SOLSTICE PATRIMOINE
PER

Sortie fractionnée du PER : pourquoi elle bat souvent le capital d'un coup

Emeline Siron·

Sur un PER de 300 000 euros liquidé à 64 ans, une rente viagère simple de 12 600 euros par an laisse 206 823 euros nets au bout de 25 ans, contre 208 600 euros pour un capital retiré par tranches de 12 000 euros. Les deux voies se croisent vers 25,2 années de service, soit 89 ans. Tout se joue avant ce point, sur la fiscalité, sur la transmission et sur le rythme des retraits.

PER, sortie en capital ou en rente : ce que donne le calcul sur 25 ans

Sur un plan d'épargne retraite de 300 000 euros liquidé à 64 ans, composé de 200 000 euros de versements déduits et de 100 000 euros de gains, la comparaison sur vingt-cinq ans se joue à moins de 1 % près. Une rente viagère simple calculée à un taux de conversion de 4,2 %, soit 12 600 euros par an, laisse 206 823 euros nets d'impôt et de prélèvements sociaux au bout de vingt-cinq ans à une retraitée d'une part fiscale disposant de 30 000 euros de pension nette imposable. Un capital retiré par tranches de 12 000 euros par an sur la même durée laisse 208 600 euros nets, et épuise le plan.

Le point de croisement se situe donc à environ 25,2 années de service, soit vers 89 ans. Avant ce point, la sortie en capital fractionnée reste devant et conserve en plus une valeur transmissible. Après, la rente prend l'avantage et ne s'arrête jamais. La question « per sortie capital ou rente » n'est donc pas un arbitrage de rendement : c'est un arbitrage entre la maîtrise fiscale, la sécurité d'un revenu à vie et la transmission, trois objectifs qui ne se maximisent pas ensemble.

Cet article prolonge notre article de fond sur la sortie du PER en capital ou en rente, qui pose les mécanismes, en déroulant cette fois le calcul année par année sur vingt-cinq ans. Il décrit des mécanismes et donne des ordres de grandeur, il ne constitue pas une recommandation personnalisée et il ne prédit aucun résultat.

Les deux fiscalités de sortie, selon que les versements ont été déduits ou non

Tout part de là, et l'erreur la plus fréquente consiste à lire une grille de fiscalité sans savoir de quel compartiment on parle. Un plan d'épargne retraite contient jusqu'à trois poches étanches, décrites dans notre article PER individuel ou PER d'entreprise. Le mode de sortie n'a pas la même fiscalité selon la poche, et la répartition figure ligne par ligne sur le relevé annuel.

La sortie en capital, deux régimes sur une même somme

Quand les versements ont été déduits à l'entrée, chaque retrait se coupe en deux. La part correspondant aux versements est ajoutée au revenu imposable de l'année et suit le barème progressif, sans bénéficier de l'abattement de 10 % applicable aux pensions. La part correspondant aux gains supporte le prélèvement forfaitaire unique de 31,4 %, soit 12,8 % d'impôt sur le revenu et 18,6 % de prélèvements sociaux depuis le 1er janvier 2026, en application de l'article 12 de la loi de financement de la sécurité sociale pour 2026, loi n° 2025-1403.

Ne recopiez pas ce taux sur une assurance-vie : cette enveloppe a été expressément exclue de la hausse et reste à 30 %, soit 12,8 % plus 17,2 %. L'option globale pour le barème progressif reste ouverte sur la part gains, elle est irrévocable pour l'année et emporte l'ensemble des revenus de capitaux mobiliers du foyer. La méthode de comparaison est développée dans notre article flat tax ou barème progressif, et le glossaire du prélèvement forfaitaire unique en donne la définition.

Quand les versements n'ont pas été déduits, sur renonciation expresse exercée versement par versement, la part capital ressort en franchise totale d'impôt sur le revenu. Seuls les gains restent taxés au prélèvement forfaitaire unique. Cette configuration se rencontre chez les foyers non imposables ou faiblement imposés au moment des versements, et chez ceux qui ont dépassé leur plafond de déduction.

La règle du prorata, qui interdit de choisir

Une idée fausse circule : celle de pouvoir retirer d'abord les versements, puis les gains plus tard. C'est impossible. Chaque rachat partiel est ventilé au prorata de la composition de l'encours au jour du rachat. Sur un plan de 300 000 euros contenant 200 000 euros de versements et 100 000 euros de gains, tout retrait est réputé constitué à deux tiers de versements et à un tiers de gains, quelle que soit sa taille et quel qu'en soit le motif.

La sortie en rente, deux régimes selon l'origine des versements

Une rente issue de versements déduits relève des rentes viagères à titre gratuit. Elle est imposée au barème dans la catégorie des pensions, après l'abattement de 10 % de l'article 158, 5 du code général des impôts, plafonné par foyer. Une rente issue de versements non déduits relève des rentes viagères à titre onéreux : seule une fraction de la rente, déterminée par l'âge au premier versement, entre dans le revenu imposable.

Le compartiment des versements obligatoires, lui, ne connaît pas d'arbitrage : il sort en rente viagère et il est imposé à la catégorie des pensions. C'est la seule poche du plan pour laquelle la question capital ou rente ne se pose pas.

Les fractions d'assiette selon l'âge, le levier gratuit du dossier

Les prélèvements sociaux au taux de 17,2 % ne portent que sur une fraction de la rente, déterminée par l'âge lors du premier arrérage. Cette fraction ne se recalcule jamais ensuite : elle est figée pour toute la durée de la rente.

Âge au premier versement de renteFraction soumise aux prélèvements sociauxTaux effectif sur la rente totaleSur une rente de 12 600 euros par an
Moins de 50 ans70 %12,04 %1 517,04 euros par an
De 50 à 59 ans50 %8,60 %1 083,60 euros par an
De 60 à 69 ans40 %6,88 %866,88 euros par an
70 ans et plus30 %5,16 %650,16 euros par an

Retarder d'un an la mise en service d'une rente peut donc suffire à changer de tranche d'âge. Passer de la tranche 60 à 69 ans à la tranche 70 ans et plus fait économiser 216,72 euros par an sur une rente de 12 600 euros, soit 5 418 euros sur vingt-cinq ans, sans contrepartie autre que le décalage lui-même. C'est l'un des rares leviers de ce dossier qui ne se paie pas.

L'abattement de 10 % et sa saturation, le piège du calcul

L'abattement de 10 % applicable aux pensions est plafonné par foyer et revalorisé chaque année, sa dernière valeur publiée étant de 4 399 euros pour les revenus 2024. Ce plafond se partage avec vos pensions de retraite. Le mécanisme est mal compris parce qu'il crée une frontière invisible : tant que le total des pensions du foyer reste sous 43 990 euros, l'abattement joue à plein sur la rente qui s'y ajoute. Au-delà, il est figé, et chaque euro de rente supplémentaire est imposé sans le moindre abattement.

Dans notre cas de référence, l'ajout d'une rente de 12 600 euros à 33 333 euros de pension brute porte le total à 45 933 euros. L'abattement théorique de 4 593,30 euros est donc écrêté à 4 399 euros. La rente n'a bénéficié que de 1 065,70 euros d'abattement au lieu de 1 260 euros : la saturation lui coûte 194,30 euros de base imposable supplémentaire dès la première année. La plupart des présentations appliquent mécaniquement 10 % à la rente et ignorent ce plafonnement.

Le tableau des quatre configurations

ConfigurationImpôt sur le revenuPrélèvements sociauxAbattement de 10 %
Capital, versements déduitsBarème progressif sur la part versementsAucun sur la part versementsNon applicable
Capital, part gains12,8 % au titre du PFU, ou barème sur option globale18,6 % depuis le 1er janvier 2026Non applicable
Capital, versements non déduitsAucun, le capital versé ressort en franchiseAucun sur la part versementsNon applicable
Rente, versements déduitsBarème, catégorie des pensions17,2 % sur la fraction déterminée par l'âgeOui, plafonné par foyer à 4 399 euros
Rente, versements non déduitsBarème, sur la seule fraction déterminée par l'âge17,2 % sur cette même fractionNon applicable
Rente, compartiment obligatoireBarème, catégorie des pensions, rente imposéePrélèvements applicables aux pensionsOui, plafonné par foyer

Le calcul sur 25 ans, hypothèse par hypothèse

Voici le déroulé complet, avec toutes les hypothèses posées. Elles sont explicites afin que vous puissiez les remplacer par les vôtres : changer le taux de conversion ou la tranche marginale déplace le résultat de manière significative.

Le cas de référence

Une retraitée d'une part de quotient familial perçoit 33 333 euros de pension brute, soit 30 000 euros de pension nette imposable après l'abattement de 10 %. Son plan d'épargne retraite contient 300 000 euros, dont 200 000 euros de versements déduits et 100 000 euros de gains. Le barème appliqué est celui des revenus 2025, avec des seuils par part de 11 600, 29 579, 84 577 et 181 917 euros, après l'indexation de 0,9 % opérée par la loi de finances pour 2026. Sans aucun retrait, son impôt s'établit à 2 103,99 euros et sa tranche marginale à 30 %. Le calcul du quotient familial est détaillé dans notre article quotient familial et calcul de l'impôt.

Scénario 1, la rente viagère simple

L'assureur convertit le capital en appliquant un taux de conversion qui dépend de l'âge à la liquidation, de la table de mortalité réglementaire et du taux technique retenu. Pour une liquidation autour de 64 ans, les taux observés se situent souvent entre 3,5 % et 4,5 % du capital par an pour une rente simple sans réversion. Nous retenons 4,2 %, soit 12 600 euros par an sur 300 000 euros.

Le total des pensions passe à 45 933 euros, l'abattement de 10 % est écrêté à 4 399 euros, la base imposable ressort à 41 534 euros. L'impôt passe de 2 103,99 à 5 564,19 euros, soit un supplément de 3 460,20 euros par an. Les prélèvements sociaux s'élèvent à 866,88 euros, soit 17,2 % appliqués à la fraction de 40 % correspondant à un premier arrérage entre 60 et 69 ans. La rente nette annuelle ressort donc à 8 272,92 euros.

Scénario 2, le capital fractionné sur 25 ans

La même personne retire 12 000 euros par an pendant vingt-cinq ans, soit exactement l'encours divisé par la durée. En application de la règle du prorata, chaque retrait se décompose en 8 000 euros de versements et 4 000 euros de gains.

La base imposable passe de 30 000 à 38 000 euros, ce qui maintient le foyer dans la tranche à 30 % sans jamais la dépasser. L'impôt annuel s'établit à 4 503,99 euros, soit un supplément de 2 400 euros. Les gains supportent 1 256 euros de prélèvement forfaitaire unique. Le retrait net annuel ressort à 8 344 euros, et le total des prélèvements sur vingt-cinq ans à 91 400 euros.

Scénario 3, la sortie totale en capital la première année

Le revenu imposable de l'année passe de 30 000 à 230 000 euros. Le calcul du barème donne 80 023,84 euros d'impôt, soit un supplément de 77 919,85 euros sur des versements déduits à 30 %, c'est-à-dire un taux moyen de 38,96 %. S'y ajoutent 31 400 euros de prélèvement forfaitaire unique sur les gains. La facture atteint 109 319,85 euros et le capital net perçu 190 680,15 euros.

Le tableau des 25 ans

PosteRente viagère simpleCapital fractionné sur 25 ansCapital retiré en une fois
Montant brut annuel12 600 euros12 000 euros300 000 euros, une seule fois
Supplément d'impôt sur le revenu annuel3 460,20 euros2 400 euros77 919,85 euros la première année
Prélèvements sociaux ou PFU annuel866,88 euros1 256 euros31 400 euros la première année
Net annuel perçu8 272,92 euros8 344 eurosSans objet
Brut cumulé sur 25 ans315 000 euros300 000 euros300 000 euros
Net cumulé sur 25 ans206 823 euros208 600 euros190 680,15 euros
Tranche marginale atteinte30 %30 %45 %
Valeur transmissible en fin de périodeAucuneAucune, le plan est épuiséCe qu'il reste du capital net replacé
Revenu après 25 ans12 600 euros par an, à vieAucunAucun

Le point de croisement, et ce qu'il signifie vraiment

À vingt-cinq ans, l'écart net cumulé s'élève à 1 777 euros en faveur du capital fractionné, soit 0,9 % du total. Le croisement intervient à 25,21 années de service, c'est-à-dire vers 89 ans pour une liquidation à 64 ans. À trente ans de service, l'écart s'inverse et atteint 39 588 euros en faveur de la rente, parce que le capital, lui, est épuisé depuis cinq ans.

La lecture correcte de ce résultat n'est pas « la rente est perdante ». C'est que la rente est une assurance contre le risque de vivre longtemps, financée par ceux qui décèdent tôt au bénéfice de ceux qui vivent longtemps, et que cette assurance a un prix. Le point mort brut, celui à partir duquel la rente a simplement restitué le capital sans tenir compte d'aucun rendement ni d'aucun impôt, s'établit à 300 000 divisé par 12 600, soit 23,8 années.

Les trois biais du tableau, qu'il faut nommer

Premier biais, favorable au capital : les sommes non encore retirées restent investies pendant vingt-cinq ans et continuent de produire. Un capital de 300 000 euros dont on retire 12 000 euros par an conserve encore, dans une hypothèse de travail de 3 % net et à rendement constant, un solde de l'ordre de 190 000 euros au bout de vingt-cinq ans. Cette hypothèse n'existe pas dans la réalité : le capital investi en unités de compte n'est pas garanti et les performances passées ne préjugent pas des performances futures.

Deuxième biais, défavorable au capital : ce solde qui continue de produire génère des gains supplémentaires, eux-mêmes soumis au prélèvement forfaitaire unique de 31,4 % lors des retraits ultérieurs, et la part gains de chaque retrait augmente donc au fil du temps. Le tableau fige la composition initiale du plan pour rester lisible.

Troisième biais, structurel : la rente est indexée dans certains contrats et pas dans d'autres, et cette clause change complètement le résultat sur vingt-cinq ans. Une rente non indexée perd mécaniquement du pouvoir d'achat, alors qu'un capital fractionné peut être ajusté chaque année. L'indexation, quand elle existe, se paie par un montant de départ inférieur. Elle se lit dans les conditions générales, pas dans la plaquette.

La sortie fractionnée, la moins connue et souvent la meilleure

C'est le point qui change le plus de choses et celui dont on parle le moins. Le choix ne se limite pas à « tout en capital » ou « tout en rente » : le fractionnement des retraits est de droit, et il constitue à lui seul le principal levier fiscal de la sortie.

Ce que la loi autorise

Le titulaire peut demander des rachats partiels de son choix, à la fréquence qu'il veut, sans justification et sans plafond, dès lors que le fait générateur de la sortie est acquis. Un rachat partiel ne clôture pas le plan et n'interdit pas de nouveaux versements. Il est également possible de combiner : convertir une fraction en rente et conserver le solde en capital fractionné. Cette combinaison est licite et courante, seul le compartiment des versements obligatoires y échappe.

Le taux moyen selon le rythme de retrait

Le tableau ci-dessous chiffre le coût réel de la part versements selon le montant retiré dans l'année, à partir du même cas de référence : une part fiscale, 30 000 euros de pension nette imposable, prorata de deux tiers de versements et un tiers de gains.

Retrait annuelPart versementsSupplément d'impôt sur le revenuTaux moyen sur la part versementsPFU sur la part gainsNet perçu
12 000 euros8 000 euros2 400 euros30,00 %1 256 euros8 344 euros
30 000 euros20 000 euros6 000 euros30,00 %3 140 euros20 860 euros
60 000 euros40 000 euros12 000 euros30,00 %6 280 euros41 720 euros
100 000 euros66 667 euros21 329,86 euros31,99 %10 467 euros68 203 euros
150 000 euros100 000 euros34 996,53 euros35,00 %15 700 euros99 303 euros
300 000 euros200 000 euros77 919,85 euros38,96 %31 400 euros190 680 euros

La lecture est immédiate. Tant que le retrait laisse le foyer dans la tranche à 30 %, le taux moyen sur la part versements reste exactement à 30 %, et ce jusqu'à 81 865 euros de retrait annuel dans ce cas précis, montant qui amène la base imposable au seuil de 84 577 euros. Au delà, chaque euro supplémentaire est taxé à 41 % puis à 45 %, et le taux moyen grimpe. Le fractionnement n'est donc pas une optimisation continue : c'est un effet de seuil, et il se calibre sur la borne haute de votre tranche.

La fenêtre creuse, le vrai gisement

La fenêtre la plus intéressante s'ouvre souvent entre la cessation d'activité et la liquidation des pensions à taux plein, période pendant laquelle les revenus sont temporairement très faibles. Le tableau ci-dessous reprend les mêmes retraits, mais sans aucun autre revenu dans l'année.

Retrait annuelImpôt sur le revenu dûTaux moyen sur la part versementsNet perçuÉcart avec le même retrait sur 30 000 euros de pension
12 000 euros0 euro0,00 %10 744 eurosPlus 2 400 euros
20 000 euros190,67 euros1,43 %17 716 eurosPlus 3 809 euros
30 000 euros924 euros4,62 %25 936 eurosPlus 5 076 euros
45 000 euros2 103,99 euros7,01 %38 186 eurosPlus 6 896 euros
60 000 euros5 103,99 euros12,76 %48 616 eurosPlus 6 896 euros

Un retrait de 45 000 euros réalisé dans une année sans autre revenu coûte 7,01 % de taux moyen sur la part versements, contre 38,96 % pour une sortie unique de 300 000 euros. C'est le même plan, le même titulaire, le même code général des impôts : seul le calendrier change. Cette fenêtre se repère plusieurs années en amont, à partir du relevé de carrière, et elle ne se rattrape pas une fois passée.

Coordonner les deux plans d'un couple

Dans un foyer soumis à imposition commune, les retraits des deux conjoints s'additionnent dans le même revenu imposable et traversent le même barème. Sortir les deux plans la même année revient à doubler le montant qui grimpe dans les tranches hautes. Décaler la liquidation du second plan, ou alterner les années de retrait, produit un effet de lissage comparable au fractionnement, sans aucune contrainte réglementaire supplémentaire.

L'effet de la sortie en capital sur la tranche marginale de l'année

La tranche marginale n'est pas le taux moyen

Appliquer une tranche marginale de 30 % aux 200 000 euros de versements donnerait 60 000 euros, un chiffre inférieur de près de 18 000 euros à la réalité. La tranche marginale est le taux du dernier euro, jamais le taux moyen d'une somme qui traverse plusieurs tranches. Cette confusion est la plus coûteuse du dossier et elle conduit systématiquement à sous-estimer le coût d'une sortie unique. Notre article sur la tranche marginale d'imposition et la page TMI du glossaire détaillent la distinction.

La hausse de tranche auto-infligée

Dans le scénario 3, la retraitée n'a subi aucune hausse de revenu : c'est son propre retrait qui a construit la tranche à 45 %. Le plan n'est pas en cause, la mécanique de retrait l'est. Elle est corrigible, à condition d'avoir anticipé le calendrier plusieurs années à l'avance. C'est aussi ce qui explique pourquoi il vaut souvent mieux attendre l'arrêt effectif de l'activité pour déclencher les retraits : le fait générateur de la sortie est l'atteinte de l'âge légal ou la liquidation des droits, pas la cessation d'activité, et cumuler un salaire avec un retrait additionne les deux dans le même revenu imposable.

Les effets de bord au-delà de l'impôt

Une année de revenu fiscal de référence exceptionnellement élevé ne produit pas seulement un impôt élevé. Elle peut faire perdre le bénéfice de dispositifs conditionnés au revenu fiscal de référence, modifier le taux de la contribution sociale généralisée applicable aux pensions l'année suivante, ou faire franchir un seuil d'exonération de taxe foncière ou de taxe d'habitation sur les résidences secondaires. Ces effets sont décalés d'un ou deux ans, ce qui les rend difficiles à relier à leur cause. Ils se vérifient avant le retrait, pas après, avec le simulateur d'impôt sur le revenu en simulant chaque année séparément.

Le taux de conversion en rente et son coût implicite

Comment l'assureur calcule

Trois paramètres déterminent le taux de conversion : l'âge à la liquidation, la table de mortalité réglementaire utilisée, et le taux technique retenu, c'est-à-dire le rendement que l'assureur anticipe et intègre par avance dans le montant servi. Aucun des trois n'est négociable, et ils varient d'un contrat à l'autre. Le taux de conversion figure dans les conditions générales du contrat souscrit vingt ans plus tôt et ne se renégocie pas au moment de la liquidation.

Le coût implicite, exprimé en taux de rendement

Une façon honnête de mesurer ce coût consiste à calculer le taux de rendement interne de l'opération : à quel taux faudrait-il placer 300 000 euros pour en tirer 12 600 euros par an pendant une durée donnée, avant impôt de part et d'autre.

Durée effective de service de la renteÂge atteint pour une liquidation à 64 ansTaux de rendement interne brut de l'opération
15 ans79 ansNégatif, de l'ordre de moins 5 %
20 ans84 ansNégatif, de l'ordre de moins 1,6 %
24 ans88 ansEnviron 0,1 %
25 ans89 ansEnviron 0,4 %
30 ans94 ansEnviron 1,6 %
35 ans99 ansEnviron 2,3 %

Ces taux sont des résultats arithmétiques sous l'hypothèse d'un taux de conversion de 4,2 % et d'une rente non indexée, pas des prévisions. Ils disent une chose simple : sur une durée de service ordinaire, une rente ne rémunère pas le capital, elle le restitue lentement en échange d'une garantie viagère. À titre de repère, le rendement moyen des fonds en euros s'est établi à 2,63 % en 2025 sur les contrats individuels selon l'ACPR, dans ses Analyses et Synthèses n° 180 du 30 juin 2026. Les performances passées ne préjugent pas des performances futures et aucun placement ne garantit un rendement.

Les frais d'arrérage, prélevés à vie

S'ajoutent aux paramètres de conversion les frais d'arrérage, prélevés sur chaque versement de rente, qui atteignent jusqu'à 3 % sur certains contrats. Sur une rente de 12 600 euros, 3 % représentent 378 euros par an, soit 9 450 euros sur vingt-cinq ans. Ils figurent rarement en tête des documents commerciaux et sont un critère de comparaison au même titre que les frais de gestion. S'ils sont défavorables, la seule marge de manœuvre consiste à transférer le plan avant la liquidation, opération dont les frais sont plafonnés à 1 % de l'encours pendant les cinq premières années et nuls ensuite, en application de l'article L. 224-40 du code monétaire et financier.

Le seuil des 110 euros par mois

Le code monétaire et financier autorise l'assureur à substituer un versement unique en capital à la rente lorsque le montant de celle-ci serait inférieur à 110 euros par mois, soit 1 320 euros par an. Avec un taux de conversion de 4,2 %, ce seuil correspond à un encours d'environ 31 400 euros. Un petit plan se liquide donc en capital, y compris sur des compartiments qui auraient normalement imposé la rente.

La réversion et les options de rente, ce qu'elles coûtent réellement

Aucune option n'est offerte : chacune se paie par une baisse du montant servi dès le premier versement, calculée par l'assureur en fonction de l'âge des deux têtes et de l'écart d'âge du couple. Le montant exact ne se devine pas, il se lit sur le devis de rente, seule source fiable. Voici en revanche ce que coûte une baisse donnée, sur vingt-cinq ans.

OptionCe qu'elle apporteEffet sur le montant serviCoût cumulé sur 25 ans pour une baisse donnée
Rente simpleRien après le décès, la rente s'éteintMontant de référence, le plus élevéAucun
Réversion à 60 %Le conjoint survivant conserve 60 % de la renteBaisse sensible, fonction de l'écart d'âgeUne baisse de 10 % coûte 31 500 euros de rente brute cumulée
Réversion à 100 %Le conjoint survivant conserve la totalitéBaisse plus forte encoreUne baisse de 20 % coûte 63 000 euros de rente brute cumulée
Annuités garantiesRente versée aux bénéficiaires jusqu'au terme garantiBaisse proportionnelle à la durée garantieVariable selon la durée retenue
Rente par paliersRente majorée les premières années, réduite ensuiteNeutre en valeur actuelleAucun en valeur actuelle, utile en cas de besoin précoce

Une remarque de méthode s'impose sur la réversion. Elle protège le conjoint survivant, mais elle le protège moins bien qu'un capital dans deux situations : lorsque le survivant a besoin d'une somme et non d'un revenu, et lorsque les objectifs de transmission portent sur les enfants et non sur le conjoint. Le conjoint survivant est par ailleurs totalement exonéré de droits de succession, ce qui change la hiérarchie des priorités. Le sujet est développé dans notre article sur les erreurs de rédaction de la clause bénéficiaire et dans le guide transmettre son patrimoine à ses enfants.

Le décès, et ce que la rente simple efface définitivement

Le décès avant la liquidation

Sur un plan assurantiel, le régime successoral se détermine par l'âge au décès, et non par l'âge au moment des versements comme en assurance-vie. Un décès avant 70 ans place les capitaux sous l'article 990 I du code général des impôts, avec l'abattement de 152 500 euros par bénéficiaire. Un décès après 70 ans les place sous l'article 757 B, avec un abattement global de 30 500 euros appliqué à l'intégralité de l'épargne, gains compris, et non aux seules primes comme en assurance-vie.

Cette asymétrie entre en résonance avec l'article 9 de la loi de finances pour 2026, qui met fin à la déductibilité des versements réalisés à partir de 70 ans. L'usage consistant à verser tardivement pour cumuler déduction à l'entrée et régime de l'article 990 I au décès est désormais fermé. Le même article porte de trois à cinq ans le report des plafonds non utilisés, pour les droits générés à compter de 2026.

Le décès après la mise en rente

Une rente simple s'éteint au décès. La valeur résiduelle est définitivement acquise à l'assureur, c'est-à-dire mutualisée au profit des autres rentiers. Il n'y a ni succession, ni capital, ni recours. La conversion est irréversible : une fois l'aliénation du capital réalisée, il n'existe aucun mécanisme de retour en arrière, même en cas de besoin urgent de liquidités, même en cas de maladie grave.

La comparaison sur un décès à 74 ans

Reprenons le cas de référence, avec un décès dix ans après la liquidation. En rente simple, la titulaire a perçu 126 000 euros bruts, soit 82 729 euros nets, et rien n'est transmis. En capital fractionné à 12 000 euros par an, elle a retiré 120 000 euros bruts et il reste 180 000 euros dans le plan. Ce solde est transmis aux bénéficiaires désignés, sous l'article 757 B puisque le décès intervient après 70 ans, avec un abattement global de 30 500 euros : la base taxable ressort à 149 500 euros, répartie selon la clause bénéficiaire et taxée au barème des droits de succession selon le lien de parenté.

C'est ici que se situe l'écart le plus important de tout le dossier, et il est sans commune mesure avec les 1 777 euros de différence fiscale à vingt-cinq ans. Si la transmission figure parmi vos objectifs prioritaires, ce point pèse davantage que l'arbitrage fiscal entre les deux modes de sortie.

Les cas de déblocage anticipé et leur fiscalité, souvent mal décrite

Le plan est bloqué jusqu'à l'âge légal de départ à la retraite ou jusqu'à la liquidation des droits dans un régime obligatoire, selon l'article L. 224-1 du code monétaire et financier. Il n'existe aucun déblocage de droit à 55 ans, contrairement à ce qu'on lit encore. La loi prévoit six cas de sortie anticipée, et leur fiscalité n'est pas uniforme.

Cas de déblocageImpôt sur le revenu sur la part versements déduitsTraitement de la part gainsCompartiment obligatoire concerné
Acquisition de la résidence principaleBarème progressif, réintégration au revenu de l'annéePFU de 31,4 %Non
Invalidité du titulaire, du conjoint ou d'un enfantExonéréPrélèvements sociaux sur les gainsOui
Décès du conjoint ou du partenaire de PACSExonéréPrélèvements sociaux sur les gainsOui
Expiration des droits à l'assurance chômageExonéréPrélèvements sociaux sur les gainsOui
SurendettementExonéréPrélèvements sociaux sur les gainsOui
Cessation d'activité non salariée après liquidation judiciaireExonéréPrélèvements sociaux sur les gainsOui

Le cas de la résidence principale est le seul des six à suivre exactement le régime de la sortie à la retraite, et c'est aussi le plus mal calibré dans le temps. L'année d'un achat immobilier est presque toujours une année de pleine activité, donc de tranche marginale élevée : c'est arithmétiquement la pire année possible pour sortir un plan d'épargne retraite. Les cinq autres cas, dits accidentels, échappent à l'impôt sur le revenu sur la part versements, ce qui en fait une porte de sortie fiscalement neutre dans des situations qui n'ont justement rien de neutre par ailleurs.

Quatre questions pratiques sur la sortie du PER

Peut-on continuer à verser après avoir commencé à retirer

Oui. Sur un plan individuel, un rachat partiel ne clôture pas le plan et n'interdit pas de nouveaux versements tant que le plan n'a pas été intégralement liquidé. La déductibilité prend fin à partir de 70 ans en application de l'article 9 de la loi de finances pour 2026, mais le versement lui-même reste possible.

Comment se déclare un retrait

L'organisme gestionnaire transmet à l'administration le détail du retrait, ventilé entre part versements et part gains, et les montants sont préremplis. La part versements apparaît dans les revenus de remplacement, la part gains dans les revenus de capitaux mobiliers, où elle peut faire l'objet de l'option globale pour le barème si celle-ci est plus favorable à l'ensemble du foyer.

Faut-il sécuriser l'allocation avant la liquidation

Un retrait fractionné sur vingt-cinq ans implique que l'épargne reste investie pendant vingt-cinq ans après la liquidation. Basculer la totalité en fonds en euros dès le départ à la retraite prive donc de rendement une part importante du capital, alors que la logique de désensibilisation progressive de la gestion pilotée à horizon vise précisément ce point. Elle est traitée dans notre article gestion pilotée ou gestion libre.

Comment calibrer la part convertie en rente

La logique la plus fréquemment étudiée consiste à placer la garantie viagère sur la seule fraction du budget qui ne peut pas être coupée, et à laisser la partie discrétionnaire en capital transmissible. Le calibrage de ce socle incompressible est traité dans notre article vivre de ses rentes, combien faut-il. L'arbitrage entre enveloppes de retraite est développé dans notre comparatif plan d'épargne retraite ou assurance-vie et dans le guide complet du PER.

Ce que cet article ne remplace pas

Les simulations ci-dessus reposent sur des hypothèses explicites de barème, de composition du plan, de taux de conversion et de rendement. Elles illustrent un mécanisme, elles ne prédisent aucun résultat et ne constituent pas une recommandation personnalisée. Le capital investi en unités de compte n'est pas garanti et les performances passées ne préjugent pas des performances futures. Le bon arbitrage dépend de votre âge, de votre état de santé, de la composition de votre foyer, de vos autres revenus, du taux de conversion réellement inscrit à votre contrat et de vos objectifs de transmission. Aucun de ces paramètres ne se devine à distance, et ils s'articulent entre eux.

C'est exactement la raison d'être d'un rendez-vous avec Solstice Patrimoine plutôt que d'une lecture. Le cabinet travaille en architecture ouverte, sans être lié à un groupe bancaire ni à un assureur, ce qui permet de comparer un devis de rente avec les alternatives disponibles sur les mêmes critères. Vous pouvez situer votre profil avec notre diagnostic patrimonial, consulter le contenu d'un bilan patrimonial, chiffrer vos versements avec le simulateur de plan d'épargne retraite, ou nous écrire via la page contact. Le guide préparer sa retraite pose le cadre d'ensemble et la page consacrée au plan d'épargne retraite regroupe nos ressources. Les objections classiques au produit sont posées sans complaisance dans l'épisode le PER, arnaque fiscale, du podcast Out of the Box.

Questions fréquentes

À partir de quel âge la rente viagère devient-elle plus rentable que le capital ?
Sur un plan de 300 000 euros liquidé à 64 ans, avec un taux de conversion de 4,2 %, la rente rattrape un capital retiré par tranches de 12 000 euros par an au bout d'environ 25,2 années de service, soit vers 89 ans. Ce point de croisement dépend entièrement du taux de conversion appliqué par l'assureur, du rythme de retrait retenu et de la tranche marginale du foyer.
La sortie du PER peut-elle être partagée entre capital et rente ?
Oui. Aucune disposition n'impose un choix exclusif, sauf pour le compartiment des versements obligatoires qui ne sort qu'en rente viagère. Une pratique fréquemment étudiée consiste à convertir en rente la seule fraction nécessaire à couvrir les dépenses incompressibles du foyer, et à conserver le solde en capital retiré progressivement, ce qui préserve la valeur transmissible.
Comment est imposée une sortie en capital sur des versements déduits ?
Deux régimes s'appliquent simultanément à la même somme. La part correspondant aux versements est ajoutée au revenu imposable et suit le barème progressif, sans abattement de 10 %. La part correspondant aux gains supporte le prélèvement forfaitaire unique de 31,4 %, soit 12,8 % d'impôt sur le revenu et 18,6 % de prélèvements sociaux depuis le 1er janvier 2026. Chaque retrait est ventilé au prorata de la composition du plan.
Quels prélèvements sociaux s'appliquent à une rente issue d'un PER ?
Les prélèvements sociaux au taux de 17,2 % ne portent que sur une fraction de la rente, déterminée par l'âge lors du premier versement : 70 % avant 50 ans, 50 % de 50 à 59 ans, 40 % de 60 à 69 ans et 30 % à partir de 70 ans. Une rente liquidée à 65 ans supporte donc 6,88 % de prélèvements sociaux effectifs sur son montant total.
Que devient le capital d'une rente viagère au décès ?
Avec une rente simple, la valeur résiduelle est définitivement acquise à l'assureur et mutualisée au profit des autres rentiers. Il n'y a ni succession, ni capital, ni recours pour les héritiers. Les options de réversion et d'annuités garanties existent pour couvrir ce risque, mais chacune se paie par une baisse du montant servi dès le premier versement, calculée par l'assureur.
Le déblocage pour résidence principale est-il moins taxé qu'une sortie à la retraite ?
Non. Le déblocage pour acquisition de la résidence principale suit exactement le même régime que la sortie à la retraite : barème progressif sur les versements déduits et prélèvement forfaitaire unique de 31,4 % sur les gains. Seuls les cas dits accidentels, dont l'invalidité et le décès du conjoint, échappent à l'impôt sur le revenu sur la part versements.
Que se passe-t-il si la rente calculée est très faible ?
Le code monétaire et financier autorise l'assureur à substituer un versement unique en capital à la rente lorsque le montant de celle-ci serait inférieur à 110 euros par mois. Avec un taux de conversion de 4,2 %, ce seuil correspond à un encours d'environ 31 400 euros. En dessous, le plan se liquide en capital, y compris sur des compartiments qui auraient normalement imposé la rente.

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