel : la séquence des bonnes et des mauvaises années modifie le résultat, surtout au moment des retraits. Elles ignorent l'impôt et les prélèvements sociaux, qui dépendent de l'enveloppe de détention et de la situation fiscale de chacune. Elles ignorent l'inflation, de sorte que les montants sont en euros courants et non en pouvoir d'achat. Elles supposent enfin que les versements ne sont jamais interrompus, hypothèse que la première partie de cet article a précisément montrée comme fragile pour beaucoup de femmes.

Ces calculs servent donc à une seule chose : comparer des ordres de grandeur entre eux, à hypothèses identiques. Ils ne prédisent aucun résultat et n'en promettent aucun.

Femmes et investissement : les angles morts juridiques du couple

Nous arrivons à la partie la plus utile de cet article, et à celle qui est presque toujours absente des publications sur le sujet. Les trois écarts précédents se comptent en euros et se corrigent lentement. Celui-ci se compte parfois en dizaines de milliers d'euros, il se règle en une après-midi chez un notaire, et il se découvre presque toujours trop tard, au moment d'une séparation ou d'un décès. C'est celle qui a le moins gagné pendant l'union qui en supporte les conséquences, ce qui n'est pas une coïncidence : le droit du couple répartit ce que chacun a accumulé, et si l'un des deux a accumulé moins parce qu'il tenait la maison, la règle applicable devient déterminante.

Chacun de ces points est traité en détail ailleurs sur ce site. Nous exposons ici la mécanique et ce qu'elle change pour une investisseuse, et nous renvoyons aux articles dédiés pour les calculs, que nous ne refaisons pas.

Le régime matrimonial, la décision patrimoniale la plus lourde prise en cinq minutes

Un régime matrimonial est l'ensemble des règles qui déterminent, pendant le mariage et à sa dissolution, ce qui appartient à chacun et ce qui appartient aux deux. En l'absence de contrat de mariage, les époux relèvent du régime légal de la communauté réduite aux acquêts, applicable depuis le 1er février 1966 en application de la loi n° 65-570 du 13 juillet 1965. Dans ce régime, tout ce qui est acquis pendant le mariage à titre onéreux tombe en communauté et se partage par moitié à la dissolution, tandis que ce qui était possédé avant, ou reçu par donation ou succession, reste un bien propre.

La conséquence est décisive pour une femme dont l'activité a été réduite. Sous le régime légal, le contrat d'assurance vie alimenté par les salaires de son conjoint pendant le mariage est un bien commun, quand bien même il porte le nom de son conjoint seul. Sous un régime de séparation de biens, ce même contrat n'est à personne d'autre qu'à celui dont il porte le nom. Deux couples aux revenus identiques, à l'épargne identique et à la répartition des tâches identique aboutissent donc à deux partages radicalement différents. Notre article sur les régimes matrimoniaux comparés au pacs détaille chacun d'eux, et celui consacré au patrimoine du couple selon le régime matrimonialtraite les cas de figure au moment du partage. Le sujet est également abordé dans l'épisode consacré au pacs, au mariage et à l'immobilier du podcast Out of the Box.

Un régime matrimonial se change. L'article 1397 du code civil permet aux époux mariés depuis au moins deux ans de modifier leur régime par acte notarié, avec information des enfants majeurs et des créanciers, et homologation judiciaire seulement dans certains cas, notamment en présence d'enfants mineurs. Ce n'est ni long ni exceptionnel, et c'est la réponse à apporter quand le régime choisi au départ ne correspond plus à la réalité de la vie du couple. Encore faut-il savoir dans quel régime on se trouve, ce qui nous ramène au dernier chapitre de cet article.

La séparation de biens, et le piège du financement sans trace

La séparation de biens est souvent présentée comme le régime protecteur, et elle l'est réellement contre un risque précis : celui des dettes professionnelles de l'autre. Une femme mariée à un entrepreneur y trouve une protection que le régime légal ne donne pas. Mais elle produit un effet second dont on parle beaucoup moins : dans ce régime, celle qui gagne moins n'acquiert rien de ce que l'autre accumule, et la solidarité économique du couple ne se traduit par aucun droit patrimonial.

Le cas le plus fréquent est le suivant. Le logement est acheté au nom d'un seul, ou en indivision à parts inégales. L'autre, qui gagne moins, prend à sa charge les dépenses courantes, les travaux, parfois une partie des mensualités, en virements ordinaires et sans conserver la moindre trace de leur affectation. À la séparation, cette contribution est réputée relever de la contribution aux charges du mariage prévue à l'article 214 du code civil, laquelle ne donne lieu à aucun remboursement. Ce qui aurait pu être une créance entre époux, remboursable selon les règles des articles 1543 et 1479 du code civil, ne l'est pas, faute d'avoir été documenté.

La parade n'est ni compliquée ni coûteuse, elle est seulement contre-intuitive dans un couple qui va bien : faire figurer dans l'acte notarié la répartition réelle du financement, conserver les preuves des apports personnels, et faire mentionner la provenance des fonds propres. Le notaire le fait si on le lui demande. Personne ne le propose spontanément.

Le pacs : exonéré de droits de succession, mais pas héritier

Voici le point qui surprend le plus, et probablement le plus coûteux de tout cet article. Le partenaire lié par un pacte civil de solidarité est totalement exonéré de droits de mutation par décès, en application de l'article 796-0 bis du code général des impôts, issu de la loi n° 2007-1223 du 21 août 2007. Cette exonération est réelle et souvent connue. Elle produit pourtant une illusion redoutable, parce qu'elle laisse croire que le partenaire hérite.

Il n'hérite pas. Le pacs, défini à l'article 515-1 du code civil, ne crée aucune vocation successorale. Le partenaire survivant n'est pas un héritier légal : sans testament, il ne reçoit rien, et l'exonération de droits porte alors sur une transmission qui n'a pas lieu. Une exonération de 100 % sur zéro euro reste zéro euro. Le patrimoine revient aux enfants, à défaut aux parents, puis aux frères et sœurs, selon l'ordre des articles 734 et suivants du code civil, et le partenaire qui a partagé vingt ans de vie commune se retrouve devant une indivision dont il ne fait pas partie.

Trois précisions complètent le tableau. Le partenaire survivant dispose de la jouissance gratuite du logement du défunt pendant un an, par le renvoi de l'article 515-6 du code civil à l'article 763 du même code : c'est un droit temporaire, pas une protection durable. Le testament est donc indispensable, mais il ne peut pas tout : en présence d'enfants, la réserve héréditaire de l'article 913 du code civil limite la part disponible à la moitié du patrimoine avec un enfant, au tiers avec deux, au quart avec trois ou plus. Enfin, le partenaire de pacs n'a droit à aucune pension de réversion, ce qui, rapporté à l'écart de pension documenté plus haut, n'est pas un détail. Notre article sur les outils de protection du conjoint et du partenaire survivant présente les mécanismes disponibles et leurs limites respectives.

Le concubinage : aucun droit, et le taux de 60 %

Le concubinage, défini à l'article 515-8 du code civil, est une situation de fait. Il ne crée aucun droit patrimonial, aucune vocation successorale, aucune obligation de secours et aucun droit à réversion. Sur le plan fiscal, le concubin survivant est traité comme un étranger à la famille : le tarif de l'article 777 du code général des impôts applicable entre personnes non parentes est de 60 %, après un abattement de 1 594 euros prévu au IV de l'article 788 du même code.

Traduisons la mécanique sans refaire le calcul détaillé, qui figure dans notre article consacré au barème et au calcul des droits de succession. Un legs de 200 000 euros consenti par testament à un concubin laisse à celui-ci moins de la moitié de la somme après application du tarif de 60 %. Le même legs à un partenaire de pacs lui parvient intégralement. Le même legs à un conjoint marié lui parvient intégralement également, le conjoint survivant étant totalement exonéré de droits de succession depuis la loi du 21 août 2007. La différence entre trois statuts qui se ressemblent dans la vie quotidienne se compte donc, ici, en dizaines de milliers d'euros.

Un point pratique mérite d'être connu, parce qu'il évite la double peine du deuil et de l'expulsion : lorsque le logement est loué au nom du défunt seul, l'article 14 de la loi n° 89-462 du 6 juillet 1989 prévoit le transfert du contrat de location au profit du concubin notoire qui vivait avec lui depuis au moins un an à la date du décès. Cela ne règle rien au plan patrimonial, mais cela évite le pire dans l'immédiat.

Le tableau des trois statuts, à lire avant de choisir

QuestionMariagePacsConcubinage
Héritier légal sans testamentOui, avec des droits variables selon la présence d'enfantsNon, aucune vocation successoraleNon, aucune vocation successorale
Droits de succession sur ce qui est transmisExonération totale, loi du 21 août 2007Exonération totale, article 796-0 bis du code général des impôts60 % après 1 594 euros d'abattement, articles 777 et 788, IV
Testament nécessaire pour transmettre au survivantNon, mais utile pour élargir ses droitsOui, indispensable, sinon le survivant ne reçoit rienOui, indispensable, et le coût fiscal reste de 60 %
Logement après le décèsJouissance gratuite un an, puis droit viager au logement sous conditionsJouissance gratuite un an, article 515-6 renvoyant à l'article 763 du code civilAucun droit, sauf transfert du bail, article 14 de la loi du 6 juillet 1989
Pension de réversionOui, sous conditions propres à chaque régimeNonNon
Compensation en cas de rupture du vivantPrestation compensatoire possible, articles 270 et suivants du code civilAucune, hors dommages et intérêts de droit communAucune, hors enrichissement injustifié à prouver
Mise en commun des acquisitions faites pendant l'unionOui sous le régime légal, non en séparation de biensNon par défaut depuis le 1er janvier 2007, indivision seulement sur optionNon, chacun reste propriétaire de ce qu'il achète

Ce tableau ne dit pas quel statut choisir, et cet article ne le dira pas davantage : le mariage n'est pas une stratégie patrimoniale, et le pacs bien organisé protège souvent mieux qu'un mariage dont personne n'a lu le contrat. Ce tableau dit une seule chose : trois situations qui se vivent de la même façon produisent trois résultats juridiques différents, et il vaut mieux le savoir en le choisissant qu'en le subissant.

Celle qui a réduit son activité pour la famille

Reste le cas que toutes les études citées plus haut désignent sans le nommer : celle qui a arrêté, réduit ou décalé son activité professionnelle pour tenir la charge familiale. Elle a produit une valeur économique réelle, qui a permis à l'autre de continuer sa carrière sans interruption, et cette valeur n'apparaît sur aucun relevé. Le droit prévoit quatre mécanismes qui la rattrapent partiellement, et il est utile de savoir lesquels, parce qu'ils ne s'appliquent pas tous à tout le monde.

Le premier est la prestation compensatoire, prévue aux articles 270 et suivants du code civil, destinée à compenser la disparité que la rupture du mariage crée dans les conditions de vie respectives. L'article 271 impose au juge de tenir compte, entre autres critères, des choix professionnels faits pendant la vie commune pour l'éducation des enfants ou pour favoriser la carrière du conjoint, ainsi que de la diminution des droits à retraite qui en est résultée. C'est exactement la situation décrite par l'étude Insee Analyses n° 48 d'octobre 2019. Ce mécanisme n'existe ni pour le pacs ni pour le concubinage.

Le deuxième est la majoration de durée d'assurance de l'article L. 351-4 du code de la sécurité sociale : quatre trimestres attribués à la mère au titre de la maternité, et quatre trimestres au titre de l'éducation, attribuables au père ou partagés entre les parents pour les enfants nés à compter du 1er janvier 2010. Le troisième est l'assurance vieillesse des parents au foyer, prévue à l'article L. 381-1 du même code, qui valide des trimestres pour le parent qui a interrompu ou réduit son activité, sous conditions de ressources et de composition familiale. Ces deux dispositifs limitent la perte de droits, ils ne la suppriment pas, et l'écart de pension de 38 % mesuré par la Drees fin 2023 est le solde après leur application.

Le quatrième est la pension de réversion, qui suppose d'avoir été mariée, et dont les conditions d'âge et de ressources diffèrent selon les régimes et sont révisées régulièrement : elles se vérifient sur service-public.fr avant toute projection. Le point à retenir est celui qui a déjà été souligné plus haut : ce mécanisme, qui fait passer l'écart de pension de 38 % à 25 % selon la Drees dans son édition 2025 publiée le 31 juillet 2025, repose entièrement sur un statut juridique. Il ne bénéficie ni aux partenaires de pacs, ni aux concubines, ni aux femmes divorcées dont l'ex-conjoint est vivant.

La conclusion pratique tient en une phrase. Quand la répartition des rôles dans un couple fait porter l'essentiel de l'interruption d'activité sur une seule personne, la compensation ne se produit pas toute seule : elle s'organise à l'avance, par le régime matrimonial, par la propriété du logement, par des versements d'épargne alimentés au nom de celle qui gagne moins, et parfois par une donation entre époux. Notre article sur l'arbitrage entre donation et succession pose le cadre de la transmission organisée du vivant, et celui consacré aux erreurs de clause bénéficiaire d'assurance vietraite le point le plus souvent négligé, qui est de savoir qui recevra effectivement les contrats existants.

Ce qui change réellement une trajectoire

Après trois écarts chiffrés et un chapitre juridique, la question devient simple : qu'est-ce qui, concrètement, déplace une trajectoire. La réponse tient en trois leviers, et aucun des trois ne consiste à gagner davantage, parce que ce levier-là ne dépend pas entièrement de celle qui investit. Commencer tôt, automatiser, et connaître sa propre situation patrimoniale : ces trois-là sont accessibles à revenu inchangé.

Commencer tôt, même petit, parce que le temps ne se rachète pas

Voici le levier le plus puissant et le plus sous-estimé, et il ne coûte rien. Hypothèses : 200 euros versés chaque mois jusqu'à soixante-cinq ans, rendement annuel moyen de 4 %, nets de frais et avant impôt et prélèvements sociaux, non garanti. La seule variable est l'âge auquel les versements commencent.

Âge de démarrageDurée de versementTotal verséCapital à 65 ans, hypothèse 4 % par an
25 ans40 ans96 000 euros236 392 euros
30 ans35 ans84 000 euros182 746 euros
35 ans30 ans72 000 euros138 810 euros
40 ans25 ans60 000 euros102 826 euros
45 ans20 ans48 000 euros73 355 euros
50 ans15 ans36 000 euros49 218 euros

Cinq ans de retard entre vingt-cinq et trente ans coûtent 53 646 euros de capital final, pour 12 000 euros de versements en moins. Autrement dit, chaque euro non versé dans la première tranche de cinq ans coûte environ quatre euros et cinquante centimes à l'arrivée. Le même retard entre quarante-cinq et cinquante ans ne coûte que 24 137 euros. La valeur d'une année d'épargne décroît avec l'âge, et c'est précisément l'inverse de l'intuition commune, qui veut qu'on s'occupe de son patrimoine quand on a enfin de quoi.

Cent cinquante euros à trente ans battent trois cents euros à quarante

La démonstration précédente mérite d'être poussée jusqu'à son point le plus contre-intuitif, parce qu'il désarme l'objection la plus fréquente, celle du montant. Mêmes hypothèses, rendement annuel moyen de 4 %, horizon commun fixé à soixante ans.

ScénarioTotal verséCapital à 60 ans, hypothèse 4 % par an
150 euros par mois, de 30 à 60 ans54 000 euros104 107 euros
300 euros par mois, de 40 à 60 ans72 000 euros110 032 euros
300 euros par mois, de 30 à 60 ans108 000 euros208 215 euros

Les deux premières lignes se valent presque, alors que la seconde exige 18 000 euros de versements supplémentaires, soit un tiers de plus. Le fait de commencer dix ans plus tôt, avec la moitié du montant, produit sensiblement le même résultat. Cela ne signifie pas qu'il est inutile de commencer à quarante ans, la troisième ligne montre au contraire ce que produit la combinaison des deux. Cela signifie qu'attendre d'avoir un montant respectable à verser est la plus coûteuse des prudences. Notre article sur le montant à épargner chaque mois pose la méthode pour fixer ce montant à partir de ses propres flux, et celui destiné à celles qui débutent en investissement traite l'ordre dans lequel prendre les décisions.

Automatiser les versements, parce que la régularité ne tient pas à la volonté

Tous les tableaux de cet article partagent une hypothèse silencieuse : les versements ne sont jamais interrompus. C'est l'hypothèse la plus fragile de toutes, et c'est aussi la seule qui se sécurise par un réglage technique plutôt que par un effort. Un versement programmé, prélevé automatiquement quelques jours après l'arrivée du salaire, transforme une décision mensuelle à reprendre trois cent soixante fois en une décision unique. Ce n'est pas une question de discipline : c'est une question d'ordre des opérations, l'épargne venant avant les dépenses plutôt qu'après.

Le versement programmé produit un second effet, mécanique celui-là. En investissant un montant fixe à intervalle régulier, on acquiert davantage de parts quand les marchés baissent et moins quand ils montent, ce qui lisse le prix d'entrée sans supposer aucune capacité à choisir le bon moment. Notre article sur les versements programmés détaille ce mécanisme, ses limites et les cas où il n'apporte rien. Précision utile pour éviter tout malentendu : lisser le prix d'entrée ne supprime pas le risque de perte en capital, il en atténue seulement la dépendance à la date d'entrée.

Un troisième réglage complète le dispositif : rendre la somme automatiquement prélevée légèrement inconfortable plutôt que confortable, et l'augmenter à chaque hausse de revenu plutôt qu'au moment où le budget le permettra, moment qui n'arrive jamais spontanément.

Connaître sa propre situation patrimoniale, le point aveugle le plus répandu

Nous arrivons au levier le plus banal en apparence et le plus déterminant en pratique. Dans beaucoup de couples, une seule des deux personnes suit les questions patrimoniales : elle connaît les contrats, les échéances, les bénéficiaires, le régime matrimonial et l'état des crédits, et l'autre découvre l'ensemble au moment où le couple se défait. Cette asymétrie d'information n'a rien à voir avec les compétences de l'une ou de l'autre, elle résulte d'une répartition des tâches installée sans jamais avoir été décidée. Elle est réversible en une soirée.

Voici les huit questions dont toute personne en couple devrait connaître la réponse pour elle-même, avec l'endroit où la trouver. Aucune ne suppose de compétence financière.

QuestionOù se trouve la réponseCe que cela change
Sous quel régime matrimonial suis-je mariée, et existe-t-il un contratActe de mariage en mairie, ou minute conservée par le notaire qui a reçu le contratDétermine le partage en cas de divorce et au décès
Qui est propriétaire du logement, et dans quelle proportionActe de vente notarié, et titre de propriété au service de la publicité foncièreUne indivision à 80 et 20 ne se partage pas par moitié
Ai-je fait un testament, mon partenaire en a-t-il fait unFichier central des dispositions de dernières volontés, consultable par un notaireSans testament, le partenaire de pacs et la concubine ne reçoivent rien
Qui est bénéficiaire de chaque contrat d'assurance vie du foyerConditions particulières du contrat, ou demande écrite à l'assureurUne clause périmée transmet à l'ex-conjoint ou déclenche des droits inutiles
Combien de trimestres ai-je validés, et quelle pension estiméeRelevé de carrière et estimation sur info-retraite.frChiffre l'écart à combler par l'épargne personnelle
Quels contrats sont à mon nom propre, et quel est leur encoursRelevés annuels de situation, un par contratMesure le patrimoine dont je dispose sans dépendre de personne
Suis-je caution ou co-emprunteuse d'un crédit, professionnel comprisOffres de prêt signées et actes de cautionnementUne caution engage le patrimoine personnel bien au-delà du couple
Existe-t-il une prévoyance en cas de décès ou d'invalidité, et pour quiContrat de prévoyance individuel, ou notice de la couverture collective de l'employeurDétermine ce qui reste au foyer si l'un des deux revenus disparaît

Une femme qui connaît ces huit réponses ne fera pas nécessairement de meilleurs placements. Elle ne découvrira pas, en revanche, à cinquante-deux ans, que le contrat sur lequel repose la retraite du foyer est nominatif et ne porte pas son nom. C'est un gain de sécurité, pas un gain de rendement, et c'est probablement le meilleur rapport entre le temps investi et le risque évité de tout cet article. Notre article sur les erreurs les plus fréquentes en gestion de patrimoinerevient sur plusieurs de ces angles morts.

Se mettre en pratique avec d'autres, et ce qu'une communauté ne remplace pas

La régularité tient rarement toute seule. Elle tient mieux quand elle est partagée, parce qu'une question posée à voix haute se règle souvent en dix minutes là où elle bloque un dossier pendant six mois. Le Cercle des investisseuses, à l'adresse cercle.emeline-siron.fr, est une communauté d'investisseuses de ce type. La transparence commande de le préciser plutôt que de laisser la lectrice le découvrir ailleurs : ce Cercle a été fondé par Emeline Siron, qui dirige également le cabinet Solstice Patrimoine.

Ce que cela apporte et ce que cela n'apporte pas mérite d'être dit sans détour. Une communauté apporte de l'entraide, de la pratique partagée, des retours d'expérience sur des dossiers réels et surtout de la régularité, qui est la variable la plus déterminante de tout ce que cet article vient de chiffrer. Ce qu'une communauté ne délivre pas, et ne peut pas délivrer, c'est une recommandation personnalisée : celle-ci suppose de connaître une situation complète, un régime matrimonial, des revenus, une tranche marginale d'imposition, un horizon et une tolérance réelle aux baisses. Les deux ne se remplacent pas et ne se concurrencent pas, et il faut se méfier de tout ce qui prétendrait le contraire.

Les six erreurs qui reviennent le plus souvent

Ces erreurs ne sont pas des fautes de raisonnement. Ce sont des conséquences logiques d'informations manquantes, et elles se corrigent dès que l'information est là. Nous les classons par coût décroissant, en indiquant la correction.

Attendre d'avoir un montant respectable à placer

C'est l'erreur la plus coûteuse, et le tableau des âges de démarrage l'a chiffrée : 150 euros mensuels à trente ans font aussi bien que 300 euros à quarante. Le montant initial n'est presque jamais la variable déterminante, la date de démarrage l'est. La correction consiste à ouvrir l'enveloppe avec le minimum requis et à programmer un versement, même modeste, quitte à l'augmenter ensuite.

Confondre le compte joint et le patrimoine

Un compte joint permet à chacun de disposer des fonds, il ne dit rien de la propriété de ce qu'on achète avec. Sous un régime de séparation de biens, l'argent d'un compte joint qui sert à financer un bien acquis au nom d'un seul n'ouvre aucun droit à l'autre en l'absence de mention dans l'acte. La correction consiste à faire écrire la répartition réelle du financement dans l'acte notarié, au moment de l'acquisition, pendant que tout va bien.

Croire que l'exonération de droits vaut transmission

Le partenaire de pacs est exonéré de droits de succession et n'hérite de rien sans testament. Ces deux propositions sont vraies simultanément, et leur combinaison est le piège décrit plus haut. La correction est un testament, éventuellement complété d'autres outils selon la présence d'enfants.

Ne jamais relire une clause bénéficiaire

La clause bénéficiaire d'un contrat d'assurance vie survit aux séparations, aux remariages et aux naissances. Une clause rédigée à vingt-huit ans peut désigner en 2027 une personne dont on a divorcé depuis quinze ans. La correction prend dix minutes par contrat et se fait par simple avenant auprès de l'assureur.

Laisser une épargne longue sur des supports de court terme

Une épargne de précaution appartient au court terme, et sa place est sur un support liquide et garanti. Une épargne destinée à la retraite dans trente ans n'obéit pas aux mêmes contraintes, et l'écart chiffré plus haut entre 140 758 et 249 678 euros mesure exactement le coût de cette confusion. La correction consiste à séparer les deux poches et à ne raisonner par horizon qu'après avoir sécurisé la première.

Traiter le sujet de la retraite comme un sujet de fin de carrière

La valeur actuelle de l'écart de pension calculée plus haut, de l'ordre de 163 600 euros à un taux d'actualisation de 3 % sur vingt-cinq ans, ne se constitue pas dans les cinq dernières années. La correction n'est pas un produit, c'est une date : regarder son relevé de carrière au moins une fois avant quarante ans, et chiffrer l'écart pendant qu'il reste du temps pour agir dessus. Notre article sur le coût de l'inaction patrimoniale traite cette mécanique sur d'autres exemples.

Le risque, et ce que cet article ne peut pas faire

Le risque, sans enrobage

Aucun placement en actifs non garantis ne garantit un rendement. Les supports en unités de compte, les parts de sociétés civiles de placement immobilier et les fonds de private equity présentent un risque de perte en capital, et la liquidité de certains d'entre eux est limitée, avec des délais de revente qui peuvent être longs. Les performances passées ne préjugent pas des performances futures. Tous les rendements employés dans cet article sont des hypothèses de calcul destinées à comparer des ordres de grandeur, et deux d'entre eux seulement, 1,70 % et 2,63 %, correspondent à des références publiques datées.

L'inverse est vrai aussi et se dit trop peu : la sécurité nominale a un coût, mesurable, que les deux premiers tableaux de cette partie chiffrent. Il n'existe pas d'option sans risque, il existe des risques différents dont l'un se voit et l'autre pas.

Ce que cet article ne peut pas faire, et pourquoi c'est l'essentiel

Tout ce que vous venez de lire décrit des mécanismes et des ordres de grandeur. Ce n'est pas un conseil qui vous concerne, et cela ne peut pas l'être. La réponse dépend de votre âge, de votre régime matrimonial, de la présence et de l'âge de vos enfants, de vos revenus, de votre tranche marginale d'imposition, de vos droits à retraite déjà acquis, de votre horizon et de ce que vous supportez réellement en cas de baisse. Deux femmes du même âge disposant de la même capacité d'épargne, l'une mariée sous le régime légal avec deux enfants, l'autre pacsée sans testament et propriétaire indivise à 30 %, n'ont pas la même priorité, et la seconde a probablement un rendez-vous chez un notaire à prendre avant tout arbitrage de placement.

C'est précisément la raison d'être d'un rendez-vous plutôt que d'un article. Le diagnostic patrimonial en ligne permet de situer un profil en quelques minutes, et le bilan patrimonial est le cadre dans lequel les mécanismes exposés ici s'appliquent à une situation réelle, avec ses chiffres, son régime matrimonial et ses contrats existants. Solstice Patrimoine travaille en architecture ouverte, sans lien capitalistique avec un groupe bancaire ou un assureur, et n'entre pas dans la qualification de conseil indépendant au sens de la directive MIF 2, laquelle suppose de ne percevoir aucune rétrocession de commission : le mode de rémunération est communiqué par écrit avant tout engagement.

Un dernier mot sur le ton de cet article, puisqu'il porte sur un sujet où le ton compte autant que les chiffres. Rien de ce qui précède ne reproche quoi que ce soit à qui que ce soit. Un revenu salarial inférieur de 21,8 %, un temps partiel subi dans plus de la moitié des cas et une perte de 25 % de revenu cinq ans après l'arrivée d'un enfant ne sont pas des décisions individuelles mal prises, ce sont des faits mesurés par l'Insee. Ce sur quoi une femme garde la main, en revanche, c'est la date à laquelle elle commence, la façon dont son épargne est allouée, et la connaissance exacte de son propre cadre juridique. Ces trois leviers ne réparent pas l'écart de départ. Ils déterminent une part importante de ce qu'il sera devenu dans trente ans. Si vous souhaitez savoir d'où vient cette exigence de méthode, notre article sur les raisons de la création de Solstice Patrimoinel'explique.

Questions fréquentes

Quel est l'écart de revenu entre les femmes et les hommes en France ?
Selon l'Insee Focus n° 377 publié le 26 février 2026, le revenu salarial moyen des femmes s'établit en 2024 à 22 060 euros par an contre 28 220 euros pour les hommes, soit 21,8 % de moins. À volume de travail identique, l'écart de salaire en équivalent temps plein reste de 14,0 %. Le revenu salarial est la mesure pertinente pour l'épargne, puisqu'il correspond à ce qui est réellement encaissé dans l'année.
Pourquoi les femmes investissent-elles moins que les hommes ?
Les données publiques disponibles décrivent d'abord des causes matérielles, non psychologiques. En 2024, 26,7 % des femmes salariées travaillent à temps partiel contre 7,9 % des hommes selon l'Insee, et plus de la moitié de ces situations relèvent d'un temps partiel subi ou lié à la garde d'un proche. L'Insee Analyses n° 48 d'octobre 2019 mesure une perte d'environ 25 % de revenu salarial cinq ans après l'arrivée d'un enfant, avec un effet quasi nul pour les pères.
Combien coûte une allocation trop prudente sur trente ans ?
Sur des hypothèses de calcul et non des prévisions, 300 euros versés chaque mois pendant trente ans, soit 108 000 euros versés, donnent 140 758 euros à 1,70 % par an et 249 678 euros à 5 % par an, soit un écart de 108 920 euros à effort d'épargne identique. Aucun placement ne garantit un rendement et les supports non garantis présentent un risque de perte en capital.
Le partenaire de pacs hérite-t-il sans testament ?
Non. Le pacte civil de solidarité, défini à l'article 515-1 du code civil, ne crée aucune vocation successorale. Sans testament, le partenaire survivant ne reçoit rien, même s'il est totalement exonéré de droits de mutation par décès en application de l'article 796-0 bis du code général des impôts. Il dispose seulement de la jouissance gratuite du logement pendant un an. Un testament est donc indispensable, dans la limite de la réserve héréditaire des enfants.
Quels sont les droits du concubin survivant sur la succession ?
Aucun. Le concubinage, défini à l'article 515-8 du code civil, ne crée ni vocation successorale, ni droit à pension de réversion. Un legs consenti par testament à un concubin est taxé au tarif entre personnes non parentes de l'article 777 du code général des impôts, soit 60 %, après un abattement de 1 594 euros prévu au IV de l'article 788. Seul le bail d'habitation peut être transféré, sous condition d'un an de vie commune.
Quel est l'écart de pension de retraite entre femmes et hommes ?
La Drees, dans l'édition 2025 de son panorama Les retraités et les retraites publiée le 31 juillet 2025, mesure fin 2023 une pension moyenne de droit direct de 1 306 euros bruts par mois pour les femmes contre 2 089 euros pour les hommes, soit 38 % de moins. L'écart tombe à 25 % après prise en compte de la pension de réversion, qui suppose toutefois d'avoir été mariée : elle n'existe ni pour le pacs ni pour le concubinage.
Vaut-il mieux commencer tôt avec peu ou plus tard avec davantage ?
Sur une hypothèse de rendement annuel moyen de 4 %, non garantie, 150 euros par mois de 30 à 60 ans donnent 104 107 euros pour 54 000 euros versés, contre 110 032 euros pour 300 euros par mois de 40 à 60 ans, qui exigent 72 000 euros versés. Commencer dix ans plus tôt avec la moitié du montant produit sensiblement le même résultat. La date de démarrage pèse davantage que le montant initial.
Que faut-il savoir de sa propre situation patrimoniale quand on vit en couple ?
Huit réponses au minimum : le régime matrimonial et l'existence d'un contrat, la propriété du logement et sa répartition, l'existence de testaments, les bénéficiaires de chaque contrat d'assurance vie, ses trimestres validés et sa pension estimée sur info-retraite.fr, les contrats détenus en nom propre, les cautions et prêts éventuellement souscrits, et l'existence d'une prévoyance décès ou invalidité. Aucune de ces questions ne suppose de compétence financière.

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